Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

10 janvier 2006

Murmure d’un mur (Anaïs)

Une jeune fille erre. Elle passe de pièce en pièce, semble chercher quelque chose. Ou bien est-ce quelqu’un ? Visiblement, elle ne trouve pas l’objet de ses recherches. Elle erre. Se prépare un café pour réchauffer ses mains glacées. Le boit à petite gorgée, l’esprit ailleurs. Où ses idées vagabondent-elles ? Plus loin que moi, cela se lit dans ses yeux. Son regard perdu est si lointain que son esprit ne peut être ici.

Sa tasse est vide et froide depuis de longues minutes déjà. Elle le remarque seulement, la pose alors dans l’évier, et reprend sa marche. Elle erre, de pièce en pièce, de vide en vide. Evite les miroirs ; ses yeux trop rouges et trop gonflés l’effraieraient.

Les jours passent, d’errances vaines en nuits agitées et d’insomnies en errances vaines.

Soudain, aujourd’hui est différent. Car aujourd’hui voit arriver une voiture sport : la jeune fille reçoit la visite d’un beau jeune homme. Petit, barbu et maigre, le regard de ses yeux en amande enveloppe la jeune fille d’un charme certain.

Ses mains sont glacées. Un café bouillant n’y change rien.

A son tour elle le contemple. Ce sont alors deux jeunes regards intenses qui se croisent, et se détournent aussitôt. Elle boit son café à petites gorgées serrées, sans y prêter attention. Son regard est plongé dans la contemplation d’un songe. Un songe très lointain à en juger du vide dont ses yeux se creusent. Le jeune homme regarde ce vide, parvient au songe, le contemple avec elle un instant, et fait demi-tour. A regret, la jeune fille le quitte alors elle aussi.

Ils sont là, tous les deux, à serrer une tasse vide et froide depuis de longues minutes déjà. Le temps, figé pour un aller-retour aux pays du rêve, a repris son chemin. Les deux jeunes gens déposent leur tasse sale dans l’évier, remuent leurs mains ankylosées, échangent quelques paroles. L’errance reprend. Errance partagée aujourd’hui.

Ils errent, de pièce en pièce, semblent chercher quelque chose, sans succès. Ils discutent, se sourient, s’éloignent. Mais une force invisible les ramène toujours l’un vers l’autre. Trop forte et trop faible à la fois, elle les épuise de ses facéties, de ses détours, et de ses tourments. A deux, les jeunes gens parviennent tant bien que mal à contrer sa puissance. Mais c’est dur. L’effort est terrible. Eprouvant.

Afin d’échapper à cette réalité trop tenace et trop cruelle, il empoigne sa guitare dans un accès de douleur. Les premiers grattements le transportent vers un autre monde. Son monde à lui, sa réalité, bien plus belle que la première. Enivré par ces sons irréels, il l’invite à le rejoindre. Ensemble dans cet espace hors du temps, la réalité est si douce qu’ils voudraient ne jamais en sortir.

Mais les heures ont un impératif inéluctable. La musique enchanteresse s’évanouit, et avec elle la magie d’un monde à deux, promesse impossible de bonheur.

De retour à la froide réalité de la pièce, ils se regardent, un peu surpris. Une étoile s’est allumée dans leurs yeux trop pâles et les consume à petit feu.

Le temps reprend son pouvoir.

Elle le regarde, le contemple, l’enveloppe de sentiments interdits. Il s’approche, voudrait lui murmurer trois petits mots, renonce, s’éloigne.

Il doit partir. L’après-midi a filé, comme toujours. L’invisible force est trop puissante, il DOIT partir. Il est parti.

La jeune fille reprend son errance. De pièce en pièce, jour après jour, elle erre. Elle semble chercher quelque chose. Ou bien est-ce quelqu’un ? Peut-être… un fantôme."

Posté par Coumarine à 19:45 - Anaïs - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires

  • Vraiment contente de te voir dans cet espace, Anaîs, pour venir nous donner ce très beau texte
    Pas de problème s'il ne répond pas exactement à la consigne...l'important c'est d'écrire, la consigne (ici l'incipit) est un tremplin pas un frein (je dis cela pour tout le monde)
    Ton text est très beau, lent comme un ralenti cinématrographique. Tout se passe comme dans un rêve. Tes phrases courtes, tes répétitions contribuent à ce "sur-place" un peu irréel
    On ne sait pas très bien si on se trouve dans un rêve, dans la pensée de la jeune fille ou dans un réel un peu étrange
    Tout cela est très bien rendu

    Posté par coumarine, 10 janvier 2006 à 19:51
  • Oyez, Anaïs!

    Chouette que tu sois venue ici. Ce n'est pas comme moi qui ai loupé cette dernière consigne.
    Je vais d'ailleurs essayer de me rattraper avant qu'il ne soit trop tard!

    Posté par Sabine, 11 janvier 2006 à 11:35
  • J'ai dégusté tes textes, Anaïs: j'adore! je réfléchis un peu aux préférés: sans doute grand-maman, la lettre du jeune garçon... et puis les amoureux de l'été... alors, le garçon devant les vagues celui-là je l'aime aussi vraiment beaucoup, il est poignant. et le premier, celui-ci, j'aime aussi on s'y perd comme dans toutes les rêveries; c'est bon et triste à la fois! à la prochaine xxx

    Posté par loulapoul, 02 septembre 2007 à 12:20

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