Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

07 mai 2006

Austerlitz et Waterloo (Théo)

Le ciel n’en faisait qu’à sa tête. Si étrange que semble ce phénomène, il n’y a là rien de miraculeux. Qui s’invente des règles sinon les hommes ? La nature ne fait que poursuivre son petit bonhomme de chemin chaotique depuis plusieurs milliards d’années sans rien demander à personne, non ? Pardon pour cette liste fastidieuse, mais ce sont les astrologues, les religieux, les philosophes, les moralistes, les militaires, les scientifiques, les politiques, les économistes et les thérapeutes qui se sont chargés d’y mettre bon ordre, sous l’œil souvent atterré des humanistes. Vous avez remarqué que je ne mentionne pas les artistes. C’est qu’ils ont l’esprit ailleurs, les artistes. Plus de questions ?

Elle avait déjeuner en compagnie des oiseaux des plages, ne me demandez pas de citer des noms, j’ai horreur de la délation. Elle s’était allongée dans l’herbe et le bourdonnement des insectes. Les yeux plantés dans l’atmosphère, elle moissonnait du bleu en se laissant aller à la rêverie. Elle ne les avait pas vus venir car elle avait fini par s’endormir. Ils s’étaient accumulés comme une armée napoléonienne dans une grande prairie, du moins je l’imagine, en envoyant d’abord quelques éclaireurs isolés, puis était venu le gros de la troupe, rangés en bon ordre de bataille, et maintenant ils donnaient la charge.

La pluie l’avait d’abord trempée puis réveillée au milieu d’un rêve. Rassemblant les restes de pique-nique et ses habits épars – oui, je ne vous ai pas dit qu’elle les avait ôtés afin de ne pas troubler votre lecture – rassemblant donc son monde d’objets familiers, elle s’était mise à courir en grande amoureuse des horizons perdus, et c’est à ce moment-là qu’elle s’était dit, en repensant au contenu de son rêve, tant il était encore prégnant, qu’elle les aimait bronzés, polis par le vent et l’eau, chauds et bien cuits…

Posté par Coumarine à 09:57 - Théo - Commentaires [4] - Permalien [#]

Commentaires

  • Ah! oui! texte que j'aime beaucoup!
    Pourquoi donc?
    Il y a un va et vient entre le permier degré de lecture, et un deuxième (si pas un troisième) degré!
    Et puis l'écriture en est très belle, et ça, je savoure vraiment beaucoup
    "Elle s’était allongée dans l’herbe et le bourdonnement des insectes. Les yeux plantés dans l’atmosphère, elle moissonnait du bleu en se laissant aller à la rêverie." j'aime, j'aime, j'aime...

    Posté par Coumarine, 07 mai 2006 à 10:12
  • Moi aussi, avant même de lire le commentaire de Coum, j'avais noté cette phrase dans laquelle je me retrouve avec délectation: "Les yeux plantés dans l’atmosphère, elle moissonnait du bleu en se laissant aller à la rêverie" Moissonner le ciel! Quelle merveille!

    Posté par FC, 08 mai 2006 à 22:28
  • hum... bon ben plus rien à dire sur cette phrase donc.... vite vite une autre!

    "...– rassemblant donc son monde d’objets familiers, elle s’était mise à courir en grande amoureuse des horizons perdus..."

    sont pas perdus pour tout le monde, tant tu sais parfaitement nous les décrire...
    vive la charge héroïque des éthérés nuages...

    Posté par pati, 09 mai 2006 à 14:29
  • Rectificatif : lire "elle avait déjeuné" et non "déjeuner".
    Et puis merci lecteur/trices de vos commen(ne pas)taires.

    Posté par théo, 09 mai 2006 à 16:05

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