Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

22 mai 2006

Rouge et bleu (Alceste)



93, les colonnes infernales étaient entrées dans le bocage vendéen depuis quelques semaines. La semaine dernière, une colonne avait été décimée par les chouans, non loin des sables d’Olonnes .
Simon, le long fusil à baïonnette des patriotes à la hanche avançait dans le chemin creux, à l’arrière de la section envoyée en reconnaissance .La sueur perlée aux coins de ses yeux, ses mains étaient blanches à force de serrer la crosse, dans le dos il sentait sa chemise trempée par la peur .Seul le cliquetis des armes et le chuintement des souliers qui s’extrayaient de la boue rythmaient sa marche.
Bientôt ils débouchèrent dans  un minuscule et misérable hameau. Immédiatement des hommes coururent devant la troupe. Sans semonce ils furent abattus.
C’est alors que la folie meurtrière s’empara des soldats qui pénétrèrent rapidement dans les pauvres chaumières , en extrayant femmes et enfants , et ce qui fut des hommes devint des démons embrochant tous ces être innocents .
Simon se mit à vomir, immobile à l’arrière, tremblant de rage et de désespoir.
Soudain son attention fut attiré par une femme tenant son enfant en bas âge que tirait vers lui un des soldats. Il jeta l’enfant à terre d’un côté, la femme de l’autre la plaqua au sol et remonta sa jupe .S’en était trop pour Simon !
Il  dégaina le sabre de cavalerie qu’il avait pris un jour sur le corps d’un combattant, et lança :
Arrête !
L’autre ne broncha pas, la femme hurlait
Arrête !
T’as qu’à attendre ton tour andouille !
Un sifflement suivi d’un bruit sourd, un geyser de sang, la tête grimaçante roulait déjà au sol.
Un silence soudain envahit la clairière .Autour de lui la troupe s’était immobilisée et faisait cercle, une incompréhension qui exorbitait leurs yeux leur donnait un apparence de spectres.
Traître hurlèrent t-ils en cœur.
Immondes lâches, vous n’êtes pas des soldats de la république !
L’officier avança, le regarda droit dans les yeux :
Je te comprends, mais tu dois mourir, car nous sommes en guerre, et tu viens de commettre un acte de haute trahison.
Citoyen officier, tu appelles ça une guerre ! Ces hommes que tu tues sont des paysans comme toi, et ces femmes et ces enfants ne portent pas d’armes. Je suis soldat pas criminel !
Fais ton devoir citoyen !  Et il lâcha son sabre.
Sans ménagement ses anciens compagnons le poussèrent contre un mur et le mirent en joue.
Sur le bleu de la vareuse, une tache rouge commença de grandir.
Pour qu’un homme affirme la valeur et la dignité de l’humain, le bleu et le rouge ne s’épousent t’ils pas ?

Posté par Coumarine à 15:13 - Alceste - Commentaires [5] - Permalien [#]

Commentaires

    Dur, dur ce texte en effet cher Alceste...
    On y lit les réminiscences de Balzac, de Hugo...
    Brrrrrr j'en ai froid dans le dos...
    C'est super bien décrit, cette barbarie , qui fait passer pour des opérations militaires, le pire qu'on puisse imaginer...des enfants, des femmes...comment est-ce possible?
    Aujourd'hui encore ces choses se passent.
    Tu nous secoues, certes, mais dans un texte vraiment bien écrit!

    Posté par Coumarine, 22 mai 2006 à 15:20
  • "Pour qu’un homme affirme la valeur et la dignité de l’humain, le bleu et le rouge ne s’épousent t’ils pas ?"
    oh la bonne question que voilà!

    si, malheureusement, trop souvent à mon gout...

    très belle page d'écriture, alceste, vraiment. on s'y croirait.
    on entend le bruit du canon, on s'enveloppe dans la fumée âpre des combats.
    on voit la detresse de cette femme, et le "stop! c'est assez, c'est trop" du soldat.

    dur, certes. mais la vie l'est souvent, et c'est ce qu'est ce texte...

    vivant.

    Posté par pati, 22 mai 2006 à 15:53
  • Le rouge du sang des combattants, le bleu de l'honneur... c'est fort

    Posté par Myriel, 23 mai 2006 à 12:12
  • Va sur mon blog Myriel et tu verras qu'il y a une autre symbolique

    Posté par alceste, 23 mai 2006 à 17:04
  • J'ai beaucoup aimé cette évocation de la guerre de Vendée. Les "blancs", les "bleus".

    Et un vieux souvenir : dans "Les chouans" de Balzac, "l'apparition de Marche-à-Terre".

    Posté par Pivoine, 28 mai 2006 à 22:44

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