Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

25 juin 2006

Il est dans ma ville (Coquelicot)

Il est dans ma ville, comme dans toutes les grandes villes, des espaces en ombre plus qu’en lumière où les ténèbres du cœur flirtent avec la misère. De ces ruelles, des impasses, des berges ou des dessous de ponts où le cœur de la cité préfère ignorer que des hommes et des femmes se battent, ou ne se battent même plus, pour vivre ou survivre.

Il est dans ma ville, comme dans toutes les grandes villes, des espaces en ombre plus qu’en lumière où des yeux hagards, saoulés par la drogue, l’alcool, la poisse et le vide d’avenir, ne rencontrent plus de regards frères, de regards amis, de regards complices.

Il est dans ma ville, comme dans toutes les grandes villes, des espaces en ombre plus qu’en lumière où la frilosité empêche la rencontre, où la gêne détourne les pas, où la peur tétanise toutes relations humaines.

Il est dans ma ville, comme dans toutes les grandes villes, des espaces en ombre plus qu’en lumière où des pensées éclairs inventent des possibles, où des idées esquissent en tête des gestes de la main et où ces mêmes mains restent soudées au fond des poches par pudeur mal placée, par peur de ne pas être juste dans l’attitude, par crainte de ne pouvoir gérer la suite, par ignorance ou par lâcheté.

Il est dans ma ville, comme dans toutes les grandes villes, des espaces en ombre plus qu’en lumière où passants qui passent pensent qu’ils devraient se montrer capables de répondre à la main tendue du mendiant, où des mendiants se meurent par manque de  reconnaissance, de chaleur humaine, de regards miroir qui leur disent qu’ils existent.

Je suis, dans ma ville comme d’autres dans toutes les grandes villes, mort aujourd’hui. Désespéré par l’ignorance, je n’ai plus eu la force de lutter. J’étais la main tendue qui criait aux nantis de la chance que je voulais, moi aussi,  m’offrir à celui qui ne me voyait pas.

Posté par Coumarine à 11:11 - Coquelicot Fc - Commentaires [4] - Permalien [#]

Commentaires

  • Merci cher Coquelicot, pour ce magnifique texte de réflexion qui nous rappelle l'envers du décor...
    J'aime la répétition lancinante de cette première phrase, qui nous mène dans tous les recoins de cette réflexion
    Tu ne nous épargnes rien...
    Ce sont des gens comme toi, des "lutteurs" qui font qu'on peut encore croire aujourd'hui en la bonté du monde
    (mais c'est bien la pramière fois que tu nous livres un tel cri, toi d'hab si positif...)

    Posté par Coumarine, 25 juin 2006 à 11:17
  • Ca crie, ça touche, ça fait mal de vérité pure.
    Sujet qui m'interpelle et m'intéresse. Très bien rendu. Humainement poignant et -hélas- si réaliste.
    Bravo !

    Posté par Anaïs, 26 juin 2006 à 12:31
  • Faut pas désespérer hein Coquelicot...
    Bientôt les vacances ...Tu vas pouvoir aller retrouver tes semblables dans les champs de blé... tu verras comme il y fait bon et beau.
    Charlotte.

    Posté par Charlotte, 26 juin 2006 à 21:58
  • quel plaisir de te relire enfin, coquelicot!

    très beau texte, vraiment. noir, oui. mais si juste. si vrai.

    envie que ton "je" vienne se perdre dans ma ruelle...

    Posté par pati, 27 juin 2006 à 11:27

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