Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

05 juillet 2006

Lapin au cidre sur son lit de groseille. (Céline2)

L'unique ascenceur de l'immeuble est momentanément en panne. Deux sacs emplis de victuailles posés sur les genoux, elle fixait, abasourdie, la petite affichette du syndic.
Combien de temps dure un moment ? s'inquiéta Aline.
Il était près de 19 heures et Arnaud devait la rejoindre à l'appartement pour un samedi soir culinaire. Un prétexte pour lui prouver que le handicap ne freinait en rien son autonomie.
Il lui restait donc une petite demi-heure pour lancer le lapin au cidre et sa gelée de groseille. Une recette simple mais originale qu'elle avait dégoté sur internet pendant ses heures de boulot.
Stupéfaite par ce concours de circonstances il lui fallu quelques minutes pour élaborer un plan de survie, une solution miracle à son épineux problème. Elle entendait déjà les propos moralisateurs des copains sur le choix d'un appartement au dernier étage...
Et puis elle songea à la vieille du rez-de-chaussée, Amandine, qui pourrait peut être l'aider. La jeune femme empoigna les roues de son fauteuil roulant, fit un audacieux virage vers la porte d'Amandine et appuya sur la sonnette. Une toute petite bonne femme ficelée dans un tablier à fleurs ouvrit la porte très lentement. Très méfiante, elle avait pour habitude de garder un pied contre le bas de la porte pour la refermer vivement sur les doigts d'un éventuel malotru.
Les deux femmes se saluèrent aimablement et Aline exposa sa situation.
Il lui fallait se rendre chez  elle au 6ème et dernier étage de l'immeuble le plus tôt possible.
Amandine dont le visage témoignait du poids de 75 années d'existence et d'aigreurs, compris aussitôt qu'elle ne voulait ni ne pouvait porter la jeunette là-haut. Elle répondit en claquant la porte :
_" Je ne peux rien faire pour vous, je suis trop faible pour vous transporter voyons ! Bonsoir mademoiselle."
Agaçée mais pas étonnée par le reflexe de la vieille misanthrope, Aline sonna de nouveau.
_ " Ce n'est pas pour cela que je sonnais Madame ! C'est pour demander aux voisins...ou bien téléphoner.."
La vieille entrouvit à peine la porte et répondit sèchement :
_ Je n'aime pas les voisins, ce sont tous des voyous et puis je ne les connais pas et j'ai pas le téléphone"
_ C'est l'occasion de les connaître... rétorqua Aline.

L'échange prit fin sur ces mots. La jeune femme, à court d'idées, se voyait déjà escalader l'escalier à la force des bras en nouant les deux sacs et en les portant sur sa nuque. Mais le problème resterait entier devant la porte de son appartement. Quant à cuisiner sans le fauteuil c'était totalement utopique !
Téléphoner à des amis aurait été son premier réflexe si son portable ne s'était pas complètement déchargé. Seule solution envisageable : tenter une réparation de ce fichu ascenceur. En Mac Giver du dimanche, elle gardait, dans une sacoche arrimée à son fauteuil, un nécessaire de réparation : rustine, bombe de gonflage, tournevis...etc.

Elle ouvrit l'ascenceur en appuyant sur le bouton d'appel et y entra. Grâce au tournevis elle put défaire le boitier de commande et acceder aux branchements électriques. Elle trifouilla longuement les fils et découvrit un fil jaune légèrement brulé. Elle le nettoya soignement en grattant la partie cuivrée et le rebrancha.
Il fallait maintenant tester son intervention. Elle hésita quelques secondes et regarda sa montre : 19h25 ! Elle appuya alors sur le 6 et la machine monta tranquillement jusque devant son appartement. Victoire ! Ravie et fière de sa prouesse technique Aline ne put s'empêcher d'appuyer sur un autre bouton, juste pour voir... L'ascenceur descendit aussitôt jusqu'à la cave et s'y arrêta dans un étrange crépitement. Une odeur de plastique brûlé envahit la cabine. Le fil jaune avait cette fois, totalement fondu et la porte ne daignait plus s'ouvrir.
Pendant ce temps Arnaud trouvait porte close au 6ème étage et prit très mal qu'une jeune prétentieuse, et handicapée de surcroît, se permette de lui poser un lapin. Vexé et blessé par cet affront il quitta les lieux rapidement.
Aline dû attendre le lundi pour sortir de sa prison car comme dans tout ascenceur qui se respecte l'interphone de secours ne fonctionnait pas. Elle y dégusta stoïquement sa gelée de groseille et son litre de cidre en attendant le réparateur.

Posté par Coumarine à 15:47 - Céline tricotinages - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

  • Mais...c'est une histoire complètement noire ça!!
    Tu t'es bien amusée à écrire ce scénario "d'horreur"? (sourire)
    Tout le monde il est pas beau, ni gentil..
    Tout le monde il est très méchant...
    oups...

    Posté par Coumarine, 05 juillet 2006 à 15:54

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