Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

17 juillet 2006

qui voit houat voit l'ankou ( Alceste)

Après quelques minutes de marche, il avait déjà oublié pourquoi il était là, concentré, sur la sensation grisante qu’il vivait un moment « enharmonique» (néologisme personnel) de sa vie. C’était une simple intuition, à laquelle il croyait par  expérience, accoutumé aux irruptions de ces états seconds qui, fondant sa personnalité,  avaient induit la structure chaotique de son chemin de vie .Si on devait d’un mot le décrire, on dirait : observateur (mais, passif et curieux faudrait il ajouter). Ainsi, il avait certes voulu ce temps d’isolement et d’éloignement en un lieu qui a lui seul symbolise le recul existentiel, mais, cette décision s’était imposée à lui et  l’endroit n’avait été qu’un rêve dans le rêve, une image flottant en son esprit et s’agglutinant à ses pensées les plus quotidienne devenant si prégnante qu’il ne pouvait que l’accomplir.  Finalement le motif de sa présence sur l’île d’Houat , n’avait plus aucun intérêt , il était là c’est tout .Quand on arrive sur l’île c’est simple il n’y a qu’un chemin il suffit de suivre : genre de situation qu’il adore c’est simple on ne se pose pas de question . Il n’y avait donc que cette petite route à peine goudronnée qui menait  à la pointe de l’île là où il savait pouvoir planter sa tente. En arrivant on traverse un groupe de maison plus qu’un hameau (on appelle çà en Bretagne un keriaden ) , blanches avec les volets peints de la couleur des coques de bateau , des pen ti  , souffrant  déjà des stigmates d’un tourisme émergeant Il ne voulait pas s’arrêter et  poursuivi ,courant presque malgré le sac à dos pour enfin découvrir le sentier sablonneux qui prolonge la route s’engageant dans l’étroite bande de terre , si fragile , qui tranche l’océan , comme une plaie aux deux berges égales , la plage au vent, convulsée de rouleaux violents , la plage sous le vent, aux couleurs et à la sérénité rappelant les îles paradisiaques .Il découvrit l’endroit qu’il avait vu en rêve et planta sa tente solidement afin qu’elle ne s’envole pas avec ce vent qui est celui de la pleine mer , rien de l’arrêtant . Il faisait vite n’ayant qu’une idée en tête .S’assoire, en tailleur, et face à la mer, s’immerger dans son rêve pour le méditer, le vivre, l’accomplir et peut être l’espérait- il comprendre, voire enfin cette pulsion terrible qui l’avait tiré ici, cesser son insoutenable attraction.
Il se dirigea vers la plage au vent et plongea dans les rouleaux se laissant masser par les frappes glacées des vagues, savourant cette eau primordiale et baptismale .Il sortit assez vite, la température de  l’atlantique en pleine mer ne se prête pas à de longues baignades. Sur la grève il s’amusa à laisser couler le sable entre ses doigts, car quoi de plus symbolique pour visualiser la vie, quand on aspire à méditer .Enfin assis devant sa tente il se prépare un frugal repas et observe l’horizon infini que rien de limite, il a l’impression de pouvoir observer la  terre entière, il est l’homme observant la création. La question fondamentale en forme de réponse qui voudrait que l’homme ait été crée pour rendre compte de l’univers, que le divin est dans l’improbabilité totale de cette occurrence consciente qu’est l’humain.
Puis il reprit il repris le cours de ses pensées en essayant de se rappeler la raison de sa présence ici.
En réalité il avait voulu cette solitude totale, précisément pour l’éprouver, car il ne la connaissait pas, sa personnalité faisant qu’il ne pouvait quoi qu’il fasse être seul. Cette capacité à affronter et accepter la solitude était la condition nécessaire à la résolution de sa problématique personnelle , sa relation à l’autre mais aussi à son cheminement spirituel car comment revenir à l’essentiel , comment revenir chez soi comme dit le proverbe zen , si on ne peut être seul . Seul ce bord de mer particulier offrait toutes les caractéristiques essentielles à une bonne introspection .Il savait en outre, à l’aube d’une décision personnelle, que seule une solitude extrême, un bout du monde, une Patagonie virtuelle  pouvait couper les cordons (ombilicaux) que sa mère, intrusive maintenait tendus, que seule cette traction géographique avait une chance de provoquer la rupture. Pour une fois il voulait décider seul, et accepter les conséquences de son choix qu’elles soient bonnes ou mauvaises pourvu qu’elles soient de son fait.
Malgré ces bonnes résolutions, son manque d’expérience en la matière fit qu’il ne tarda pas à déprimer. Ce qui eut au moins l’avantage de révéler à ses yeux  sa futilité personnelle face aux vrais enjeux de la vie.Il en était là de ses considérations existentielles, quand le soir venu et le soleil explosant dans un bain de sang sur la mer d’un vert de glaces polaires, la pénombre rampante, accentuant son spleen il crut percevoir un bruit de charrette tirée par un cheval. En effet,( on appelle ça chez moi un tombereau), attelé à  cette sorte de percheron particulier qu’on trouve en Bretagne bringuebalait sur le  chemin et il pensa voir un îlien venu chercher le varech, mais neni c’était un vieux marin en vareuse avec une faux sur l’épaule ! Son visage  moutonnait comme la mer qu’il travaillait et ses yeux étaient de ce vert qu’on perçoit quand on plonge en apnée, mais sa bouche édentée lui donnait  un  sourire de spectre .La charrette s’arrêta à sa hauteur et le vieux marin s’adressa à lui dans notre langue qui ne connaît pas de bonjour :
Neuze eo beo ha yah an dud du – ze ?
Ya! Eo, eo,! mat tre !
Curieuse salutation que de demander si les gens chez moi son en vie et en bonne santé !
Chouchen em’ bo ! chouchen ganeoc’h ?
Il voulait du chouchen, l’hydromel, l’accool des dieux, boisson insupportable aux effets imprévisibles. Par hasard ( ?) il en avait acheté deux  flacons en guise de souvenir pour le retour  .Il perçu qu’il ne pouvait refuser cette demande …Il lui tendit le flacon au breuvage doré, que l’autre saisi sans un mot et commença derechef à vider (en Bretagne on ne dit pas merci mais ça serait trop long à expliquer ici). Quelques rasades après, le vieux l’apostropha :
Que connais tu de la mort mon gars !
Il ne se formalisa pas, dans les pays de culture celte, la dureté du climat, et historiquement de l’existence, fait le lit de cette mentalité rêveuse imaginative et méditative.
J’en ai peur et parfois je la désire
Tu as tord de la désirer et tu as raison d’avoir peur c’est salutaire ! Profites de ta vie qu’elle soit bonne ou mauvaise car il n’y aura pas de seconde chance crois moi. Il t’a été fait un don précieux, sache le goûter sagement.
Bon, kenavo !
Kenavo deoc’h ! a gwech arall !
Sur , s’esclaffa t –il !
Il voulu lui donner le deuxième flacon et pour cela se pencha  pour le saisir, mais quand il se retourna, il avait disparu !le sang reflua de son visage, c’était l’Ankou ! La grande faucheuse qui facétieuse comme à son accoutumée lui avait donné une belle leçon. Plus de déprime, la vie est belle !!!!!!!!!!!

Posté par Coumarine à 22:58 - Alceste - Commentaires [4] - Permalien [#]

Commentaires

    ALCESTE...par pitié!!!
    Ton texte est très long, trop long...
    Je n'ai pas le courage de le lire ce soir...
    j'ai juste lu le début, et j'ai vu que tu as vraiment intérêt à sabrer dans tes mots
    J'ai appris ça moi-même dans un atelier d'écriture que j'ai suivi en tant qu'élève: il fallait supprimer tout ce qui n'était pas INDISPENSABLE à la compréhension
    Je te jure, c'est un sacré travail d'humilité
    Mais quand c'est fait: quel bonheur: car chaque mot porte...

    Posté par Coumarine, 17 juillet 2006 à 23:04
  • c'est juste

    ca a toujours été mon problème ! au lycée j'etais le seul élève qui comptait avec angoisse le nombre de double copie , quand les autre se trituraitent l'esprit pour finir la première double copie !
    j'ai étébeaucoip marqué par chateubriant et ses phrases interminables c'etait un jeu pour moi .
    Bon j'ai bien noté , merci beaucoup je vais renforcer la vigilence .

    très très amicalement

    ps :si tu lis la fin tu vas être encore plus irritée

    Posté par alcesteal, 18 juillet 2006 à 07:00
  • Alceste, merci de ne pas prendre mal mon com
    Je ne suis pas tendre avec toi...
    Mais c'est vrai: écris plus court, cela demande un effort pour te lire...
    Je ne suis pas irritée..
    La fois prochaine tu t'obligeras à écrire plus court, dac?

    Posté par Coumarine, 18 juillet 2006 à 23:07
  • bien evidemment

    tu remarqueras que je ne me contente pas de dire simplement oui , le cas est grave !

    Posté par alcesteal, 19 juillet 2006 à 06:54

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