Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

21 juillet 2006

Sans retour... (pierre de lune)

Après quelques minutes de marche, il franchit la grille de ce domaine dont
le parc, abandonné, offre une perspective sauvage et désolée sur la grande
allée bordée de frênes qui menait, autrefois majestueusement, à l'imposante
bâtisse dont il ne reste que quelques vestiges envahis par les ronces; c'est
là qu'ont coulé les jours heureux de l'enfance et de sa jeune vie d'homme,
douce époque depuis longtemps révolue mais dont le regret l'a sans cesse
poursuivi ces dernières années, telle une vieille ritournelle qui trotte en
tête.

Il retrouve avec une émotion grandissante, qui l'anéantit et pourtant
maginifie son regard d'un éclat cristallin, cet endroit qui l'a vu naître et
se penche pour saisir entre ses doigts engourdis par le froid matinal un peu
de cet argile à la fois souple et épais, qu'il hume avec mélancolie, sachant
qu'en aucun autre lieu, dut-il pour cela parcourir la terre entière, il ne
retrouvera cette odeur à la fois âcre et douce, ni ce grain si particulier à
cette contrée où rôde encore, dans sa mémoire fiévreuse, quelque rire
d'enfant, témoin des jours enfuis.

Puis il reprit ses esprits, se persuadant que la vie était ailleurs, auprès
de ceux qui l'aiment mais dont, depuis longtemps, il se sent étrangement
éloigné, voyageur du passé qui vit chaque matin en essayant vainement
d'occulter ce jeudi maudit qui a vu, en quelques heures et sous l'assaut de
gigantesques flammes, disparaître les siens; embrasement ravageur,
impitoyable dont la force impétueuse n'a - ironie du sort - épargné que
l'aile gauche du manoir... vide de toute présence.

En réalité, ce retour aux sources qu'il a tant désiré et si soigneusement
préparé, ces retrouvailles avec cet endroit dont le souvenir a, au fil du
temps, attisé son imagination, le laissent pantelant et désemparé, parvenu,
il ne sait comment, au bout de ce sentier qui mène du parc jusqu'au bord de
mer et il sait désormais que chaque pensée, chaque envol vers ces lieux
autrefois riches de rires, de jeux et  d'amour ne pourront que le déprimer.

Il jette un dernier regard sur ces étendues où le vent, indifférent à son
malaise, se joue impunément des dernières feuilles racornies jonchant en un
tapis craquant sous ses pas les quelques marches du perron épargnées par les
flammes, qui le ramènent bien malgré lui au bord du chemin et repart, le dos
voûté et la démarche pesante, vers un demain qui, il le sait maintenant, ne
se lèvera plus.

Posté par Coumarine à 23:15 - Pierre de Lune - Commentaires [5] - Permalien [#]

Commentaires

  • Beaucoup de mélancolie dans ce texte ample, et qui me fait penser à Martin Gray et son histoire...
    Si tu étais une participante à un de mes ateliers d'écriture, je te dirais ceci:
    relis-toi TOUT HAUT, certaines de tes phrases sont très longues, trop longues
    Le dernier paragraphe par exemple n'est qu'une seul phrase (oups et on respire ou?)
    Mais je te dirais cela avec un très grand sourire pour être sûre que tu ne le prennes pas mal...
    Peut-être est-ce la consigne qui t'a menée à cela...je serai curieuse de lire ton prochain texte...

    Posté par Coumarine, 21 juillet 2006 à 23:21
  • Bonjour Coumarine!

    Merci pour cette remarque, c'est un défaut que j'ai bien du mal à corriger..! En fait, la plupart du temps, l'écrit coule en un seul jet, comme une impulsion et la relecture devrait se faire bien après... avec un certain recul!
    Et justement, je suis là pour apprendre, alors, n'hésite pas à critiquer, le but étant de tâcher de m'améliorer!!
    Je n'ai pas encore pris le temps de lire les textes des participants... je m'y mets de ce pas!
    Très beau week-end !!

    Posté par pierre de lune, 22 juillet 2006 à 07:00
  • Juste un petit comm, si je puis me permettre.

    Je succombe aussi à la tentation (ou à l'automatisme) de la phrase trop longue et parfois, du texte trop long ( - c'est valable pour le blog aussi.

    Alors, je lis et me relis et je coupe. Souvent, une phrase en deux, ou je reformule en supprimant les propositions relatives. (qui, que, etc.)

    Mais comme le dit Coumarine, c'est vrai qu'il faudrait se relire tout haut. Je ne le fais pas, certainement pas pour les textes en prose, et c'est un tort.

    Mais on peut corriger tout ça...

    Posté par Pivoine Blanche, 23 juillet 2006 à 22:19
  • Sinon, j'ai pensé à Martin Gray aussi, évidemment, mais aussi à "Rebecca" et l'histoire du domaine de Manderley.

    Posté par Pivoine Blanche, 23 juillet 2006 à 22:20
  • Oui, je le dis et je le répète
    IL FAUT se relire tout haut!!!
    Du coup, on perçoit que les phrases, très longues nous empêchent de respirer...)

    Posté par Coumarine, 25 juillet 2006 à 09:16

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