Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

24 octobre 2006

Un drôle d’été (Brie)

Je me suis retrouvé assis là, dans cette gare où je n’avais jamais mis les pieds. Déjà la veille, maman m’avait dit qu’il fallait préparer nos bagages, mettre des vêtements chauds au cas où. Pourtant  nous étions au début de l’été, fin Juin. Au cas où… je me demandais ce que cela pouvait bien vouloir dire.  Et puis, nous devions nous lever tôt, le train partait à 5 H du matin. Elle n’avait pas voulu me dire où nous allions et ce que nous allions faire. Pourquoi partir au début de l’été, alors que je me réjouissais tant  de ces deux mois à venir. Enfin ! je l’attendais avec tant d’impatience cette période. Pendant deux mois, je savais que j’allais mettre mes cahiers de côté, tourner le dos à cette porte d’école, oublier ces professeurs qui ne m’aimaient pas. Enfin, je le pensais.

Et puis surtout, ces enfants, tout juste un peu plus âgés que moi, mais qui  passaient leur temps à me jouer des tours, à coller des chewing-gum sur ma chaise, à mettre des grosses pierres dans mon cartable, et quelquefois à me lancer tout ce qui leur tombait sous la main.  Et voilà que, perdu dans mes pensées, tout à la joie de m’éloigner quelque temps de ce quartier maudit, j’avais l’impression que tout s’écroulait autour de moi.  Ma sœur, elle, était toute joyeuse de ce changement. Elle dansait dans la maison, courait d’une pièce à l’autre, chantait à tue-tête. Elle était toute émoustillée.

Je me suis senti triste tout d’un coup. Envolées les après-midi à jouer avec les copains. Nous aurions fait de grandes virées à vélo, nous aurions joué au foot, nous aurions fait des blagues aux filles, nous aurions passé des heures à chahuter et à nous raconter des histoires. Mais non, il avait fallu remonter ce vieux réveil mécanique dont la sonnerie  hurlait dans mes oreilles. Il avait fallu empaqueter bien pliés les vêtements, et mettre sur nous les habits chauds impossibles à caser : l’écharpe, autour de mon cou, les grosses chaussettes. En plein mois de Juin ! Et papa, son gros pardessus, comme s’il avait froid. Les gens nous regardaient bizarrement, mais je n’y prêtais même pas attention. Je ne savais pas où nous allions, mais je sentais bien que ce voyage n’appelait rien de bon. Maman et papa étaient si tristes eux aussi

Posté par Coumarine à 09:00 - Brie - Commentaires [8] - Permalien [#]

Commentaires

  • Bienvenue Brie, chez PP...
    les textes vus du côté des enfants ont presque tous ce côté émouvant parce qu'ils évoqueunt un voyage étrange, qui ne présage en effet rien de bon...
    Pauvre enfants privés de leur enfance...
    Merc Brie pour ce petit texte qui reste un peu mystérieux quant à la raison de ce voyage

    Posté par Coumarine, 22 octobre 2006 à 22:19
  • voilà un bel exemple de non communication entre les générations. On sent bien la détresse de l'enfant devant un changement au but imprécis et donc angoissant.

    Posté par Farfalino, 24 octobre 2006 à 09:57
  • Beaucoup d’images ont jailli en lisant ton texte- çà y est, tu vas t’dire, qu’est-ce qu’elle va me sortir encore ? - mais si, regarde, « Maman avait préparé nos bagages, vêtements chauds, au cas où », mais n’est-ce pas ainsi que Maman fait les bagages, un sac bourré de pulls ( au cas où il fait froid) un sac bourré de trucs légers ( au cas où il fait chaud), un sac bourré de Kway ( au cas où il pleut), sans compter à boire et à manger pour tenir un siège ( au cas où on tombe en panne)..
    je t’avoue que comme elle le fait toujours, même quand elle se déplace tout près, moi aussi «  je me demande ce que cela peut bien vouloir dire »
    Ce qui m’a fait le plus drôle, c’est quand tu as écrit «  ma sœur était toute joyeuse, elle dansait dans la maison, chantait à tue-tête ».
    Cette petite fille, c’était bien toi, n’est-ce pas ??!
    Et le petit garçon dans la peau duquel tu t’es glissée c’est notre frère?
    « l’écharpe au mois de juin » ahahahaha! Maman t’a vraiment traumatisée! ( avec tendresse, bien sûr)
    N’est-ce pas, Brie, que c’est bon de manipuler les mots?

    Posté par AMBRE, 24 octobre 2006 à 10:53
  • Comme le dit coum j'adore les textes dans la peau des enfants avec cette incompréhension et l'innocence des enfants, et encore plus ici, ce qui rend en effet le texte tres emouvant.

    Posté par Matts (-Hideto), 24 octobre 2006 à 17:30
  • joli premier envoi, Brie
    et bienvenue dans ces lieux.

    oui, ton texte est très doux à lire. ça coule, comme d'une source profonde. on ne sait pas ce qu'est ce voyage mais quelle importance au fond... c'est un déchirement pour ton personnage, et c'est extrèmement bien rendu

    Posté par pati, 24 octobre 2006 à 22:18
  • Je me sens tout bizarre en lisant ton texte. Peut-être qu'il y a quelque chose qui fait écho au mien (non, il n'est pas encore publié, patience!)... en tout cas, tes mots éveillent de l'émotion et c'est bon signe.

    Posté par Poème de vie, 24 octobre 2006 à 23:52
  • Pouloulou, c'est quasiment la première fois que je ressens ça : mon ventre se tord au fur et à mesure de ma lecture.
    J'allais écrire "chouette", mais ça n'irait pas vraiment ici, malgré tout le bien que je pense de ce que je viens de lire ;o)

    Posté par Nan', 25 octobre 2006 à 15:15
  • LIBERTE

    oui, les enfnats ont un regard si prenant! c'est une innocence si puissante!! ne pas tout savoir, ne pas savoir dire ce que l'on "sait" parce qu'on a pas tous les éléments de compréhension!!
    L'enfance! un regard pur, différent! merci! lecture très émouvente et qui permet de pouvoir "chercher une fin" à ce voyage! Y trouver soit un espoir, soit une fin pathétique selon l'humeur de chaque lecteur, et son vécu!! merci de cette liberté!

    Posté par marie.L, 26 octobre 2006 à 17:15

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