Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

08 novembre 2006

Seuls les marins peuvent comprendre...(Coumarine)

Elle se cogne tous les jours au silence…

Là-bas se blesse la mer écartelée à petits coups têtus sur les rochers cruels. Elle est là, immobile et statufiée. Ses tempes lui hurlent des cris répétés et lancinants.
Là-bas dans la mer couronnée d’écume sauvage, ondule un serpent noir qui gémit et se défend en soubresauts géants. Et le fracas de sa colère ronfle et se répercute dans ses entrailles brisées. Elle halète, perd son souffle.
Là-bas la mer mourante lance vers le ciel son chant d’adieu rauque, que seuls les marins peuvent comprendre. Elle s'est réfugiée tout en haut de son délire.
Le ressac obstiné vibre dans son ventre effrayé. Elle vomit en s’accrochant aux marches de sa vie.
Là haut paisibles et nobles, les étoiles veillent sur son désespoir, et leur voyage dans le ciel d'encre est scandé par les odeurs d'iode et de brume. Elle les touche doucement une à une et devient sirène.
Là-bas la mer s’endort, blottie dans ses eaux à présent tendres et enjôleuses. Elle se lave l’âme, elle s’apaise. Elle se donne le droit de dormir. Elle se sait veillée par l’œil de la tendresse.
Là-bas se lève soudain le silence mystérieux surgi du brouillard de l’au-delà. Elle sort doucement de son rêve meurtrier. C'est décidé, elle vivra centenaire.

Posté par Coumarine à 17:05 - Coumarine - Commentaires [13] - Permalien [#]

Commentaires

  • ton texte est très beau, très original, comme toujours, coumarine.

    j'aime beaucoup la répétition des "la-bas", "là-haut", qui scandent les phrases dédiées à la mer. cela distille une distance entre tes deux narrations sans pour autant les dissocier. c'est très bien rendu.
    quand aux pensées de ton héroïne... c'est juste un délice à lire. tout est à relever, tant c'est ciselé avec amour.

    bravo, madame la muse de ces lieux )

    Posté par pati, 08 novembre 2006 à 12:50
  • Quelles superbes écritures! Il y a des concerti à 4 mains, il y a ton écrit à deux plumes! C'est merveilleux! Ce texte, on le lit d'une traite, on relit un texte et puis l'autre, on le reprend dans son entièreté mais à deux voix. Et toujours, comme la vague qui ressemble à la vague mais n'est jamais pareille, ces textes chantent le fond marin qui nous faît naître à d'étranges vies. La haute technicité de l'écriture, la maîtrise du phrasé ne sont que le support au plaisir de lire! Merci, Coum, Encore et encore, s.v.p.!

    Posté par fc, 08 novembre 2006 à 17:39
  • J'adore

    ce texte à double entrée. Je suis trop marin pour ne pas voir la mer en ses états et trop romantique pour ne pas voir la sirène.
    J'aime trop ce texte, non ce poème, pour ne pas avoir l'envie de le publier sur Daproles. Mais je ne viens pas ici pour faire ma promo, aussi merci d'aller voir ce site et si la compagnie vous y plait de me mettre un mail pour que nous parlions hors nos sites.
    Je garde précieusement ce site dans mes favoris.

    Posté par pierrot, 08 novembre 2006 à 17:55
  • Que c'est beau, Coumarine ! Cette mer couronnée d'écume qui se réfugie dans son délire puis devient sirène, s'endort, se lave l'âme, s'apaise sous l'oeil de la tendresse au point de se vouloir devenir centenaire.

    Amitiés,

    Posté par Largo, 08 novembre 2006 à 18:06
  • J'ai répondu à ce texte chez toi...

    Posté par lio, 08 novembre 2006 à 23:27
  • Ah qu'elle est violente cette mer que tu personnifies. Il n'y a qu'un pas entre le ciel d'encre et ce tableau de Spilliaert à l'encre de chine. En te lisant, je halète moi aussi ... Mais les étoiles ont donné vie à une petite sirène, douce et paisible. Ouf, je retrouve le souffle. Bravo, Coumarine.

    Posté par Micheline B, 09 novembre 2006 à 09:41
  • Que c'est beau ! Ca s'écoute et se ressent comme une musique où les instruments se répondent. Je ne me lasse pas de lire et de le relire.

    Posté par Lukeria, 09 novembre 2006 à 10:48
  • Ah, Coum! Il n'y en a pas deux comme toi pour écrire un pas de deux! En moins de deux, tu nous embarques dans ton monde bien à toi...le pays des mots où les noms pleurent ou chantent, où les verbes cognent ou caressent,où les adjectifs explosent ou calment la tempête...
    Ton texte est magnifique, Coum! Nul besoin d'écrire ton nom, il est signé de l'intérieur...
    Un tableau de maître!

    Posté par colette, 09 novembre 2006 à 13:56
  • Quand Coumarine, la douce, la gentille laisse tomber le voile, on la découvre sauvage, féroce, dure,en colère, haletante dans ce texte qui part des " tripes ", qui me laisse admirative et pantoise.
    Heureusement, elle s'apaise, veillée par l'oeil de la tendresse et je peux la lire et la relire en paix.
    C'est du grand art, ce double jeu ( ou double "je" ???)

    Posté par aMANDA, 09 novembre 2006 à 17:09
  • seuls les marins...

    COUM, ton phrasé, m'a mis tout de suite dans le bain. On perçoit les langueurs océanes, le sac et le ressac. Manque la senteur iodée des roches découvertes. Superbe et magistral. snif

    Posté par vincent, 09 novembre 2006 à 19:40
  • Merci à vous tous de tout coeur

    Posté par Coumarine, 10 novembre 2006 à 00:12
  • Je passais par là : j'ai vu et j'ai lu...
    Va falloir m'attacher au mât de mon voilier sinon je crois bien que je vais chavirer sous le charme de cette mer tendre et paisible.
    La sirène chante si bien et si juste.

    Posté par Charlotte, 10 novembre 2006 à 16:16
  • la mer qui donne l'espoir pour continuer
    on entend les vagues et le chant de sirène
    "Elle se lave l’âme, elle s’apaise. Elle se donne le droit de dormir. Elle se sait veillée par l’œil de la tendresse."

    merci Coumarine pour ce texte

    Posté par littlesun, 12 novembre 2006 à 09:22

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