Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

18 novembre 2006

Impasses (Lukeria)

Je reste là, pétrifiée, à l'endroit où, en quelques mots définitifs, il m'a déposée.

Tant d'années où mes pas se fondaient dans l'ombre de ses pas… À me perdre souvent dans ses silences. Un seul de ses sourires pour me retrouver.

Il était mon chemin de campagne. Ensemble, nous avons traversé toutes les saisons : des printemps verdoyants pleins de promesses, des étés enlacés embrasés, des automnes empreints de nostalgie, mais aussi des hivers trop blancs et glacés où je me recroquevillais dans l'attente des beaux jours retrouvés.

L'hiver vient de s'installer durablement. Le temps s'est figé.

Je regarde ces routes trop planes et vides qui s'ouvrent devant moi. Il m'a coupé l'herbe sous le pied. À perte de vue, du bitume, rien que du bitume. Je perds pied ! Il m'a statufiée.

Je reste là, pétrifiée, à l'endroit où, en quelques mots définitifs, il m'a déposée.

Serai-je un jour capable d'avancer ? Si long et douloureux ce temps avant d'atteindre ce jour où je pourrai me distancier et penser : c'est son problème, plus le mien.

Posté par Coumarine à 16:59 - Lukeria - Commentaires [9] - Permalien [#]

Commentaires

  • Une rupture...en quelques mots simples, tu en donnes son atmosphère de nostalgie, non! plus que cela: l'impression que le temps s'est figé.
    Avec les détails des pelouses et de bitume, et ceux des saisons qui passent inexorablement...
    Bien réussi Lukéria...

    Posté par Coumarine, 18 novembre 2006 à 17:04
  • Je ne connais pas ce type de rupture, mais j'imagine aisément la relecture de toute une vie et la pétrification qui bloque tout ... Tout? Pas tout à fait puisqu'une force de vie la pousse à déjà espérer qu'un jour elle pourra se dire "c'est son problème!" Atmosphère très dense, en peu de mots! Bravo!

    Posté par fc, 18 novembre 2006 à 18:25
  • Quand j'ai lu ton commentaire sur mon texte tout à l'heure, je me suis demandé le pourquoi ... deux mois ça m'a paru déjà bien long ...

    La réponse, je l'ai en lisant ton texte, réminiscence d'un passé pas si lointain (j'ai même relu ton premier texte aussi)... mais regarde bien au coeur de ton hiver ... le soleil continue à se lever. Regarde bien ton herbe coupée, elle repousse chaque jour un peu plus. Regarde bien ton bitume, tu le verras se craqueler. Et tu verras qu'elle arrivera à redescendre et vivra centenaire

    Posté par Bugul An Aod, 18 novembre 2006 à 22:12
  • A me perdre souvent dans ses silences. Un seul de ses sourires pour me retrouver…….comme l’image est belle ! Un beau récit d’amour qui se brise ! J’aime beaucoup cette référence aux saisons, comme le symbole des années qui passent. ! Un très beau texte…

    Posté par brie, 19 novembre 2006 à 19:17
  • C'est vrai que les mots peuvent être assassins !
    En une phrase on peut bousiller une histoire de plusieurs années.
    En quelques pages, on peut faire de cette histoire un roman...

    Posté par Plum', 20 novembre 2006 à 00:38
  • Quand des paroles assassinent , toute une vie se fige, jusqu'à faire défiler les saisons sans les apercevoir...
    Peut-on dire qu'un jour on sera vraiment guéri de l'absence?...

    Merci, Lukeria!

    Posté par colette, 21 novembre 2006 à 10:36
  • beau moment de lecture.
    qui cueille, au départ, et séduit ensuite, par le ton, les formules, pleines de charme, et l'atmosphère pesante mais néanmoins résolument dans l'avancée.

    elle y arrivera, un jour, c'est une évidence

    Posté par pati, 23 novembre 2006 à 11:51
  • Ton texte, en particulier ton passage sur les saisons, me fait penser aux Lieder de Richard Strauss que j'aime énormément. Avec une différence cependant, l'hiver glacé et figé chez lui peut aussi être la chaleur et la lumière intérieure, très peu chantée finalement par les compositeurs.

    J'ai beuacoup aimé.

    Posté par Poème de vie, 26 novembre 2006 à 10:45
  • certains mots nous destabilisent car ils deviennent un temps des maux...pour que d autres mots nous guérissent afin que d autres nous ré- enchantent...

    Posté par soleillune, 27 novembre 2006 à 19:07

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