Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

20 novembre 2006

Ceci n'est pas un conte... (Colette)

Il était une fois...moi. Moi, la valise incolore, celle qui ne ferme plus, qu'on oublie délibérément à la consigne, qu'on bazarde dans un recoin du grenier.
Il était une fois...moi. Moi, l'énorme faute d'orthographe, la virgule superflue, le point d'interrogation, le point suspendu.
Il était une fois...moi. Moi,le petit d'homme, pas bien lourd, mais bourré d'amour à faire exploser la valise,à renverser le point d'exclamation! Le petit bout, haut comme trois pommes, sale comme un pou, fermé comme une huître. La graine de voyou, tombée par mégarde dans un ventre vide, mûrie sans soleil, gorgée de carences, disséminée dans une terre en jachère, écrasée par des bottes de sept lieues. Le môme qui disait oui et pensait non.Le marmot qui se taisait et qui aurait voulu hurler. Le mioche qui cherchait la main à serrer et qui lui claquait sur les joues. Le mouflet qui mendiait un regard mais l'aveuglait d'éclairs.Le merdeux qui voulait exister et pourtant s'éteignait.
Il était une fois...moi. Moi, le bâtard, pas bien lourd, mais affamé d'amour à croquer la valise, à engloutir les points de suspension...

Ce matin, à la croisée de deux rais de lumière, j'ai vu partir ma mère. J'ai refermé le rideau. Je me suis assis. J'ai mâchouillé un vieux crayon, j'ai beaucoup réfléchi et j'ai commencé le livre de ma vie. La première ligne dit :
"Désormais, c'est son problème, plus le mien..."

Posté par Coumarine à 09:17 - Colette - Commentaires [15] - Permalien [#]

Commentaires

  • Colette...c'est fabuleux...
    Tu pars dans une direction complètement neuve, originale, jusqu'au bout je me suis demandé le lien que tu allais établir avec la photo...
    Et puis cette écriture, si suggestive, si en métaphores, comme elle est belle pour exprimer une réalité douloureuse
    Tiens, j'en ai le coeur serré, le ventre noué...
    C'est un TRES très beau texte

    Posté par Coumarine, 20 novembre 2006 à 09:21
  • Ton texte, Colette, déroute, du moins au début. Je me demandais si tu avais bien travaillé en partant de l'image de la nouvelle consigne. Et puis, à la fin, on comprend où tu veux en venir. Beaucoup d'émotion dans cette exposition de faits douloureux de l'enfance et de toutes ses conséquences. Bien écrit, comme toujours. Si j'avais des dons artistiques, j'illustrerais volontiers tes textes. Bravo, Colette ! Continue de nous émerveiller, qu'il s'agisse de contes ou non !

    Posté par Micheline B, 20 novembre 2006 à 09:42
  • un texte coup de poing qui en effet est bien loin du conte mais agréable à lire.

    Posté par lio, 20 novembre 2006 à 12:48
  • C'est tout simplement magnifique autant dans les métaphores que dans les émotions. Merci...

    Posté par Plum', 20 novembre 2006 à 13:17
  • Une fois de plus, superbe écriture pour un sujet délicat. Quelle belle idée de finir sur ce commencement qu'est l'écriture! Merci pour la force de ce texte!

    Posté par fc, 20 novembre 2006 à 17:39
  • Un superbe texte, tout en finesse et émotions. Moi aussi, j'ai eu le coeur serré à le lire...

    Posté par Lukeria, 20 novembre 2006 à 17:39
  • Belle réussite Colette. Le début du texte est intrigant et tu tiens le lecteur en haleine jusqu'à la fin. C'est une écriture pleine d'émotions. Non, la vie n'est pas un conte de fées mais pour cet enfant mal aimé elle pourrait le devenir car il ne le sait pas encore mais il sera écrivain !

    Posté par Marie-Jeanne, 20 novembre 2006 à 23:25
  • On a envie de lui faire la bise à ce petit garçon. Tant d'injustices, si peu d'amour. Tu as le talent de nous remuer l'âme, Colette. Et la fin de l'histoire comme le début d'une autre ... J'ai vraiment aimé.

    Posté par marie-aude, 21 novembre 2006 à 19:52
  • Oui, décidément, j'aime beaucoup les textes de Colette (Colette ! Quel patronyme aussi ! Ce que je trouve génial, c'est -en faisant une rupture- d'avoir pu terminer le texte de façon si naturelle. C'est pas facile, une phrase comme ça. Ni un exercice de ce type. Voilà le registre de l'enfance, du rêve, des mots, de la tendreté, de la jeunesse de coeur... C'est délicieux !

    Posté par Pivoine, 21 novembre 2006 à 23:43
  • C'est une vraie claque, mais que l'on reçoit les yeux pleins d'étoiles !
    Très beau, bravo !

    Posté par Amanda, 22 novembre 2006 à 16:53
  • C'est beau et danse, heu, dense !
    PS : La valise à la consigne... 32 je présume ? ;o)

    Posté par Dan, 22 novembre 2006 à 19:53
  • c'est superbe, je vois rien à rajouter de plus )

    Posté par pati, 23 novembre 2006 à 12:02
  • Colette, ta plume est fabuleuse dans tous les genres. Je t'admire !

    Posté par Largo, 23 novembre 2006 à 17:19
  • Colette, c'est super beau.

    Posté par Charlotte, 24 novembre 2006 à 18:13
  • finir ton texte par un début de texte, c'est c'est un rebondissement inattendu, est tellement inatendu! en plus de la qualité de ton texte cela est original!

    Posté par marie.L, 01 décembre 2006 à 12:05

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