Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

02 décembre 2006

C'est là que nous irons (Elvire)

C'est là que nous irons.

Lorsqu'au printemps, des mots nouveaux  pousseront par chacun des pores de ma peau.

C'est là que nous irons : dans ce pré sauvage en lisière de forêt, au milieu des bois noirs, où surgit la clairière.

C'est là que nous irons contempler pas à pas l'avancée des digitales roses.

L'automne sera loin alors, et les colchiques oubliés, viendra le temps de l'amour digitale et nous prierons pour ne pas qu'il s'empoisonne. Il ne faudra pas cueillir cette fleur ci, simplement, de nos doigts aériens, de nos souffles l'effleurer.

C'est là que nous irons, effeuiller les marguerites comme des enfants à nouveau, comme des enfants surpris.

C'est là que nous irons, ensemble, saisir l'épi sauvage de nos mains, jouer à poule ou coq ; sous nos cous, glisser le bouton d'or, ensemble aimer le beurre.

C'est là que nous irons, enfants devenus rois, nous asseoir côte à côte sur les pierres sèches qui surveillent les hauts sapins sombres, offrir au soleil tendre nos corps apaisés.

C'est là que nous irons faire silence, tu sais, ces grands silences si pleins où coulent nos vies ou vivent nos espoirs, nos rêves, nos désirs...

Je sais que tu viendras, je sais nos journées pleines à regarder passer le temps, nos jambes dépliées et nos bras reposés.

Je sais que c'est demain et que déjà, les mots nouveaux affleurent, bourgeonnent dans les gangues de brouillard des hivers débutants.

Je sais que rien n'est mort, que ce ne sont que faux-semblants, que bientôt, que demain ...

C'est là que nous irons, sur le fil du temps, balbutiants et fragiles et tellement confiants, juste pour un instant, une seconde suspendue à regarder filer nos vies, nos rires, nos envies...

C'est là que nous irons, oui, c'est là.

Posté par patitouille à 09:00 - Elvire - Commentaires [15] - Permalien [#]

Commentaires

  • depuis cette fois où Coumarine a publié nos textes ensemble, Elvire, je trouve à tes mots une résonnance particulière en moi. comme un écho familier...

    ici, pour ma part, je vois là un des meilleurs textes que tu nous aies proposé. et de loin.
    tout va de soi, tout est fluide. je l'ai relu à haute voix plusieurs fois. il chante en bouche, se déguste avec délectation, laisse dans le palais comme une ombre de velours.

    dire que j'aime serait vraiment loin de ce que je ressens. j'envie ces deux personnes, qui vont cheminer de concert vers un endroit de rêve, "sous nos cous, glisser le bouton d'or, ensemble aimer le beurre", aller goûter à nouveau à l'enfance épargnée et insouciante

    "Je sais que c'est demain et que déjà, les mots nouveaux affleurent, bourgeonnent dans les gangues de brouillard des hivers débutants."
    c'est magnifique, Elvire. Merci beaucoup.

    Posté par pati, 02 décembre 2006 à 10:02
  • Oh! qu'elle chante cette prose poétique... elle me fait penser au Jeu du Feuillu de E.Jaques-Dalcroze (je ne sais pas si en France ce compositeur et fondateur de la rythmique Jaques-Dalcroze est connu)! Ton texte est tout plein de finesse, d'âme d'enfant, d'émerveillement.... comme si les douleurs de la vie n'avaient pas ou plus prise sur la fraîcheur de l'imaginaire et du rêve.
    Merci, cela fait du bien à l'âme.

    Posté par Poème de vie, 02 décembre 2006 à 11:10
  • la bas y a du soleil....

    Posté par lio, 02 décembre 2006 à 11:43
  • La Gaume, au printemps, en été ! Avec une petite touche apollinienne (les colchiques, la digitaline, les hampes des digitales et celles des épilobes...)

    Posté par Pivoine, 02 décembre 2006 à 12:42
  • Avec un pseudo aussi poétique, je ne peux m'empêcher de lire le début comme : "C'est là que nous irons, Elvire ..." et de terminer par : "C'est là que nous irons, Elvire, oui c'est là"
    Prose poétique, je vois aussi une chanson car tout y est dans ce texte : rythme, répétitions bien dosées, nostalgie douce. De très belles images qui nous restent.
    J'adore.

    Posté par Pluto, 02 décembre 2006 à 13:44
  • Beau comme une ballade d'été à la campagne.

    Posté par Farfalino, 02 décembre 2006 à 14:23
  • Oups ; c'est moi la pivoine pour le coup !
    Merci à tous d'avoir aimé mes lendemains...
    Pluto : j'ai trouvé celui qui m'accompagne, alors
    Pivoine : oui, au passage un hommage à Guillaume!
    Poème de vie : non, je ne le connais pas,je vais chercher à connaitre!
    Pati : merci, tu sais que la résonance et les échos sont partagés !

    Posté par elvire, 02 décembre 2006 à 16:48
  • C'est vrai que ce texte a le rythme d'une chanson, celle d'une ronde à offrir à de jeunes mariés ou fiancés.
    C'est à la fois romantique et très sensuel...

    Posté par Plum', 02 décembre 2006 à 19:11
  • C'est très très beau, Elvire
    Je rejoins Pati dans son appréciation: tout cela chante en bouche...
    héhé je suis sûre que tu relis ton texte tout haut, pour en percevoir la musique et corriger s'il le faut
    Il faut parfois peu de choses, un mot par ci, par là
    Oui, c'est en écrivant sans cesse qu'on progresse. L'écriture se cisèle au fil du temps et des mots
    Bravo pour ce texte poétique (c'est pas facile de ne pas tomber dans les lieux communs, tu as évité ce piège...)

    Posté par Coumarine, 03 décembre 2006 à 10:29
  • Coumarine : merci beaucoup. Oui,je relis à voix haute, ou plutôt à voix chuchotée,parce que c'est plus discret Mais, il y a aussi que j'écris en entendant ma voix chuchoter dans ma tête, j'entends distinctement tout ce que j'écris! Et, sur les lieux communs : c'est toujours un peu ma crainte de faire dans " la petite maison dans la prairie" comme dirait Grand Corps Malade , c'est donc important pour moi de lire ton avis là dessus ! Merci encore.

    Posté par elvire, 03 décembre 2006 à 11:08
  • Elvire une chose encore...
    La répétition (l'anaphore) de: "C'est là que nous irons" ponctue ton texte et lui donne cette espèce de refrain , non pas lancinant, ce qui serait plutôt négatif, mais martelant une décision qui veut s'inscrire dans la réalité...
    J'aime beaucoup cet effet, les répétitions bien utilisées donnent un effet très "fort"
    Voilà!

    Posté par Coumarine, 03 décembre 2006 à 13:08
  • Un refrain me trotte en tête :"Cest là que nous irons...Je le chante, je le rechante, il ne me lâche plus.
    Quelle musicalité des mots, quelle douceur dans le choix des termes !Un vrai bonheur à déguster sans modération...
    Merci!

    Posté par colette, 05 décembre 2006 à 10:56
  • J'ai écrit :
    "Avec un pseudo aussi poétique, je ne peux m'empêcher de lire le début comme : "C'est là que nous irons, Elvire ..." et de terminer par : "C'est là que nous irons, Elvire, oui c'est là "
    Aucune intention autre que poétique! En entendant Elvire, j'entends Reggiani ("charmante Elvire ...") et j'ai trouvé la phrase : "C'est là que nous irons, Elvire" très poétique.
    D'où mon envie de ce rappel à la fin.
    Ce qui rejoint la réflexion de Coumarine.

    Posté par Pluto, 05 décembre 2006 à 16:00
  • J'ai lu et relu ce texte très abouti dont j'aime chaque mot. Vraiment très très beau !

    Posté par Lukeria, 06 décembre 2006 à 18:32
  • Elvire, ce texte que je découvre seulement aujourd'hui à la forte de ces silences dont tu parles à merveille: ces grands silences si pleins où coulent nos vies ou vivent nos espoirs, nos rêves, nos désirs... Ce texte coule en nous, évoque des souvenirs, des images, des pépites de bonheur ... à te lire, je me souviens de ces cris de silence partagés ...

    Posté par fc (coquelicot), 10 décembre 2006 à 17:47

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