Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

08 décembre 2006

"Long sera l'hiver" (Farfalino)

La feuille était blanche, vierge, presque phosphorescente dans la lumière éteinte de cet après-midi pluvieux.

La pointe du tourne-disque se posa sur la surface noire d'un disque vinyle. Les premiers craquements annoncèrent les violons aussitôt accompagnés de cuivres plaintifs. La voix d'une chanteuse autrefois populaire emplit alors la pièce pour pleurer « Long sera l'hiver, . my love ! ».

Le crayon gras attaqua la surface du papier avec vigueur, déchirant d'une couleur vive la blancheur inerte de la feuille. Puis une autre . et encore une autre . toute la palette des rêves de l'artiste se déversa en flots abondants de lumière. Sentir les chaudes journées de l'été dernier, transcrire la beauté de la nature triomphante, laisser vibrer la passion qui les avaient animés, figurer la promesse des retrouvailles . Les crayons meurtris s'écrasaient sur les fibres incolores. L'artiste étalait, gommait, estompait les traits avec ses doigts dans une urgence salvatrice. Les mains et les couleurs tournoyaient dans une danse frénétique. Le sang versé de la séparation rejoignit la lumière resplendissante de son amour dans cet écrin de verdure.

« Oui j'ai tant besoin de toi, oui car je m'ennuie de toi, ici, où tout est sombre et désert, long sera l'hiver, my love . »

L'artiste contempla le paysage retrouvé qui chantait au son des trompettes, puis, dans un sourire radieux et triomphant, plaça son espérance entre les deux fenêtres grises de sa nostalgie. « Non, l'hiver ne serait pas si long, My love ».

Posté par patitouille à 09:01 - Farfalino - Commentaires [8] - Permalien [#]

Commentaires

  • Je découvre le blog de Coumarine, et je suis émerveillée de voir des textes tellement beaux, tellement poétiques, comme le tien, qui me parle beaucoup.

    Posté par Aubade, 08 décembre 2006 à 09:26
  • très beau texte, Farfalino. très musical, très imagé, coloré.
    j'aime beaucoup le rappel en refrain de la chanson qui accompagne l'acte de création. qui la scande, l'explique ?

    et quelle jolie finale :"puis, dans un sourire radieux et triomphant, plaça son espérance entre les deux fenêtres grises de sa nostalgie."

    magnifique.

    Posté par pati, 08 décembre 2006 à 10:31
  • j aime bien la frénésie du peintre sur la toile qui saisit comme peut saisir celle du stylo pour l'écrivain

    Posté par lio, 08 décembre 2006 à 10:54
  • La gestuelle du peintre transparait dans ton texte et nous donnerait envie de voler les pastels pour s'essayer à rêver...
    Un tableau qui racourcit la mauvaise saison...
    Merci!

    Posté par coletet, 08 décembre 2006 à 19:01
  • Un petit "c" manquant a raccourci le mot sans me demander la permission. Ce n'est pas bien!

    Posté par colette, 08 décembre 2006 à 19:05
  • Une pointe de nostalgie, une frénésie dans l'acte créatif, un sourire au coin des lèvres et assez de fierté bien placée pour afficher le résultat. Voilà une méthode qui est efficace ... Non, comme ça, l'hiver ne pourra être long! Merci, Farfalino!

    Posté par fc (coquelicot), 10 décembre 2006 à 19:08
  • je peindrais ou dessinerais plus souvent, autant que ce que je veux écrire, car en fait, grâce à toi, je réalise que l'Art peut tout faire (re)-vivre, même l'été en hiver; même l'Amour.

    Posté par marie.L, 12 décembre 2006 à 11:24
  • Toute la gestuelle du peintre, on dirait qu'il danse...tes mots dansent aussi, j'aime surtout la densité et l'urgence du long paragraphe, ça nous emporte, c'est ennivrant !

    Posté par Matts (-Hideto), 12 décembre 2006 à 13:38

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