Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

04 mars 2007

Retour vers le futur deuxième! ;) (Tilu)

voici donc le texte de Tilu, sans ses ".......", et quelque peu remanié.
je vous laisse juge de la différence :)

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Ça fait huit jours exactement que je suis revenue. Je n'avais pas ouvert les volets de cette maison depuis une quinzaine d'années. J'ai éprouvé le besoin de revenir dans le village qui avait abrité mes vacances d'enfant et d'adolescente. Après m'être assurée que personne n’y serait présent, j'ai repris la route d'antan jusqu'à "la maison de mamjane"
Quand je suis arrivée, j'ai hésité un moment devant la porte d'entrée, la grosse clé pesant lourd dans ma main.
Et si je ne reconnaissais pas ? Et si tout avait changé ? Et si je ne trouvais ici plus rien de ce que j'y avais laissé de moi ? Et si j'y trouvais l'ennui et le dégoût  plutôt que la paix que je venais y chercher ?
Et puis j'ai fini par ouvrir la porte, et déjà au bruit que fit la clef dans la vieille serrure, je sus que tout était resté comme avant. Je suis entrée de quelques pas dans la maison et j'ai été assaillie et submergée de sensations et de souvenirs. La première était l'odeur des lieux, cette odeur de vieux bois ciré, mélangée à celle de la cheminée froide.
Il faisait frais à l'intérieur et j'ai vite ouvert tous les volets en grand pour y faire pénétrer côté jardin les derniers rayons du soleil du jour. En même temps que le soleil entrait dans la maison, il me montrait du doigt mes souvenirs et les faisait ressurgir dans sa lumière dorée : les rideaux de cretonne rouge de la cuisine, les pots à épices fleuris rangés du plus petit au plus grand sur la poutre de la hotte, l'immense table paysanne de la salle à manger, le vieux buffet "années trente" sur lequel trônaient toujours cet affreux cygne en cristal et les photos de mariés de toute la famille (Il y en avait beaucoup moins lors de ma dernière visite…). Des dessins d'enfants affichés maladroitement aux murs, des bouquets secs témoins de l'été passé et même le chapeau de paille de mamjane qui était toujours là, accroché au clou du couloir et que personne n'avait jamais osé enlever.
Je sentais revenir doucement en moi une douce chaleur que je n'avais pas ressentie depuis quelques mois.
Je me suis installée dans la chambre où je dormais enfant, la chambre bleue aux oiseaux. Le papier peint était toujours le même et tous ses oiseaux sur les murs se sont petit à petit remis à voler vers le pays de mes rêves.

Depuis huit jours exactement, je remets mes pieds dans les pas de mon enfance, sur les sentiers de mes jeux et de mes premiers émois amoureux  ; je replonge mes doigts dans les pots de confiture du placard de la cuisine (apparemment ma soeur a pris la relève de mamjane pour la confection de ce nectar d'abricots cueillis dans le jardin en plein coeur de l'été.)
Je me retrouve, me rappelle qui je suis vraiment. J'avais oublié...
Au fil des jours, retrouver le passé a réveillé mon envie d'un avenir, de quelque chose de nouveau, de différent, de joyeux, avec de la lumière, des rires, de la joie et... de l'amour.

Hier soir , alors que j'avais fait une petite flambée dans la cheminée , j'ai cherché parmi toutes les photos sur le buffet celle de mon mariage. J'ai fini par la trouver. Beau jour d'été, beau petit couple, sourires figés... Je l'ai prise dans mes mains, je l'ai bien regardée et puis juste avant d'aller me coucher, je l'ai déposée dans le feu.

Je peux maintenant refermer tous les volets de la maison de mamjane l'un après l'autre. Pendant huit jours, à l'abri derrière ses fenêtres et dans le plus grand secret, j'y ai vécu ma renaissance.

Maintenant, je suis prête à repartir.

Posté par patitouille à 17:35 - Tilu - Commentaires [7] - Permalien [#]

Commentaires

  • il manque le dernier paragraphe,
    que j'aurai bien voulu garder quand même...
    Merci à Pati pour sa patience et son aide ainsi qu'à Coum pour son accueil et ses précieux avis.

    Posté par tilu, 05 mars 2007 à 11:35
  • oups désolée, Tilu, je sais pas ce qui s'est passé !

    voilà, c'est rectifié

    Posté par pati, 05 mars 2007 à 12:19
  • Superbe texte plein des sensations retrouvées. La gamme va du visuel à l'olfactif, ce qui est assez courant, en passant par le tactile de l'impression de froid, de renfermé, ce qui est moins banal.
    Et puis ces confitures faites désormais par la soeur ce geste de brûler ses photos de mariage. Que de choses sont dites ou suggérées

    Posté par Arthur HIDDEN, 05 mars 2007 à 13:15
  • Bravo tilu! c'est tout bon à présent...(ce qui m'importe c'est de savoir ce que tu en penses?)

    Posté par Coumarine, 05 mars 2007 à 16:25
  • C'est bon d'être si joliment invité par ton texte à remettre mes pieds dans les pas de mon enfance pour pouvoir mieux repartir! Très joli texte, merci!

    Posté par fc, 05 mars 2007 à 17:48
  • C'est vraiment bien Tilu, tout à fait dans la veine et le prolongement de tes deux textes précédents. Que j'avais déjà aimé

    Comme les autres, j'ai particulièrement apprécié ici l'évocation des souvenirs où tous les sens sont mis à contribution. J'aime beaucoup ces petites choses qui font vrais, les objets suggérés d'un mot qui suffisent à créer une ambiance, les rideaux de cretonne rouge, l'affreux cygne en cristal, les pots du plus petit au plus grand, les confitures et le buffet... Bravo !

    Et puis, je dois te l'avouer, je n'osais pas te dire que les points de suspensions étaient superfétatoires... Merci à Coumarine donc ! Même si je comprends tout à fait ce que tu expliques dans tes réponses aux commentaires de la première version de ce texte : tu veux avant tout exprimer un silence, et faire passer un sentiment, une émotion, un temps mort dans une conversation ou un discours. Mais rassure toi, tout cela passe très bien en s'en tenant aux strictes conventions typographiques ; et j'ajouterais qu'il y a aussi les virgules et les points-virgules pour rythmer une phrase, n'oublie pas les virgules, c'est très important.

    A lire ta définition de tes "...." l'idée m'est venue que tu écrivais surtout pour être lue à voix haute, ou que tu écrivais comme si tu racontais de vive voix l'histoire à quelqu'un, avec les mêmes pauses, les mêmes hésitations, les mêmes temps morts et émotions que suggèrent le silence... Je me trompe ?

    Pour finir, je reprendrais les paroles de Coum : tes textes valent la peine qu'on s'y arrête, continue de venir écrire ici. Pour ce qui de l'ascèse, du superflu à éliminer, puis-je ajouter mon grain de sel ? Tant pis, je le dis quand même !
    A mon sens, un texte est terminé lorsqu'on ne peut plus rien enlever... (reste à savoir dans quelle mesure je m'applique à moi même ce beau principe, hummm)

    Posté par Sammy, 06 mars 2007 à 11:42
  • Sammy, tu as tout à fait compris ce que je voulais dire pour mes petits points, c'est vraiment ça, à vrai dire quand j'écris ,je me dis mon texte dans ma tête avant de l'écrire, je le vis comme si je racontais à quelqu'un ce que je ressentais, c'est tout à fait ce que tu as perçu.
    Le problème c'est que ces petits points sont devenus un peu un tic d'écriture mais je vais faire des efforts pour m'en debarrasser, promis.
    je suis encore trop proche de ma sensibilité, j'ai du mal à m'en détacher...
    mais aves tous vos conseils je vais peut etre progresser ...je vais essayer en tous cas.
    Merci de m'y aider ainsi , je suis tres sensible à tout ça.

    Posté par tilu, 06 mars 2007 à 15:34

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