Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

11 mars 2007

Adoption (Tanette)

Ca fait huit jours exactement que je l’ai rencontrée.
Recroquevillée derrière un container, je ne l’ai pas vue tout de suite. Quelque chose m’a guidée vers elle, j’ai découvert sous une vieille couverture, une fillette mal vêtue au regard triste, apeurée.
Je me suis approchée lentement, je lui ai souri, je lui ai parlé doucement. Petit à petit je l’ai sentie se détendre.
Un bref instant d’hésitation mais, déjà, en l’emmenant dans ma solide maison de pierre aux volets bleus,  ma décision est prise : je la garderai chez moi, je la protègerai.
Je décide qu’elle y sera à l’abri des regards, des agressions de ce monde cruel qui la rejette  tout comme il a rejeté ses parents reconduits à la frontière (ils lui ont conseillé de s’échapper pour qu’elle évite de subir le même sort que celui qui les attendait). C’est la triste histoire qu’elle a réussi à me raconter par bribes.
Personne ne doit savoir, personne ne doit la voir, elle sera l’enfant que je n’ai pas eu, la petite fille dont j’ai toujours rêvé. Je vais la choyer, l’éduquer, la gâter en cachette. Non, elle ne sera pas ma prisonnière, seulement mon invitée, ma compagne, ma princesse, le rayon de soleil de mes vieux jours, celle qui me sortira de ma solitude.
Je lui ai aménagé une chambre sous les toits, elle s’y réfugie dès que quelqu’un sonne à ma porte. Le reste du temps, elle me raconte sa famille qu’elle n’oublie pas, un jour nous essayerons de la contacter afin qu’elle ait des nouvelles. C’est une bonne élève, elle a une dizaine d’années et ne rechigne devant aucune tâche que je m’applique à lui apprendre, elle lit, écrit, compte, coud, elle veut essayer de faire tout ce que je fais.
Incroyable comme en si peu de temps, elle s’est adaptée, ça fait huit jours exactement.

Posté par patitouille à 17:50 - Tanette - Commentaires [11] - Permalien [#]

Commentaires

  • cette consigne vous a amené vers l'enfant pour beaucoup d'entre vous (dont moi ! ). c'est amusant de le constater.

    très bien écrit, tanette. belle histoire, belle générosité que celle de cette femme qui prend sous sa coupe cette enfant réfugiée.
    mais je ne peux m'empécher de me demander si l'avenir que cette femme lui a traçé saura la rendre heureuse.
    prison dorée et aimante, certes, mais prison tout de même...

    Posté par pati, 11 mars 2007 à 18:10
  • Pati, je suis entièrement d'accord, je n'ai pas su comment terminer sans laisser peser cette idée de prison même dorée....

    Posté par tanette, 11 mars 2007 à 21:12
  • Je trouve que c'est cette ambiguïté qui fait l'intérêt de ton texte. Au début, on croit que le narrateur parle d'un animal, un chat ou un oiseau... puis on se rend compte qu'il s'agit d'une petite fille, ce qui contribue à accentuer ce malaise.

    Je m'attendais vraiment à une fin où l'aspect "prison" serait encore plus accentué, parce que c'est pourtant la réalité qui se dégage de ton texte. Je ne sais pas si c'était ton intention première -apparemment pas à voir ta réponse à Pati- mais il y a comme la trame d'une histoire qui se dégage de ton texte. Quelque chose de troublant qui évoque d'autres histoires. Tu devrais peut-être essayer de le réécrire en mettant l'accent sur cette ambiguïté (amour/prison)...

    hu hu, je parle comme un livre moi ^^

    Posté par Sammy, 11 mars 2007 à 22:33
  • On est touché par le début de l'histoire mais je suis assez d'accord sur l'aspect "Prison dorée", c'est de ce bois dont est fait l'esclavage moderne.
    Cette ambiguïté me plait.

    Posté par Farfalino, 11 mars 2007 à 23:05
  • comment on se justifie soi-même. Joli texte Tanette

    Posté par brigetoun, 12 mars 2007 à 07:18
  • Sans doute la mère adoptive a-t-elle de bonnes intentions, mais tout de même, elle n'a pas les deux pieds sur terre. Il ne peut s'agir que de court terme et même, une fois l'existence de la petite découverte, la mère adoptive se retrouvera en prison. Quel avenir concevoir pour cette petite, sans nom, sans existence reconnue, qui ne pourra jamais être inscrite dans une école, ni engagée dans une société, vu qu'elle n'a pas de carte de séjour... Plaisir égoïste d'une mère en mal de maternité.
    Huit ans plus tard, cette jeune réfugiée pourrait s'appeler Nathascha Kampusch et faire les gros titres des journaux autrichiens et internationaux !
    Ton texte est bien écrit, Tanette et nul doute qu'il suscitera de nombreux commentaires quant au fond.

    Posté par Micheline B, 12 mars 2007 à 09:33
  • Tanette, ce texte me dérange un peu...
    Cette femme qui accueille cet enfant, le fait moins pour l'enfant que pour elle, pour "combler" sa vie
    De plus cela ressemble à une séquestration...qui ne pourra pas durer plus que ces huits jours sans causer de sérieux problèmes
    Dans un texte dit "littéraire", on peut normalement parler de tout, le je est un jeu littéraire qui peut vivre toutes les gammes de sentiments, faire le pire et le meilleur...
    Ce n'est donc pas cela qui me dérange
    Ce qui me dérange, c'est que ce n'est pas tellement plausible: est-il possible de cacher longtemps un enfant réfugié quand ce n'est pas comme en 42 un temps de guerre?
    Ton texte suscite des commentaires, dans ce sens il est très intéressant
    Merci de l'avoir écrit!

    Posté par Coumarine, 12 mars 2007 à 10:56
  • Je pense que ce texte est irréaliste s'il n'y a pas de séquestration, physiquement ou plus pernicieux, par manipulation mentale (quand quelqu'un sonne, "Cache-toi il y a des gens qui viennent te chercher"). Cette mère d'adoption est exclusive et possessive. "L'enfer est pavé de bonnes intentions" ... L'histoire de Tannette pourrait être le début d'une histoire plus longue et très intéressante.

    Posté par Farfalino, 12 mars 2007 à 13:41
  • bonjour,

    j'ai beaucoup aimé ton texte. puis, petit à petit, j'ai eu un peu peur, mais cela m'a rassurée
    "elle ne sera pas ma prisonnière, seulement mon invitée"... que c'est joliment dit !
    mais la fin m'a déçue.
    je suis peut-être un peu trop franche, (j'ai connu une histoire quelque peu similaire -j'en parle sur mon blog de parole-)
    Ce n'est pas réaliste.
    Par contre le travail d'écriture est superbe. les descriptions trés réalistes, et le rythme agréable.
    Peinturellement votre, rsylvie

    Posté par rsylvie, 12 mars 2007 à 17:28
  • Référencement

    Bonjour,
    Je vous invite à référencer votre blog sur mon annuaire :
    http://www.marinamode.com/annuaire/blog-508.html

    Posté par marina, 13 mars 2007 à 00:17
  • 'Seulement mon invitée'Toute l'atrocité du texte - superbement écrit, par ailleurs - est là. Dans la confusion entre une découverte qui appelle assistance à personne en danger et occasion d'assouvir un rêve que la vie n'a pas rendu possible; entre une réalité morbide, la privation de liberté et une réalité tronquée, édulcorée par des mots pernicieux tels que invitée, princesse, ... Le drame, derrière cette histoire, c'est qu'elle n'est pas si loin que ça de la réalité. Des femmes qui enlèvent des bébés 'pour les aimer', des hommes qui enlèvent des enfants 'parce qu'ils les aiment' ... c'est la réalité. Ici, l'occasion fait le larron ... Qu'a-t-il manqué? L'apprentissage au jugement moral, peut-être? La force de ce texte partagé est de nous donner envie de nous interroger. Que fait-on pour les 'démunis, exilés, réfugiés, rejetés...'? et pour qui le fait-on? Merci Tanette pour cette invitation à la réflexion si bien écrite.

    Posté par fc, 13 mars 2007 à 13:00

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