Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

26 mars 2007

L'aveu (Bugul An Aod)

Il faut que je vous dise... J'ai menti.

Oui cher Amour je vous ai menti, mais omettre de parler de quelque chose dont on a profondément honte est il à proprement parler un mensonge ?

Je suis assis là, au bord de ce petit étang entouré d’arbres, lieu secret où je me parle à moi-même, je vous écris. Et dans ma étresse, je ne comprends plus rien, sinon que j’ai peur de vous perdre pour un mensonge, une simple omission puisque je sais que des âmes bien pensantes vous ont tout révélé de mon passé.

Vous le savez, je vous l’ai dit, depuis le décès de ma femme, je me complais à écrire mon futur au conditionnel, mais je vous ai rencontré et vous m’attirez à vous comme une lumière attire la phalène. J’ai voulu d’un souffle de renouveau abattre le monument d’hypocrisie qu’était devenu ma vie, le pulvériser et le regarder s’abattre dans les abîmes d’un passé que je voulais révolu, rincer ma vie du souvenir même de ces pages mensongères et pourtant, à vous aussi j’ai menti, par omission, par honte, par peur de vous perdre.

Avec le calme de ce lieu, mon esprit se vide de toute chose, ma conscience devient lointaine et s’efface tellement au point que je pourrai presque m’endormir. Ce n’est pas simplement de la fatigue physique, accumulation de toutes ces nuits sans sommeil à chercher comment vous avouer enfin la vérité, c’est aussi et surtout une fatigue morale qui s’associe à ce que je ressens depuis que j’ai peur de vous perdre. Et la vérité nue de cette situation prend la mauvaise habitude de refaire surface en permanence dans mon esprit, de s’y instiller tel un poison mortel avec une ténacité froide, implacable et impossible à chasser : je vous aime et ne veux pas vous perdre.

Ces longues heures de solitude me donnent l’occasion de reconsidérer ma situation dans sa totalité, de réfléchir à tout ce que je risque de perdre et cela, pour une simple omission, un fait dont j’ai honte : Cette femme que j’ai aimée, je lui ai été infidèle.

Posté par pivoineblanche7 à 19:20 - Bugul An Aod - Commentaires [7] - Permalien [#]

Commentaires

  • "mais omettre de parler de quelque chose dont on a profondément honte est-il à proprement parler un mensonge "...
    quel bon sujet de réflexion.

    Mais surtout, quel beau parleur !
    -qui a trompé une fois... !

    Posté par rsylvie, 26 mars 2007 à 20:22
  • Oh, là, là ! Compliqué ce personnage. Il aura mal digéré une éducation religieuse culpabilisante.
    "Cette femme que j'ai aimée, je lui ai été infidèle"
    J'ai envie de comprendre qu'il a été infidèle avec celle précisément à qui il écrit. Lui aurait-il caché, du temps de leur liaison, l'existence de cette épouse ? Ainsi ce ne serait pas : "J'ai omis de vous dire que j'avais été infidèle" mais "J'ai omis de vous dire que j'étais déjà marié" ?
    Un conseil, qu'il déchire sa lettre et qu'il continue à mentir !
    Qu'il cesse de se torturer ! De toute façon, il l'ignore encore, pauvre insecte, la lumière va lui brûler les ailes !

    Perroquet violet surla pointe de mon pied.

    Posté par Papistache, 26 mars 2007 à 21:18
  • Mais c'est pas grave, mon chéri, tu es tout pardonné.
    Tu écris si bien...

    Posté par charlotte, 26 mars 2007 à 21:41
  • Ben voilà, Charlotte a tout dit, je n'ai plus rien à commenter.
    (Sauf que non, ce n'est pas parce qu'on trompe une fois qu'on trompera plusieurs fois).

    Et il fait mieux de le dire à l'étang. J'espère qu'après avoir délivré son mensonge à l'étang, il jettera sa lettre dans l'eau...

    C'est un joli texte... Dans le registre aveux et sentiments...

    Posté par Pivoine, 26 mars 2007 à 22:17
  • Toute vérité n'est pas bonne à dire!
    très beau texte.

    Posté par sodebelle, 26 mars 2007 à 22:59
  • On sent bien la culpabilité de celui qui tente de se refaire une vie et un moral. La mort délivre aussi des serments.

    Posté par Farfalino, 26 mars 2007 à 23:09
  • J'aime beaucoup le rythme de tes mots. Ca fait un peu lettre de roman du XIXème, et c'est charmant. Seule la phrase de fin détonne un peu, à cause du changement de personne. POurquoi ne dit-il pas "je vous ai été infidèle" ?

    Posté par Sammy, 29 mars 2007 à 11:03

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