Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

27 mars 2007

Je vous ai tant aimé (Elvire)

Il faut que je vous dise… j’ai menti !

Bien sûr que je vous ai menti.

Je vous ai raconté mes eaux vertes et mon tendre refuge. Mes soleils et mes printemps. Ma voix s’est faite musique et ma chevelure de feu. Vous vous êtes perdu dans l’or profond de mon regard. Et vous m’avez suivie, happé, hypnotisée comme dépossédé de vous.

Et, si je ne vous avais pas menti ainsi, vous ne seriez jamais venu auprès de moi. Je sais depuis trop longtemps la peur que les hommes ont de moi.

Vous n’auriez pas dû vouloir ainsi me poursuivre.

Je vous avais pourtant prévenu.

Un soir, au marais, j’ai senti votre présence, cachée sous les branches basses.

Alors, vous avez connu mon territoire. Le vert de mes eaux, vous l’avez découvert glauque et marécageux, dormant sous des strates planantes de lentilles d’eaux.

Au bord du marais, j’avais déposé mon escarboucle, bien protégée sous la mousse de la rive. C’était cette heure entre chien et loup et j’avais retrouvé mon corps de serpent et mes ailes de feu.

Vous avez posé la main sur mon rubis, tétanisé et suant l’horreur.

Je vous avais pourtant demandé de ne pas entrer plus avant dans ma vie, dans mon marais, dans mon jardin secret.

Je vous aimais, mais je suis une vouivre des marais. Je n’avais plus d’autre choix. Votre chair était tendre et gouteuse. J’ai jeté vos os au plus profond des marécages. Je vous ai tant aimé…

Posté par pivoineblanche7 à 17:20 - Elvire - Commentaires [16] - Permalien [#]

Commentaires

  • Pauvre homme le voilà au plus profond des marécages...
    Ah tous ces amours perdus...C'est triste quand même.
    J'aime beaucoup ce texte.De plus j'ai appris deux nouveaux mots aujourd'hui: escarboucle et vouivre.
    Merci.

    Posté par charlotte, 27 mars 2007 à 18:07
  • Ah ! je l'attendais ! Je l'attendais !
    La vouivre !
    J'étais sûr qu'elle serait au rendez-vous. Je l'avais vue depuis le début à travers les branchages.
    Je voudrais encore une fois poser la main sur son rubis. "Poser la main sur son rubis !" J'en rêve toutes les nuits.
    Pour mes os, Elvire, un peu d'égard!
    Plutôt que vous les jettassiez, semez-les ou dispersez-les.
    J'arrive, je vais poser la main sur le rubis de la Vouivre.
    Perroquet excité sur la pointe de mon pied.

    Posté par Papistache, 27 mars 2007 à 20:15
  • amour cannibale avec des descriptions impressionnantes.

    Posté par sodebelle, 27 mars 2007 à 20:45
  • Il y a un autre texte un peu similaire. La vouivre, un membre du bestiaire folklorique européen peu usité. J'aime bien la férocité dont elle fait pieuvre euh non preuve.

    Posté par Farfalino, 27 mars 2007 à 21:10
  • Papistache : un bonheur que votre commentaire , un tel plaisir lorsqu'un passant voit ce que j'ai vu ! la vouivre est retournée à son marais, je vais m'offrir un thé, gardez vos os

    Posté par elvire, 27 mars 2007 à 21:30
  • Elle apparaît aussi dans des légendes bourguignonnes, je crois, ou peut-être un peu partout? Danse de la séduction à mort, c'est le cas de le dire... Très beau texte d'ambiance, Elvire !

    Posté par Pivoine, 27 mars 2007 à 22:56
  • brrrr!

    Posté par Yedidia, 27 mars 2007 à 23:17
  • Elvire, je suis sous le charme de ce texte, qui transpire pourtant son atmosphère étrange et glauque
    Oui il était temps que la vouivre se révèle, c'est chose faite, grâce à toi
    Chose faite et rondement menée, jusqu'au festin des chairs
    Il n'avait qu'à pas toucher le rubis!!!

    Ne serait-ce pas des fautes de frappe, qd tu mests au féminin des adjectifs qui concernent le mâle dont il ne reste, le pauvre, que les os?

    "Et vous m’avez suivie, happée, hypnotisée, comme dépossédée de vous"

    Posté par Coumarine, 28 mars 2007 à 06:20
  • fô^^otes

    OUPS , les fautes !!!! et je ne les avais pas ves (la honte) Coumarine, merci ! Ce sont des fautes lourdes mêmes !

    Posté par elvire, 28 mars 2007 à 07:34
  • je vais les corriger dac?
    Paske ton texte ne les mérite pas hein!

    Posté par Coumarine, 28 mars 2007 à 08:46
  • Tout simplement superbe ! Magnifiquement écrit !

    Posté par Plum', 28 mars 2007 à 09:12
  • Sous le charme du texte, mais chûte attendue ...
    A quand la rédemption de la vouivre ?
    J'attends ce genre de texte avec impatience.
    Car je veux "positiver".

    Posté par Pluto, 28 mars 2007 à 11:14
  • Ton texte m'a enchantée. Je l'ai trouvé très bien écrit.La vouivre est certes une créature de légende mais ton texte sonne aussi pour moi comme une métaphore de ce que peut parfois engendrer une passion amoureuse...dévorante.

    Posté par souliers vernis, 28 mars 2007 à 13:52
  • pourquoi pour une fin qui se finit bien vouloir dénaturer les gens et les choses ? Une vouivre doit rester vouivre. bravo donc pour cette faim.

    Posté par Claire, 28 mars 2007 à 17:42
  • une vouivre est une vouivre...

    ...alors, comme le dit Claire, elle doit le rester ! Mais, Pluto, je positiverai une autre fois, sur un autre thème (peut-être!)

    Posté par elvire, 28 mars 2007 à 18:37
  • Comme papistache ! Dès le milieu du texte, j'attendais la vouivre, à telle enseigne que si tu ne l'avais pas nommée, le texte ne perdait pas de son sens, on avait parfaitement compris de quoi il retournait.

    Ton texte est bien écrit, avec des belles images (la chevelure de feu, l'or du regard)

    Posté par Sammy, 29 mars 2007 à 09:51

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