Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

29 avril 2007

A bout de souffle (Marie-Aude)

Ma voiture n'a pas démarré ce matin.  Ce sont des choses qui arrivent, n'est-ce pas ? De ces choses sans grande importance dans la vie ordinaire, des choses auxquelles on ne prête pas d'attention, ou alors si peu. Un appel au garagiste, un petit chèque, quelques minutes de retard. Aucune trace dans la mémoire profonde. Simple aléa de la vie.
Mais que la machine se mette à renâcler un jour, inoubliable et angoissant, où votre existence dépend de sa vitesse de démarrage, ça c'est une toute autre affaire ! 
Pour que vous compreniez mieux mon histoire, il faut que je vous dise que je suis amoureux. Amoureux fou d'une beauté sublime qui m'a kidnappé l'âme, le cœur, le corps, une déesse qui a tué en moi toute capacité de raisonnement. Elle s'appelle Violetta, et habite, aux portes de Palerme, un village où l'on ne badine pas avec l'honneur des filles. Violetta est mariée. Avec un garçon du village, un grand escogriffe à la mine sombre, à l'œil de glace; un de ces individus qui, si vous êtes une femme, vous font très vite prendre conscience que vous vous êtes fourvoyée, que la vie désormais vous éloignera chaque jour un peu plus, de vos jolis rêves de bonheur.
C'est alors qu'elle était en proie à cette angoisse existentielle que j'ai fait la connaissance de Violetta, un soir, chez des amis communs. Comme dans les contes de fées, nos cœurs au même instant battirent à l'unisson, nos âmes se reconnurent. Les rires de la fête pour nous devinrent murmures. Et depuis, à la nuit tombée, tandis que son mari travaille à la cartoucherie de Palerme, la douce Violetta m'ouvre ses draps de soie, ses bras de porcelaine et son cœur de princesse. Et chaque matin, à l'heure où le coq appelle au réveil les vaillants paysans, je regagne ma vie et ma maison, précipitamment,  dans ma petite voiture qui jamais ne se plaint. Du moins jusqu'à aujourd'hui. Parce que ce matin, le mari irascible de Violetta m'a surpris devant chez lui, les doigts pleins de cambouis, l'angoisse au creux des reins. Tout de suite il a compris. Et sans hésiter, il m'a poursuivi. De sa colère et de son fusil.
Alors, depuis ce matin je cours à toutes jambes, traverse la campagne sous un soleil de plomb, sans me retourner, la peur au ventre. Je cours aussi vite que m'y autorisent mon souffle court, ma bedaine naissante et mes kilos d'amour. Et soudain le miracle. Là, devant moi, une porte, de hauts murs, une cloche. J'appelle, le sonne, je crie : - au secours, ouvrez-moi .
-Entrez mon frère, entrez. Ne craignez rien. Nous vous attendons depuis si longtemps !
Et c'est ainsi que je me retrouve ce soir au milieu d'un chœur de moinillons chanteurs, louant les éternels bienfaits du Seigneur…

Posté par patitouille à 17:30 - Marie-Aude - Commentaires [6] - Permalien [#]

Commentaires

  • Haletant !

    Ai-je bien compris que la douce Violette avait trouvé LA solution pour pallier le manque de vocation à entrer dans les monastères ?

    Aux portes de Palerme, dites-vous ?

    Perroquet postulant envolé de la pointe de mon pied.

    Posté par Papistache, 29 avril 2007 à 19:02
  • marie-aude, c'est un plaisir de te relire en ces lieux (et ailleurs!)

    tu sais que j'aime particulièrement tes mots. là encore, ton texte est dense et fort.
    j'aime beaucoup.

    j'en retiens une phrase, qui m'a particulièrement plue :

    "Je cours aussi vite que m'y autorisent mon souffle court, ma bedaine naissante et mes kilos d'amour"

    c'est beau, tout simplement

    merci beaucoup, marie-aude )

    Posté par pati, 29 avril 2007 à 20:23
  • Perso, j'adore ce texte où je trouve une athmosphère, je ne sais pas, j'ai d'abord pensé à shakespeare, à Roméo et Juliette, à la Mégère apprivoisée, puis à l'Italie moderne, aux Fiat, aux Vespa, aux ouvriers dans les usines, à l'amour, à l'Italie des cinéastes des années 70, bref... j'ai beaucoup aimé l'atmosphère de ton texte...

    Posté par Pivoine, 29 avril 2007 à 20:47
  • J'ai aimé aussi. Le pauvre, je ne pense pas qu'il reverra sa Violetta de sitôt (

    Posté par Christine_, 30 avril 2007 à 00:20
  • Colomba de Prosper Mérimée...c'est à cela que me fait penser ton texte, Marie-Aude, comme toujours si bien écrit!
    Ta finale me laisse perplexe, je ne sais s'il faut la prendre au premier degré ou au second...peut-être a-t-il été tué par le mari jaloux et se retrouve-t-il au paradis entouré du choeur de anges????????????
    J'ai lu ton texte avec beaucoup d'intérêt en tous cas

    Posté par Coumarine, 30 avril 2007 à 17:16
  • Plusieurs très bonnes phrases dans un texte qui m'a bien divertie!

    Posté par sodebelle, 06 mai 2007 à 21:44

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