Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

11 mai 2007

L'histoire de Gédéon (Christine 2)

En faisant du tri dans les vieux cartons entassés au grenier, j’ai retrouvé par hasard le vieux bonhomme. Gédéon on l’appelait. Gédéon a traversé toute la génération paternelle. Je ne connais pas précisément l’histoire de Gédéon. Tout ce dont je me souviens c’est qu’il trônait sur le haut de la cheminée chez mes grands-parents. D’aussi loin que je m’en rappelle, il me semble que Gédéon était accompagné. Je les revois tous les deux assis sur ce banc. Sa compagne tenait dans la main une quenouille.  Puis, un jour Gédéon s’est trouvé tout seul. Je n’ai pas compris  pourquoi. J’étais petite. L’on m’a juste expliqué que Sidonie avait fait une mauvaise chute et que l’on n’avait rien pu faire pour elle. Gédéon n’était plus que l’ombre de lui-même.

Avec le poids des années, ma grand-mère lui a refait une beauté. Elle a taillé ce veston à carreaux dans un reste de tissu, rapiécé son pantalon de velours délavé, puis reprisé ses chaussettes. Elle a coupé sa chemise dans un pyjama usé.

Gédéon a connu l’usure du temps. Comme il est devenu fragile, il a eu la gueule cassée. Il a perdu un œil. Mon grand-père a réajusté sa tête et lui a mis une bille en remplacement de son œil. Puis il a collé des bouts de laine en guise de cheveux. S’il tient assis, c’est grâce à une attelle dans le dos. Ses mains réparées avec des vis. Pour ça qu’elles sont aussi biscornues.

Gédéon est sorti de son carton poussiéreux. Je l’ai nettoyé du mieux que j’ai pu.  Sa vie s’avère passionnante. Il a tellement vécu ce pauvre vieux bonhomme. Plus de soixante ans passés dans la même maison.

«Je vais te raconter mon histoire. Un soir, un voisin de ton grand-père est venu nous rendre visite. Il empestait l'alcool, complètement ivre. Puis, il s’est appuyé sur le rebord de la cheminée et nous sommes tombés. Sidonie est morte. J’ai survécu tant bien que mal. Je ne me suis jamais remis du départ de ma chère et tendre. Moi aussi j’aurais pu finir poivrot. Ecris mes mémoires.  Seule l’écriture me sauvera de la gueule de bois ».

Posté par pivoineblanche7 à 10:36 - Christine2 - Commentaires [9] - Permalien [#]

Commentaires

  • On dirait un conte, j'aime beaucoup. C'est triste et beau.

    Posté par Pivoine, 11 mai 2007 à 11:13
  • moi je trouve ça surtout joli et tendre

    Posté par brigetoun, 11 mai 2007 à 12:29
  • effectivement il y a beaucoup de tendresse au travers de ces mots.

    Posté par rsylvie, 11 mai 2007 à 15:30
  • Ca me rapelle les livres d'images que je lisais à mes enfants quand ils étaient petits.

    Posté par cassy, 11 mai 2007 à 18:03
  • Si les objets des greniers pouvaient parler..
    A y penser, je me dis que j'aurais pu écrire les retrouvailles de deux poupées de chiffon, au hasard d'un vide-grenier.

    Posté par Thierry, 11 mai 2007 à 18:53
  • Merci Coumarine d'avoir corrigé mes fautes.
    Je viens de m'en apercevoir en relisant le texte d'origine.

    Posté par Chris2, 11 mai 2007 à 19:23
  • Quand j'étais adolescent mon grand-père maternel est décédé. J'étais triste parce que ma grand-mère allait le suivre dans les quinze jours.
    Elle lui a survécu plus de vingt ans !
    C'est un mystère que je n'ai pas encore compris.
    Comment peut-on vivre avec un demi-cœur qui ne ferait plus que Toc ?

    Perroquet incapable de conjuguer le futur à une seule personne sur la pointe de mon pied.

    Posté par Papistache, 11 mai 2007 à 20:21
  • si l'amour, ce n'est plus faire qu'un ; lequel des deux ?

    Posté par sodebelle, 13 mai 2007 à 02:59
  • J'aime l'idée de ce pantin qui traverse les générations et le commentaire de Sodebelle m'a fait éclater de rire.

    Posté par Arthur HIDDEN, 13 mai 2007 à 09:58

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