Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

11 mai 2007

Pour l'amour de Lili (Macha)

C'est un vieux bonhomme à la moustache en bataille, posé au coin du théâtre de marionnettes. La jeune fille marche sans le voir, une valise à la main, abîmée dans son désespoir. Plus de famille, pas de travail, pas d'argent. Là-bas, le fleuve lui tend ses eaux noires.
Une main se glisse dans le dos du pantin.
— Eh toi, attends ! Ecoute-moi !

La jeune fille surprise s'est arrêtée. Qui lui parle ? Elle ne voit personne d'autre que cette marionnette qui vient de s'animer, et dont il semble sortir une voix éraillée.
— Viens me parler, viens, je m'ennuie... Je suis le vieux père Paul. Je fais le spectacle l'après-midi. Reste un peu avec moi. Comment t'appelles-tu ?
— Lili.
— Il va bientôt faire nuit, Lili, où vas-tu dormir ?
Lili regarde vers le fleuve, là-bas.
— ... Je ne sais pas.

La marionnette continue de parler à la jeune fille, qui s'apprivoise et prend confiance.
— Lili, demain est un autre jour, tu verras. Pour te loger cette nuit, mon ami là derrière vient de me dire à l'oreille que tu peux dormir dans sa roulotte. Il ira dormir ailleurs, et tu seras tranquille. Accepte, petite Lili. Repose-toi. Demain le soleil se lèvera...

Alors, un homme sort de derrière le lourd rideau du théâtre. Il fait un signe à Lili, et l'emmène jusqu'à la porte d'une roulotte. D'une voix forte, il appelle :
— Jacques, sors de là !
Puis, il fait les présentations en souriant:
— Voici Lili. C'est une amie du vieux père Paul, qui m'a fait promettre de lui donner asile pour la nuit. Ou pour plus longtemps. Allez Jacques, descends, on va aller dans ta roulotte travailler sur le prochain spectacle et boire à la santé des jeunes filles en détresse. Seule l'écriture nous sauvera de la gueule de bois !

Une fois seule, Lili s'effondre d'épuisement. Ce n'est qu'au petit matin, en se réveillant, qu'elle commence à comprendre. Ce n'est pas à la marionnette qu'elle doit la vie, mais au marionnettiste ! Quelques instants plus tard, Paul frappe à la porte de la roulotte, un pot de café fumant à la main. Elle lui ouvre, avec un large sourire reconnaissant.

Posté par pivoineblanche7 à 17:13 - Macha - Commentaires [8] - Permalien [#]

Commentaires

  • un beau film mais que je ne trouve pas en vf pourriez vous m'aider

    Posté par dominique, 14 juillet 2008 à 16:17
  • Comme je l'ai indiqué à Pivoine, mon texte est un hommage au film "Lili" (1953) de Charles Walters, avec Leslie Caron et Mel Ferrer [url]http://www.imdb.com/title/tt0046000/[/url].

    Posté par Macha, 11 mai 2007 à 17:33
  • Joli texte
    Drôlement habile, ce marionnetiste.
    Il aurait dit la même chose dans ses habits de chiffons, peut êre serait-elle allée au fleuve.

    Posté par Thierry, 11 mai 2007 à 18:50
  • c'est une belle histoire.

    Posté par rsylvie, 11 mai 2007 à 19:47
  • Votre commentaire expliquerait donc la qualité de l'image en noir et blanc ?

    Perroquet happy end sur la pointe de mon pied.

    Posté par Papistache, 11 mai 2007 à 20:26
  • C'était un très beau film...

    Je l'ai vu ado, à un ciné club d'école, je pense ("enfin un film qui finit bien", me suis-je dit... Ca nous changeait de Jody et le faon et de Crin-Blanc...) Très suggestive ton écriture, une belle écriture narrative...

    Et qui me donne furieusement envie d'un pot de café fumant apporté par un marionnettiste aussi sympa que Mel Ferrer Cela m'a donné envie de revoir ce film tiens...

    Posté par Pivoine, 11 mai 2007 à 22:28
  • je ne connais pas ce film. c'est vrai qu'on n'est plus habitué aux happy ends!
    un peu de bonté en ce bas monde, Messieurs-Dames!

    Posté par sodebelle, 13 mai 2007 à 02:56
  • Une belle histoire un peu mélodramatique, bien écrite. Que c'est reposant de temps en temps!

    Posté par Arthur HIDDEN, 13 mai 2007 à 09:54

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