Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

12 mai 2007

Comment j'en suis arrivé là (matarjeu)

Je suis le petit cousin de Pinocchio. Je n’ai pas eu la chance d’avoir un père comme Geppetto qui habille, nourrit, envoie à l’école, tolère les caprices, pardonne étourderies et mensonges. Mon créateur m’a tant rudoyé que je me suis enfui. J’ai eu faim, j’ai volé des noisettes et des châtaignes pour survivre. J’ai dormi sur des bancs dans les squares et j’ai eu froid. Je me suis caché sous des ponts pour échapper aux gendarmes. Un montreur de marionnettes m’a découvert un matin, errant dans la campagne, à moitié nu car de méchants gamins m’avaient arraché mes vêtements. Le saltimbanque a paru avoir pitié de moi. Il m’a emmené dans sa roulotte et m’a donné une veste de lainage à carreaux que j’ai enfilée avec grand plaisir. Il m’a versé un bol de soupe puis m’a confectionné, avec un carton et quelque chiffons, une sorte de lit où je me suis couché. Je me suis endormi après l’avoir entendu dire: Demain, au travail. Ah, si j’avais su! Dans son petit théâtre j’ai dû, chaque jour, jouer le rôle du vilain bêta qui se fait bastonner par Arlequin. J’en ai reçu, des coups de bâton ! Plus les enfants riaient, plus j’en recevais. Le soir je m’endormais en tenant ma pauvre tête entre mes mains, assommé d’épouvantables migraines qui résonnaient derrière mon visage de bois et me faisaient grimacer. Enfin un jour mon bourreau s’est lassé du rictus inscrit dans mes traits, et il m’a échangé contre un vieux tourne-disque. Ma vie désormais est transformée. Mon nouveau maître, un brocanteur, se sert de moi pour attirer le client. Je suis assis devant son stand, j’ouvre des bras accueillants, les enfants s’arrêtent, me montrent du doigt: Regarde maman, on dirait qu’il a une gueule de chien !
– C’est vrai, de chien pékinois. Si je savais parler ou écrire, je pourrais abandonner ma dépouille de marionnette. Oui, seule la parole ou l’écriture me sauverait de ma gueule de bois.

Posté par pivoineblanche7 à 09:48 - Matarjeu - Commentaires [6] - Permalien [#]

Commentaires

  • La consigne 42 avait inspiré beaucoup de tragédies. Celle-ci insipire beaucoup de réécriture de l'histoire de Pinocchio et Gepetto !!!
    C'est très joli au fait ! :p

    Posté par Miss Alfie, 12 mai 2007 à 10:15
  • Bienvenue dans ces pages, Matarjeu, revoici ce petit texte tout d'une traite sur l'histoire d'un cousin de Pinocchio, dont l'histoire finit bien... C'est bien joliment écrit, avec aussi, un clin d'oeil vers Guignol, Arlequin et le monde des marionnettes... Et de la brocante, d'où finalement, ce bonhomme de bois est sorti.

    Posté par Pivoine, 12 mai 2007 à 11:16
  • Mais qu'est-ce qu'elle a ta gueule ?
    Elle ne te plaît plus ?
    Serait-ce mieux si différent ?

    Perroquet violet sur la pointe de mon pied.

    Posté par Papistache, 12 mai 2007 à 21:24
  • ben ça alors, une gueule de bois qui soit en bois... je n'y aurais jamais pensé!

    Posté par sodebelle, 13 mai 2007 à 02:53
  • La chute est très bien venue, inattendue après un texte qui nous tient en haleine. Un happy end que n'aurait pas trouvé Hollywood!

    Posté par Arthur HIDDEN, 13 mai 2007 à 09:49
  • Binvenue Matarjeu dans cet espace d'écriture...
    très beau petit texte, tendre et bien écrit
    J'aime beaucoup l'évocation de ce monde si particulier

    Posté par Coumarine, 13 mai 2007 à 11:39

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