Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

12 mai 2007

Des mots pour le dire (rsylvie)

Il était là, assis à coté de moi… je le regardais à la dérobée, n’osant affronter son regard de face.
Oui j’étais rentrée tard…. Et alors, j’ai le droit. J’suis majeure ! J’ai plus de compte à lui rendre, à ce vieux fou. Qui se prend pour mon père. Sous prétexte qu’il avait engrossé cette femme, que je dois appeler maman... Non mais, de quel droit venait-il me faire la leçon, cet ivrogne, saoul, du matin jusqu’au soir? J’suis pas sa fille. Et puis même, si j’l’étais. Il y a longtemps que je les aurais reniés, lui, sa pouffiasse et le bâtard de pignouffe qui m’appelle sa grand’sœur…
Mais il va me laisser à la fin. J’ai besoin d’air moi, j’suis libre. Mais qu’il s’en aille ce connard !
- Dites la gamine, vous allez vous calmer? me crie dans les oreilles un vieillard assis sur un banc, tout à coté du mien.
- Que vous soyez ivre passe encore. Mais, que vous m’insultiez, je ne peux pas le tolérer ! Vous m’entendez bien Petite, je ne suis pas un connard !»
Je regarde mon interlocuteur. Il n’est pas vraiment vieux, mais les blessures du temps semblent avoir creusé de profonds sillons le long de ses joues. Ses cheveux, très propres, se sont éparpillés aux vents d’hiver et ses doigts, ouverts sur le monde, sont bien usés d’avoir tant serré de mains. Car l’homme qui est là, à coté de moi, vend des mots. C’est l’écrivain public. Dans le quartier, tout le monde le connaît. C’est un gentil bonhomme qui vous aide à mettre des phrases bout à bout, pour en faire une belle histoire. Sous ses airs de charclo, c’est qu’il est très intelligent… Mais, faudrait quand même pas qu’il croie pouvoir me commander !
« Dites petite, vous allez cesser de me dévisager de la sorte ! Auriez-vous quelques soucis à mon encontre?
Ouah ! qu’est-ce-qui m’dit?
"Seule l'écriture te sauvera de la gueule de bois"
- Eh ben on est pas couché mon coco! J’vais t’en donner des moyens de concrétiser ton amour de la langue française !» 

Posté par pivoineblanche7 à 10:35 - Rsylvie - Commentaires [7] - Permalien [#]

Commentaires

  • Il y a tant de choses dans ce texte, Sylvie ! La gouaille d'une gamine dans la rue, une famille pas très décorative, la vie de l'écrivain public et la conclusion... Jolie interprétation d'un moment de vie de tous les jours !

    Posté par Pivoine, 12 mai 2007 à 11:19
  • Merci Pivoine ; j'avais peur d'avoir été quelque peu "vulgaire" mais, je vois que ce que je voulais faire entendre, à été compris.

    Posté par rsylvie, 12 mai 2007 à 21:33
  • Je la trouve bien pertinente cete jeune femme pour être vraiment prise de boisson. Son ivresse, elle n'a pas dû la puiser dans l'alcool ! Alors sa gueule de bois !
    Ce clochard écrivain public ne serait-il pas également l'analyste du quartier ?

    Perroquet violet sur la pointe de mon pied.

    Posté par Papistache, 12 mai 2007 à 21:37
  • J'aimerais bien rencontrer un écrivain public, il doit en connaître des secrets!

    Posté par sodebelle, 13 mai 2007 à 02:50
  • Super ton texte. Il déménage. Cette rencontre entre l'écrivain public et la fille en dérive il fallait y penser. C'est parfaitement maîtrisé.

    Posté par Arthur HIDDEN, 13 mai 2007 à 09:47
  • oui sylvie, c'est tout bon ce texte

    Posté par Coumarine, 13 mai 2007 à 11:36
  • à tous pour vos comm.

    merci

    Posté par rsylvie, 13 mai 2007 à 12:40

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