Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

16 mai 2007

Gueule ou langue, c'est pas pareil (Coumarine)

Il est fiché dans les listes. Le petit pantin gelé par l’attente, est  assis sur les derniers sursauts de sa vie.

Mais non, pas question de sursaut. L'encéphalogramme est déjà plat. Il est temps de débrancher, ordre des Importants ! Quand on est coincé, on ne bouge plus, on ne respire plus, d'accord? On est foutu quoi, pour le dire platement !

On fait le nettoyage par le vide, on jette les vieux pantins enchiffonés, devenus papiers impitoyablement mâchés par les machines intraitables de la société qui désormais va choisir ses pantins en connaissance de gueule. Ils  seront en bois lisse d’ébène (ou de pétrole ou de cerveaux surdoués), impeccablement coiffés, rasés, costumés, logés, levés tôt, travaillés plus. Intelligents bien sûr, cela va de soi, avec l'obligation de parler trois langues au moins, à savoir: le français, le français et le français...(et aussi mais ça on ne dit pas tout haut : la langue de bois si musicale, si harmonieuse, celle qu’on n’entend jamais lancer ses notes d’accordéon dans les métros bondés, et merde encore un… fait chier à la fin…

Ce pantin-là  monsieur le policier, a une mine patibulaire, c’est un pantin pas choisi, mais subi. Tordu quoi ! Le médecin a dit: hélas mon ami vous avez une fâcheuse sciatique. Elle est indélébile. La kiné est impuissante pour redresser les années d'humiliation. Tout ça se fossilise dans un geste d’automate, bras ouverts dans une tentative avortée d’accueillir le monde nouveau qui allait donner du travail et du pain aux zenfants de la patrie !

On ne mâche pas le pain pour les pantins subis, voyons !

Pas de travail, pas de logement, pas de papiers, pantin à la rue avec sa bouteille et son chien…pantin rikiki fait pipi dans les caniveaux, beurk il est sale le monsieur, maman tu as vu le monsieur comme il est sale?

Pantin ne connaît pas les écritures légales, juste une croix en dessous d'un papier pas mâché. Oh ! le veinard ! il va voir du pays !

L’écriture nous sauvera de la gueule de bois de la langue de bois...

Posté par Coumarine à 10:16 - Coumarine - Commentaires [11] - Permalien [#]

Commentaires

  • J'apprécie ta façon de jouer avec les mots comme avec de la pâte à modeler : l'étirer jusqu'à des formes inouïes.
    Détail technique : comment fait-on pour barrer des mots dans son texte?

    Posté par sodebelle, 16 mai 2007 à 13:20
  • Un texte sorti tout droit des tripes ? Sont-ce les effets du mélange à l'origine de ta gueule de bois ou le rejet de la langue de bois à l'origine de ce mélange ? En tous cas, le résultat est là : une écriture qui a de la gueule dans une langue qui ne mâche pas ses mots

    Posté par Ex Nihilo, 16 mai 2007 à 13:59
  • je ne sais pas si l'écriture pourrait nous sauver de la langue de bois... c'est peut-etre faire reporter sur elle un rôle qu'elle n'a pas forcement à tenir...
    mais la pensée oui ! l'écriture n'est que le langage des idées qui naissent dans nos petits cerveaux d'humains libres...

    j'aime beaucoup ton texte, en fait. ses phrases courtes, imagées le rythment avec élégance et efficacité.
    de jolies formules, comme d'habitude chez toi

    bravo.

    Posté par pati, 16 mai 2007 à 14:29
  • L'écriture serait -elle un luxe réservé aux alpha bétisés dans les pays démocratiques à liberté d'expression ?
    La chance qu'on a de savoir, de pouvoir écrire ici, maintenant sur PP.

    J'aime ton texte,il est fort, Coumarine.

    Posté par Charlotte, 16 mai 2007 à 15:04
  • Je ne sais que retenir des images abondantes et qui font choc ! "la société qui désormais va choisir ses pantins en connaissance de gueule..."

    Et ça: "impeccablement coiffés, rasés, costumés, logés, levés tôt, travaillés plus. Intelligents bien sûr, cela va de soi, avec l'obligation de parler trois langues au moins, à savoir: le français, le français et le français..."

    On a l'impression de lire une offre d'emploi ! Et c'est tellement ça. On est entraîné jusqu'au non-sense et, dans certaines situations, (au bureau de l'assureur, à la mutuelle, et partout ailleurs) on voudrait pouvoir tordre les mots des absurdités en tout genre...

    Dont nous sommes inondés.

    Quant à la langue de bois, ça, ça m'émerveille toujours. Comment arriver à tenir un langage qui tienne plus de la langue de bois que d'un discours simple...

    Posté par Pivoine/Alb..., 16 mai 2007 à 16:12
  • C'est tellement vrai malheureusement.

    Posté par kloelle, 16 mai 2007 à 18:33
  • Un texte qui a de la gueule, qui en est surpris venant de Coumarine .
    Les froids robots me glacent, je me sens plus proche des petites marionnettes , des cassés, des blessés, et si souvent tellement plus riches.

    Posté par Truly, 16 mai 2007 à 19:16
  • L'écriture n'est pas si innocente.
    Elle a largement contribué à véhiculer la langue de bois.
    L'écriture ? La langue ?
    Coumarine ? Esope ?

    Perroquet langue bifide sur la pointe de mon pied.

    Posté par Papistache, 16 mai 2007 à 21:56
  • Tu jongles aves les mots Coum. J'apprends beaucoup en te lisant. Merci Prof ;o)

    Posté par cassy, 17 mai 2007 à 12:48
  • Sodebelle: pour barrer les mots, il faut pouvoir entrer dans l'espace d'administration du blog...
    Le jour où tu créeras ton propre blog...tu le feras

    Merci à tous pour votre appréciation...c'est un fait: j'écris avec violence...tout l'inverse de ce que montre à l'extérieur. (la souriante!!!)

    Cassy je peux comprendre que tu m'appelles la prof...mais je n'aime pas cela...j'essaie justement de ne pas l'être, de simplement encourager les gens comme je le suis moi-même par les gens qui me suivent de près
    Si j'apparais ici comme une prof, je te jure que je disparais...

    Posté par Coumarine, 17 mai 2007 à 13:27
  • Ton texte part du coeur. Oui, j'en suis convaincu, l'écriture peut contribuer à maintenir des espaces de civilisation.
    Courage!

    Posté par Arthur HIDDEN, 17 mai 2007 à 16:25

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