Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

26 mai 2007

Le rêve du terrain vague (Thierry)

Le samedi, c'est plus tranquille. Il y a moins de monde.
Alors on peut sortir un peu du camp sans qu'on nous voit.
Les autres jours, il y a trop de monde qui nous voit et qu'on voit ne pas oser nous regarder. Ne pas vouloir nous regarder.

Fuir les regards fuyants des ouvriers du chantier à côté.
Fuir la présence d'yeux qui de toutes manières ne veulent pas vous voir. Paradoxe.
Savent-ils que leur terrain vague est la prairie où s'envolent les rêves des enfants?
Que ce terrain vague qu'ils fuient sitôt la tache journalière achevée représente pour les enfants ce qu'il peut y avoir en dehors du camp?
 
Le samedi, c'est plus tranquille. Il y a moins de bruit. On peut parler, les grues et engins se sont tus.
On peut rêver de prairies chantantes à nous, on peut imaginer les maisons, les rivières, les forêts qu'on ne verra peut-être jamais. A force de se terrer dans notre camp de misère, loin d'un travail, loin de la vie de la ville.
 
Le samedi, c'est plus tranquille. On peut penser à la vie qu'on n'a pas eue, se dire que, non, cette vie que l'on a eue,là, ne valait pas forcément la peine.
 
Un jour viendra, peut être dans ce camp, où il faudra bien mourir.
Si çà tombe un samedi, çà serait sûrement plus tranquille.

Posté par _Sammy_ à 14:30 - Thierry - Commentaires [7] - Permalien [#]

Commentaires

  • mourir, il faut s'accrocher, de longues années pour les deux niots.
    Parfait c texte, du moins moi je trouve

    Posté par brigetoun, 26 mai 2007 à 14:36
  • Le rêve du terrain vague

    J'ai beaucoup aimé votre texte qui m'a passablement émue. C'est le plus profond du lot allant au coeur du drame humain lui-même.

    il reste aussi une trace étrange dûe au fait qu'on peut aussi le situer historiquement, on le peut, mais pas forcément. En quoi , il a une dimension universelle.

    Merci encore

    Posté par Hieronima, 26 mai 2007 à 16:29
  • j'aime bien le fait, de reprendre régulièrement l'acrostiche.

    Posté par rsylvie, 27 mai 2007 à 14:32
  • qu'il est triste, ton texte ! si noir !

    la fin est dure, presque violente, pour se finir sur une magnifique phrase :
    "Si ça tombe un samedi, ça serait sûrement plus tranquille."

    c'est bon, bravo à toi

    Posté par pati, 28 mai 2007 à 06:43
  • Ton texte remue le coeur. Cette idée en particulier de fuir les regards fuyants.

    Posté par Arthur HIDDEN, 28 mai 2007 à 11:15
  • J'aime beaucoup les répétitions autour du thème de la fuite, fuite des regards et fuite impossible du camp, si ce n'est dans la mort.... brrr, lugubre ! ...et très réussi !

    Posté par Sammy, 29 mai 2007 à 10:22
  • tres beau texte, émouvant et très noir.
    La phrase "On peut penser à la vie qu'on n'a pas eue, se dire que, non, cette vie que l'on a eue,là, ne valait pas forcément la peine." particulièrement

    Posté par Farfalino, 01 juin 2007 à 00:23

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