Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

31 mai 2007

Richesses oubliées (Brie)

Le samedi, c’est plus tranquille. Il y a moins de monde !

Il vient de lancer cette phrase, avec désinvolture comme tous les vendredis soirs ! Zoé et Arthur  le regardent avec admiration, l’air béat, se demandant si leur père ne serait pas plutôt un  grand enfant. Mais si justement, il l’est resté, juste pour le jeu, juste pour la vie.  Et comme tous les vendredis depuis que nous vivons là, il me prend en photo avec les enfants. Album bizarre où ne s’étalent que les photos du vendredi soir, moi et les enfants, semaine après semaine, année après année. Ah je vous le dis, je suis tombée sur le gros lot : un original, devenu marginal, un homme si enjoué, si plein de gaîté, d’imagination et qui trouve des solutions à tout. Un homme qui aime toujours autant se lever le matin avec le soleil, même après ces 5 années de chômage qui nous ont amenés à vivre comme des vacanciers en vacances toute l’année.  En vacances oui, mais sans le budget...

Un homme qui enjolive les jours au point que nous en oublions souvent que le frigidaire est vide. Plus rien à manger ? Hop, on part dans la campagne ramasser des herbes sauvages, pissenlits, épinards, orties qu’on saura bien faire mijoter avec les quelques petites patates qui ont bien voulu pousser malgré la canicule de ces dernières années. On cueille des fruits sauvages que la nature nous offre si généreusement, pommes, figues, prunes,  mûres, cerises… et voilà, un repas simple, naturel, qui rassasie et qui laisse au palais le goût d’une vraie nourriture.

Quelle joie d’être tous ensemble, de voir le regard pétillant des enfants gambadant dans l’herbe, les lèvres et les doigts colorés du jus des cerises où des mûres, de se sentir légers comme le vent, libres. Souvent je me dis que j’ai une chance inouïe de l’avoir rencontré, cet homme si avide de vie, si plein de générosité et d’amour, si débrouillard, qui a su  s’accommoder de cette nouvelle vie, comme une renaissance.

Oui, il est vrai, dans le campement, le samedi est la journée la plus tranquille. Certains vont  au village dont l’unique séance est projetée ce jour là dans un petit ciné comme on n’en voit plus que dans les campagnes, avec des chaises en bois comme à l’école et dont l’entrée est gratuite.. D’autres, les ados,  lèvent le pouce au bout de la rue pour se rendre à la ville, retrouver les copains, avoir l’impression, pour un jour,  d’être comme eux. Mais, le soir, ce sont les grandes retrouvailles. Tout le monde s’assoit autour du feu pour se retrouver,  être ensemble,  parler et écouter, se soutenir, s’aimer... toutes ses richesses que le monde semble avoir oublié...

Posté par _Sammy_ à 14:30 - Brie - Commentaires [8] - Permalien [#]

Commentaires

  • Ahhhhhhh! Un texte qui parle de pauvreté avec tendresse, avec du sourire, du rêve, de la joie même. Que ça fait plaisir de mettre aussi du bonheur chez les gens qui n'ont rien. Merci, du fond du coeur ;o)

    Posté par cassy, 31 mai 2007 à 21:40
  • une vue très romantique de la pauvreté, ça existe? bien frais en attendant!

    Posté par sodebelle, 31 mai 2007 à 21:49
  • j'aime beaucoup ce texte où l'amour et la vie pointe nt sous la chappe de pauvreté.

    Posté par Farfalino, 01 juin 2007 à 00:25
  • Quand pauvreté ne signifie pas misère... j'apprécie beaucoup la positivité de ton texte ...

    Posté par clau, 01 juin 2007 à 10:48
  • pour peu, on souhaiterait à tous de connaitre cette j oie des choses simples... tellement tu les décrits avec délicatesses et poésie

    Posté par rsylvie, 01 juin 2007 à 12:12
  • Un original. Bien vu !
    Un original, qui sait ?
    Qui sait si cette originalité n'est pas le fruit d'une pensée très aboutie ?
    Quelqu'un qui ferait original comme d'autres feraient pompier ou garagiste ?
    En attendant, il porte tout son monde à bout de bras. Il est fort cet homme.
    C'est un beau portrait !

    Perroquet sous le charme sur la pointe de mon pied.

    Posté par Papistache, 02 juin 2007 à 20:50
  • Tu nous apportes un vent de fraîcheur, de tendresse, d'originalité,ouf ! On respire.
    C'est tellement vrai que l'on peut arriver à être heureux même si on n'a pas le sou.
    Brie, merci pour ce texte qui nous réconcilie avec la pauvreté !

    Posté par Amanda, 04 juin 2007 à 13:42
  • Merci Brie ! Ils ne sont donc pas tous aussi mauvais que ça. Le bonheur est dans la roulotte...

    Posté par Oncle Dan, 04 juin 2007 à 19:03

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