Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

31 mai 2007

Emancipation ( Truly)

Peut-être un jour par hasard verras-tu cette photo, la petite Ruby, ce diamant que tu ne poliras jamais et Tony, ce petit caïd qui rêve déjà de marcher sur les traces  de son père. Mais cela, je ne le permettrai pas. Je ne baisserai plus la tête, je te regarde fièrement droit dans les yeux, ces yeux noirs que je ne croiserai plus. Je t’en veux trop de m’avoir laissé seule le ventre empli de celui que tu appelais ta fierté, ce fils que j’avais pour mission de te donner. Je t’en veux trop pour cette richesse que tu as tenté de m’offrir. Je n’en voulais  pas de cet or là, ce sont des mots, ce sont des regards, ce sont des gestes que j’espérais. Ce sont ces trésors là que j’attendais et pas  ces lingots, ces magots que tu savais où trouver. Tu vois sur quels chemins cet amour là t’a mené, chemins de bandits de plus en plus grands, de plus en plus sanguinaires, de plus en plus aveuglés par l’odeur du  sang et de  l’argent.

Tu finiras tes jours, solitaire, dans ta cellule. Le samedi, c’est plus tranquille. Il y a moins de monde. Mais pour moi, il n’y avait plus de samedi, tu m’as assigné à la caravane sous la surveillance  de ta famille. Mais moi, tu vois, j’ai refusé la sentence, j’ai refusé la peine que tu m’infligeais. Oh bien sûr pour la tradition, j’ai feint d’accepter ma condition de femme à la caravane qui repasse, qui lave, qui cuisine, qui se tait. Mais le soir, quand mes diamants étaient couchés, lettre après lettre, mot après mot, je m’évadais, page après page, je creusais le tunnel vers ma liberté, livre après livre, je brisais mes chaînes.

Et cet amour là, je le transmettrai  à  ceux qui auraient dû être nos enfants.

Je le lèguerai à mes enfants pour qu’ils choisissent leurs chemins en toute liberté.

Posté par _Sammy_ à 08:00 - Loïc - Commentaires [8] - Permalien [#]

Commentaires

  • belle porte de sortie - et vive les bibliothèques

    Posté par brigetoun, 31 mai 2007 à 10:51
  • texte intéresant, mais l'incipit ?

    Posté par wictoria, 31 mai 2007 à 10:51
  • Oups, c'est vrai ça ! Je n'ai même pas fait attention qu'il n'y avait pas l'incipit ! Je devais être fatigué, sans quoi je t'aurais demandé si c'était fait exprès ! En fait, j'étais vraiment fatigué, car j'avais prépublié les deux textes de ce matin pour le premier juin, oubliant au passage que le mois de mai compte 31 jours...

    A relire ton texte, je me souviens de ce que j'avais pensé en le recevant : il me rappelle la consigne précédente sur l'écriture qui nous sauvera de la gueule de bois... C'est un peu la même idée que l'on retrouve chez cette femme qui s'évade un peu de sa misère à travers la lecture.

    Posté par Sammy, 31 mai 2007 à 11:09
  • Confus, honteux et désolé , happé par la photo , j'en ai oublié l'incipit....C'est en lisant les autres textes que je me suis dit " Comme c'est bizarre....ils débutent tous avec la même phrase..."

    Posté par Truly, 31 mai 2007 à 11:59
  • non tu l'as mis, cette phrase
    mais pas en incipit

    "Tu finiras tes jours, solitaire, dans ta cellule. Le samedi, c’est plus tranquille. Il y a moins de monde. Mais pour moi, il n’y avait plus de samedi,..." etc.

    Truly... c'est une très belle émancipation. je m'incline devant le courage de ton personnage.

    Posté par pati, 31 mai 2007 à 12:23
  • j'avais mm pas remarqué que l'incipit manquait!
    Très belle écriture, comme tjs!

    Posté par sodebelle, 31 mai 2007 à 21:59
  • C'est lui qui est en prison et c'est elle qui s'évade. Bien vu !

    Perroquet violet sur la pointe de mon pied.

    Posté par Papistache, 02 juin 2007 à 21:17
  • C'est fort comme du bon café de là-bas...

    Posté par Oncle Dan, 04 juin 2007 à 19:04

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