Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

04 juin 2007

Le poids du coeur (Coquelicot FC)

Le samedi, c’est plus tranquille. Il y a moins de monde !

Moi, je reste à la caravane, pour surveiller les affaires que je dis !

Oh, je sais, elles ne vaudraient pas grand-chose aux yeux des nantis bien-pensants qui regardent avec commisération mon mari ou mes enfants en glissant une piécette jaune - une, pas deux - dans le gobelet McDo tendu pour leur faire passer le temps au feu rouge.

Oh, je sais, même mon mari et mes enfants pensent aussi que ces quelques pièces de lingerie, T-Shirts, robes élimées et pantalons pas bien propres, usés et déchirés ne méritent pas que j’en monte la garde avec autant de vigilance. Ils ne savent pas combien il est difficile pour moi de ne pouvoir leur donner plus. Je me prive pourtant moi-même, je me contente de moins que le minimum et, malgré cela, je n’ai pas à être fière de la façon dont j’habille mon homme et les enfants.  Savent-ils le poids du cœur d’une mère qui depuis longtemps déjà n’est plus femme mais souillon ? Savent-ils le poids du cœur d’une mère qui, depuis longtemps déjà, n’est plus capable d’aider les enfants à leur retour d’école et bien trop gênée pour s’y rendre quand il y a des réunions de parents ou d’autres activités ?   

Savent-ils le poids du cœur d’une mère qui doit vivre dans le camp sous la loi des plus forts, des prédateurs, des voleurs qui volent par nécessité, par survie eux aussi ?

Ma pauvreté n’est pas dans ce qui me manque, elle est dans ce que je ne peux donner, elle est dans le poids de tristesse, de honte, de culpabilité qui étouffe mon cœur  et mes envies de caresses et de câlins à donner et recevoir. Ma pauvreté est intérieure, infiniment lourde ! Ma pauvreté est dans le regard de mépris que les autres portent sur moi.

Le samedi, c’est plus tranquille, il n’y a plus personne au camp, sauf moi. Les autres sont en ville, au marché, au centre commercial. Partout où il y a du monde qui dépense, fait des achats, du lèche-vitrines, il y a des piécettes à recevoir, des sacs à voler, des restes de nourritures à récupérer sur les bancs publiques, aux terrasses de café et dans les poubelles du centre ville.

Le samedi, c’est plus tranquille, je suis seule, vraiment seule … et je peux pleurer !

Posté par _Sammy_ à 08:00 - Coquelicot Fc - Commentaires [8] - Permalien [#]

Commentaires

  • "Ma pauvreté n’est pas dans ce qui me manque, elle est dans ce que je ne peux donner"

    ouf, quelle phrase, Fc, quelle phrase ! c'est superbe.

    ton texte est poignant. il me touche parce qu'il raconte la misère plus morale que matérielle, et que c'est celle qui disparait sûrement le moins facilement...

    tu devrais écrire plus souvent, Fc

    Posté par pati, 04 juin 2007 à 09:18
  • Tu touches droit au coeur, avec ce texte sur la pauvreté intérieure,Lourde dans le regard que les autres portent sur cette femme.
    Toute ta réflexion pourrait d'ailleurs être valable pour quelqu'un qui vivrait dans un milieur plus " nanti "
    Pleurer parce que l'on est seule, que l'on a envie de donner et de recevoir des câlins...
    Tu vas loin, c'est criant, ce texte ne peut laisser indifférent !

    Posté par Amanda, 04 juin 2007 à 13:18
  • Et aussi la dignité de cette femme qui attend d'être seule pour pleurer. Je suis chavirée.

    Posté par sodebelle, 04 juin 2007 à 13:23
  • Vraiment magnifique

    et si juste je trouve... la dignité d'une epouse et d'une maman!

    Posté par val, 04 juin 2007 à 15:56
  • ... et le poids des mots ! Bravo !

    Posté par Oncle Dan, 04 juin 2007 à 19:05
  • Oups! Merci à chacun d'entre vous pour ces commentaires. Il me touche bien plus loin qu'on ne pourrait le penser. La pauvreté intérieure, dans un milieu nati, j'ai eu, enfant, tout le loisir de l'observer, sans toujours la comprendre et encore moins l'accepter. Merci vos mots font du bien!

    Posté par fc, 04 juin 2007 à 19:46
  • Je ferai peut-être bien d'écrire un peu plus, je devrais en tous cas me relire davantage: ils me touchent, bien sûr! Le pluriel est de mise ici, non?

    Posté par fc, 04 juin 2007 à 19:48
  • je trouve ton texte trés émouvant et c'est vrai que la pauvreté morale est pire que la pauvreté matérielle
    il y a des gens pauvres qui ont la pêche!!! et c'est souvent une belle leçon de vie pour nous autres qui nous nous plaignions parfois pour des petits riens=))

    Posté par anne, 05 juin 2007 à 21:37

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