Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

16 juin 2007

Pluies (Selva)

« Excuse-moi, c’est une erreur ».
J’ai couru dans la rue derrière lui. Il me rend mon parapluie, me suit au
magasin pour récupérer l’autre et là je vois que les deux parapluies ne se
ressemblent pas. Il  bredouille quelque chose. J’hésite entre suspicion et
rire.
Cheveux trempés, vêtements trempés, je  regarde ce grand gars planté en face
de moi, qui me tutoie sans me connaître et me sourit.

Voilà, c’est comme ça que ça commence. Une invention, peut-être. Mais je
m’en fous parce qu’au moment où mes yeux plongent dans les siens, je sais
que ce qui compte, là, c’est son regard et le mien et ce vertige, cette
évidence.

Ensuite, il y a une longue promenade dans les rues de pluie. Il y a nous,
assis sur un banc face à la mer. Nos paroles. Nos corps serrés. Il y a le
temps qui s’étire. Peut-être que la nuit nous surprend là . Il y a ses
lèvres, sa langue, sa salive, car le baiser n’arrive qu’au matin  et son
tourbillon nous laisse haletants. Longtemps ensuite, à nouveau, nous nous
regardons en silence. Pause.

Les rues  nous ramènent en ville. L’hôtel est sans âme, aseptisé. Je n’en
veux pas davantage. Je ne veux que cette ardoise neuve, cette page vierge,
pour y écrire notre histoire. La nuit sans sommeil a dû marquer mes traits
comme elle a marqué les siens. Par la fenêtre, on entend un violon.
Je suis nue. Lui aussi. Il se place derrière moi. Il prend mes mains dans
les siennes et les pose sur mes seins. Je m’appuie sur lui. Il fait chaud.
Nos sueurs perlent et se mêlent . Je respire nos odeurs mêlées. Je sens son
corps, son ventre, son sexe, ses cuisses, j’y inscris mon empreinte pour ne
jamais oublier. Nos regards se rencontrent dans le miroir qui nous reflète.
Je remplis mes yeux de cette image. Ses yeux noirs, mes yeux clairs. Ses
cheveux coupés ras, les miens comme des algues mouillées. Sa peau sombre, la
mienne si pâle à côté. Son sourire. Le mien. Cet instant suspendu.
Ensuite, je lui fais face, et nous nous agrippons l’un à l’autre comme deux
affamés d’amour.

Posté par Coumarine à 10:19 - Selva - Commentaires [5] - Permalien [#]

Commentaires

  • Quelle belle rencontre... c'est un texte que je trouve trés sensuel.
    Bravo!

    Posté par val, 16 juin 2007 à 13:11
  • une trés belle rencontre, sensuellement raccontée.

    Posté par rsylvie, 16 juin 2007 à 15:33
  • Belle histoire où la musique des corps est bien rendue

    Posté par Arthur HIDDEN, 16 juin 2007 à 16:24
  • un texte superbe !

    Posté par matarjeu, 16 juin 2007 à 18:36
  • j'aime beaucoup cette très belle histoire sensuelle, sans vulgarité.

    Posté par Farfalino, 16 juin 2007 à 19:19

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