Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

08 août 2007

Le temps d'un voyage (Mlle e.)

"Ce que je venais de dire à la vieille marquise Guy de Ruy était l'exacte vérité."

Je fermais le bouquin. Trois fois que je relisais cette page, mais mon esprit vagabondait, ailleurs…

Le train filait vers Avignon, le soleil reprenait ses droits. L’homme en face de moi était descendu à la station précédente, oubliant son journal.

J’ai toujours aimé prendre le train, parce qu’il permet de prendre du temps. Du temps pour rêver, pour observer les autres passagers, s’imaginer leur vie.

Et cet homme assis en face de moi, il y a tout juste un instant, pouvait être un bon père de famille qui rentrait de sa semaine de travail dans la banlieue parisienne.

Ou bien, cet homme là était… Mais oui bien sur! A cause du journal replié je ne distinguais pas plus que le quart inférieur droit du visage, mais il me semblait bien l’avoir vu quelque part! Quelques instants plus tôt était assis en face de moi, le tueur en série actuellement recherché pour le meurtre précédé de viol de trois jeunes femmes dans un quartier de Paris! Oh mon dieu! Mon cœur palpite, mes joues palissent, mes mains moisissent! Non! deviennent moites! Ah! À peine cinq passagers dans tout le wagon, dont moi, le tueur, une vieille femme aveugle et sourde, et une femme enceinte (ça compte pour deux)!!!

Peut-être n’est-il en fait pas descendu. Il attend sa prochaine victime dans les toilettes, là, juste dans le couloir…

Ni une ni deux, je me lève, essuie mes mains sur mes cuisses (vive les jeans), me donne du courage me disant que demain je ferai la une des journaux, alors que depuis tant d’années (ok, une et demi) je sue sang et eau sur la scène pour n’apparaître qu’en tout petit à la page spectacle… Bref, j’avance le long du couloir.

J’arrive près de la porte, je distingue une ombre derrière, je révise mentalement ce que je faisais après le salut en entrant sur le tatami (oh! satanés trous de mémoire!). Il avance aussi… La porte s’ouvre:

« - Mademoiselle?

- Ah!

- Contrôle des billets s’il vous plait. »

Posté par pivoineblanche7 à 11:43 - Mlle e. - Commentaires [6] - Permalien [#]

Commentaires

  • Là par contre, une rencontre dans un train avec beaucoup beaucoup d'imaginaire, le cerveau chauffe, chauffe chauffe, et puis, c'est tout bêtement le contrôleur... pas mal !

    Posté par Pivoine, 08 août 2007 à 11:47
  • On se fait des idées parfois... ça me fait penser au fait de parfois se croire suivie dans la rue. On vit un peu dans la crainte, je trouve!

    Trés bon texte... il décrit parfaitement cet état d'esprit de peur d'un esprit débordant d'imagination.

    Posté par val, 08 août 2007 à 12:58
  • ...et puis, il y a plein de petites touches d'humour " mes mains moisissent, non, devienent moites..." " depuis autant d'années ( ok une et demie " etc....
    Tu pratiques avec brio l'auto-dérision, j'aime !

    Posté par Amanda, 08 août 2007 à 14:42
  • Avec cette imagination, il faut renoncer à la carrière d'actrice pour plonger dans celle d'auteure.
    Dites-le à cette jeune femme !

    Posté par Papistache, 09 août 2007 à 17:55
  • Un texte intéressant qui souligne avec justesse l'intérêt et le bonheur de prendre le train et de regarder les voyageurs en imaginant leur vie. C'est d'ailleurs un travail d'observation tout à fait passionnant qui ne peut qu'inviter à l'écriture!

    Posté par Libellule, 10 août 2007 à 17:31
  • J'ai bien aimé la pirouette qui fait oublier la vieille marquise, chapeau pour ce texte plein de surprises !

    Posté par Chiara, 18 août 2007 à 16:33

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