Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

08 septembre 2007

Timing (Herbert Khan)

L'horloge indique vingt-deux heures, mais elle est en avance...Julie, elle,
semble ne pas se soucier du temps, c'est dommage car moi cela m'obsède. Surtout
la grande aiguille, celle des minutes. Elle tourne si lentement qu'on ne la voit
pas bouger, comme la petite d'ailleurs. Mais la grande est la plus belle, une
épée qui rythme nos vies d'un coup d'estoc régulier, presque imperceptible, mais
régulier.
  Nouveau regard sur l'église, où trône la reine des heures. Moins le quart,
rageant. Le vent commence à souffler de sa
respiration glaciale. Je redresse mon col et m'enfonce un peu plus dans mon
imper. Doux cocon de chaleur, le nid idéal pour attendre l'éveil et la
renaissance. La patience est le maitre mot, juste la patience. J'ai tout le
temps, oui. La maison de Dieu semble en avoir plus que moi. Ses murs commencent
à s'effriter mais gardent leur beauté première. Du charme à l'état pur, un
morceau de passé dans le présent, construit pour le futur. Au sommet je devine
les carillons qui sonneront bientôt le glas de mon rendez-vous.

§

  Il est presque minuit quand je me décide à appeler Julie. D'habitude je ne
le fais pas, je préfère regarder les yeux coupables des fautifs qui m'ont faire
perdre mon temps.
Mes doigts engourdis peinent à fouiller le répertoire de mon cellulaire, et
finalement je trouve le bon numéro, son fixe. Elle reconnait pas celui de mon
portable, j'aurais dû lui donner.
- Frank? Répond de suite la voix de Julie. Qu'est-ce que tu fous je te cherche
partout !
- Tu te payes ma tête où...
- L'horlogerie, elle brûle !

  Je lui raccroche au nez sans le faire exprès. Je me mets à courir en
regardant l'heure, minuit moins vingt. Il faut que j'y aille, que je sauve les
aiguilles. Que je sauve la façade et ses deux yeux de hiboux, l'héritage
familial.
  C'est à l'autre bout de la ville, je n'aurais pas le temps, je ne l'aurais
plus jamais.

Posté par Coumarine à 17:26 - Herbert Khan - Commentaires [9] - Permalien [#]

Commentaires

  • Bonjour Herbert et bienvenue
    Ce n'est pas moi qui ai reçu ton message, et en faisant le copié-collé je me suis demandé si la toute dernière phrase (que je viens d'effacer)faisait partie du texte ou non...
    Tu me le diras...
    Texte un peu surréaliste? S'agit-il de sauver des aiguilles d'une horloge? Et donc de sauver le temps? Je ne comprends pas bien (je dois être fatiguée je crois... oui c'est ça...mais le sens n'apparait pas à première vue)
    Le premier paragraphe de ton texte est pour moi le meilleur, avec de belles expressions, une écriture assez ample

    Posté par Coumarine, 08 septembre 2007 à 18:09
  • Oui je pense qu'on peut dire que le texte est assez surréaliste, disons qu'en plus le thème du temps m'obsède depuis que j'ai eu certains problèmes de santé - vous me direz que je suis pas là pour raconter ma vie, je suis d'accord .

    Sinon humm c'est vrai que le texte est un peu maladroit mais bon, je suis en manque d'ateliers d'écriture alors je farfouille sur le web, peut-être que mon excitation a nui au texte, c'est assez probable

    Merci pour m'acceuillir aussi chaleureusement, et je vous remercie également pour cette bonne idée, et le temps que vous dépensez pour la réaliser

    Posté par Herbert Khan, 08 septembre 2007 à 18:25
  • ah!! merci Herbert de répondre aussi vite
    Et ce que tu dis éclaire en effet l'intention de ton texte...il prend dès lors tout son relief
    Ca me fait plaisir quand tu parles de ta "précipitation" à participer...c'est chouette ton enthousiasme...
    Et maintenant que tu as trouvé un atelier d'écriture,il ne tient qu'à toi d'y rester fidèle

    Posté par Coumarine, 08 septembre 2007 à 18:46
  • Bienvenue Herbert. Tu verras, on apprend beaucoup ici ) Et c'est un plaisir de découvrir les autres.

    Posté par cassy, 08 septembre 2007 à 19:56
  • Je suis ravi de lire ce texte.
    Pour d'autres raisons, les aiguilles d'une pendule ont marqué ma semaine.
    Partager ses soucis les allège.

    Posté par Papistache, 08 septembre 2007 à 19:56
  • rater un beau rende vous pour un problème d'aiguilles à remonter le temps..
    j'avoue que c'est trop fort pour moi, qui
    ai tellement de mal avec les horaires !

    Posté par rsylvie, 08 septembre 2007 à 22:43
  • ton texte fait echo avec une idée qui m'était venue sur cette consigne : troote trotte la grande aiguille, ronge ronge notre temps...

    On regarde le temps,on le regrette, on l'attend... et on oublie de vivre

    Posté par ilescook, 08 septembre 2007 à 23:01
  • J'aime beaucoup dans ton texte le passage du descriptif factuel au descriptif affectif! Dans cette attente, comment tu passes de l'un à l'autre, comment les pensées s'insèrent subrepticement dans l'observation de l'aiguille qui avance.

    Le dernier paragraphe me bouleverse... sauver quoi? la maison familiale? ses racines? sa vie? serait-ce tout simplement le sens de sa vie?

    Posté par Poème de vie, 09 septembre 2007 à 11:15
  • Ce texte me fait penser à un cauchemard.
    Une course contre la montre. Une course perdue.

    Il est affolant, ce texte.

    Bienvenue!!!!!!

    Posté par val, 11 septembre 2007 à 08:54

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