Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

11 septembre 2007

Jérôme (Loulapoul)


L'horloge indique vingt-deux heures trente, mais elle est en avance.

Sa petite pendule est toujours en avance sur le temps. Aime pas être en retard. Est précis, ordonné. Donc il est là, bien à temps.

La lumière aux fenêtres est éteinte. Comme au premier matin, c'était pareil. Deux fenêtres sombres comme un regard éteint, s'était-il pris à penser.

Bien à temps, disait-on. Et oui, tous les mots étaient bien ordonnés dans son esprit, il les trouverait sans peine et pourrait tout dire d' une seule traite.

Lui raconter les voyages, le soleil, la lumière du jour, celle des étoiles aussi, les mages du désert, les écritures oubliées.

Les paroles fluides se dérouleraient à ses pieds comme autant d'étoffes précieuses. Un enchantement, une musique simple et belle. Oui c'est ça...

"Ah, monsieur Jérôme, alors, ça a été aujourd'hui? voilà votre petite pilule du soir! Il faudra dormir maintenant, et pas vous agiter, vous fâcher et tout ça, hein!

Sinon vous savez bien, on sera forcé de s'énerver et..."

Il avait rêvé. Un ange blanc s'effaçait dans la nuit.


Posté par Coumarine à 17:14 - Loulapoul - Commentaires [10] - Permalien [#]

Commentaires

  • La terrible réalité d'un être qui se croit toujours VIVANT...
    et qui se réduit à une petite pilule le soir...
    Il est terrible ce petit texte, Loulapoul...terrible et drôlement efficace...

    Posté par Coumarine, 11 septembre 2007 à 17:35
  • Si l'infirmière s'était assise à ses côtés, si l'infirmière ne se barricadait pas derrière une pillule par peur d'entendre les mots d'un homme avec son passé et ses rêves, si...

    Mais il faut donner la pillule, 9 autres patients attendent. Et puis comment accepter que l'homme vit encore, plus entier qu'on ne le croit ? Non, il vaut mieux donner la pillule, vite vite et on n'a rien entendu, rien vu, rien ressenti. C'est tellement plus simple ainsi. Tellement plus moche.

    Il avait bien vu, l'homme du premier matin : deux fenêtres sombres comme un regard éteint.

    Poignant Loulapoul et, j'en suis sûr, criant de vérité.
    Jusqu'à ce que l'homme se résigne.
    Jusqu'à ce que l'homme enferme ses pensées dans un comprimé sans goût.

    Plaisir de vous retrouver, ta plume et toi

    Posté par Anaïs, 11 septembre 2007 à 17:56
  • J'aime ENORMEMENT Anaîs la façon dont tu commentes le texte de Loulapoul
    (envie de dire que je serais heureuse de t'avoir comme médecin le jour où tes études seront terminées...)

    Posté par Coumarine, 11 septembre 2007 à 18:19
  • Mince!
    Commenter aprés Anaïs va pas être chose facile!
    Il est terrifiant, ce texte!
    Avec peu de mots, tout est dit.

    Posté par val, 11 septembre 2007 à 18:23
  • elle n'a pas le temps l'infirmière et, si elle est comme certaines que j'ai connues, elle reviendra peut être dans une accalmie parler avec Jérome, s'il en a envie. Pas sûr qu'il l'ait, parce qu'en s'endormant il peut le retrouver son rêve, ou un autre

    Posté par brigetoun, 11 septembre 2007 à 18:57
  • Un très beau texte, vraiment, toujours garder malgré l'enfermement, la douleur, cette possibilité de s'échapper....
    En ce qui concerne l'infirmière, c'est elle qui perd la possibilté d'ouvrir son esprit, mais je suis sûre que demain, peut être après demain, elle prendra le temps...

    Posté par isabel, 11 septembre 2007 à 19:44
  • Je suis un peu comme l'infirmière.
    Je n'ai pas trouvé ma place dans cet ordonnancement.
    Jérôme, y a-t-il une place pour moi ?

    Est-ce qu'il m'entend Jéröme ?

    J'aime bien ce petit texte.

    Posté par papistache, 11 septembre 2007 à 21:16
  • "on sera forcé de s'énerver" c'est horrible ça !
    Contente de te lire ici !

    Posté par sodebelle, 12 septembre 2007 à 20:55
  • Tout est dit en si peu de mots, le désespoir des êtres enfermés, qu'il s'agisse de maison de retraite ou d'hopital psychiatrique...

    Posté par matarjeu, 13 septembre 2007 à 11:15
  • C'est tellement bien écrit... J'ai lu, relu et...
    que dire? Cette infirmière n'est pas comme toutes les autres... Mais c'est vrai qu'elles ont de plus en plus de boulot et qu'elles sont de moins en moins nombreuses.
    C'est un plaisir de lire ce texte.

    Posté par dan, 13 septembre 2007 à 14:25

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