Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

21 septembre 2007

Renversement (Chrysalide)

Je lui ai dit de se taire
Ma phrase a eu un instant l'effet escompté
Comment donc, je savais parler ?
Comment donc, j'osais le consigner au silence ?
Je vois ses poings qui dansent
Trois secondes plus tard, je suis à terre.
Il se détourne, va dans le salon
Il lâche une flopée de jurons
Il est abasourdi :
La robe ambrée de sa fiole de whisky
A désormais de l'eau l'aspect translucide.
Il me regarde un instant d'un oeil vide
Il lui faut quelques secondes pour réaliser
Que l'ordre établi des choses a aujourd'hui changé
Il ne va pas supporter
Que j'ose ainsi résister
Etonnée de mon audace
Je le regarde en face...

J'ouvre les yeux
J'ai la tête qui tourne un peu
Au dessus de moi, deux bouteilles transparentes
Elles ont la tête en bas, celles-là
Et des tubulures qui serpentent
Jusque dans mon bras
Je serais donc à l'hôpital ?...
Ca tombe bien, tout mon corps me fait mal.
Soudain je me souviens, l'alcool, les coups, la douleur
Et il est là, je l'entend, je retrouve ma terreur
Il explique à quelqu'un d'une voix douceureuse
Qu'il s'en veut de ne pas avoir remplacé
L'ampoule grillée dans l'escalier.
"C'est pour ça qu'elle est tombée, la malheureuse !"
Ma bouche s'emplit d'un goût de terre
Ca ne va pas recommencer ??
Ma peur est devenue colère, et d'une voix glacée
Je lui ai dit de se taire !

Posté par _Sammy_ à 08:30 - Chrysalide - Commentaires [11] - Permalien [#]

Commentaires

  • Très bon, très efficace. Belle façon d'évoquer un drame malheureusement trop fréquent, trop courant, trop souvent recouvert par le silence. Le récit se déroule tout seul, de paroles en coups, de coups en hôpital, et de mensonge en volonté de s'en sortir, en parole de nouveau libre pour que le cauchemar cesse. C'est bien vu de répéter l'incipit en dernière phrase, les mêmes mots répétés, mais la peur devient colère. La boucle est bouclée.

    Posté par Sammy, 20 septembre 2007 à 15:32
  • C'est désespérant cette boucle qui se referme pour recommencer, on se doute bien, encore une fois... et une autre... La phrase d'introduction répétée à la fin contribue effectivement à traduire la répétition des coups à venir... La forme rencontre le fond.
    De mémoire la précédente consigne avait aussi donné lieu à une histoire de coups et blessures... ça me fait réfléchir que quels que soient les mots donnés en consigne ce sujet revienne...

    Posté par Le Chat, 21 septembre 2007 à 11:26
  • je disais bien pour les flacons. (texte précédent) Demande à l'infirmière de t'envoyer l'assistante sociale. Mais il faudra porter plainte

    Posté par brigetoun, 21 septembre 2007 à 11:42
  • le texte est trés réaliste, hélas.
    trop réaliste.
    et le travail d'écriture trés bien rendu.

    par contre, une fois sortie de l'hopital, j'irais avec brigetoun porter plainte !

    Posté par rsylvie, 21 septembre 2007 à 12:03
  • mince de mince...le salaud...
    hélas, il en existe beaucoup comme ça
    C'est bien écrit Chrysalide...

    Posté par Coumarine, 21 septembre 2007 à 20:27
  • Un texte dur, mais qui a la fin donne une note d'espoir: elle veut s'en sortir, et lui ne va pas s'en sortir comme ca...

    Posté par Janeczka, 22 septembre 2007 à 10:19
  • Magnifique, c'est le mot qui me vient à la lecture de ton texte. Je sais, c'est bien plat comme commentaire, mais tes choix d'écriture (du vers libre ?) m'ont beaucoup touchée.

    Posté par Chiara, 22 septembre 2007 à 10:50
  • C'est un bon texte...avec un rythmne qui convient bien au fond.
    Merci.

    Posté par kloelle, 22 septembre 2007 à 15:39
  • Ah quel texte et quel cri.

    Superbe. Cela m'a pris les tripes.

    Posté par ilescook, 23 septembre 2007 à 00:06
  • Un texte terrifiant. La forme est très bien venue et à la fin il y a tout de même l'espoir que ça s'arrête.

    Posté par Arthur HIDDEN, 23 septembre 2007 à 21:08
  • merci de tous vos commentaires. cette situation dramatique est hélas trop fréquente, le bourreau est tout puissant, mais il oublie qu'il est aussi victime. au dessus de lui omnipotent il y a l'alcool

    Posté par chrysalide, 24 septembre 2007 à 19:25

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