Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

05 octobre 2007

La Maison des Rêves. (Querelle)

Maison au luxe baroque, où traînent des créatures demi nues, alanguies sur des sofas purpurins. Antre de tous les crimes et j'avoue non sans honte m'y vautrer, insondables délices : hommes et femmes y sont désirs, ardents comme des braises, corps étendus vers les flammes de la cheminée, sous un grand lustre de cristal, dans l'abandon de soi le plus dérangeant et l'âcre odeur de leurs désirs perdus.

Certains portent des masques, ressuscitant Venise au-delà de leur chair, exposent cependant leurs sexes à cette fête troublante, là où la musique, impériale et sonore, bat son plein, tonitruante, comme autant de notes de cristal qui déchirent l'espace, les plaintes lénitives de l'abandon multiplié.

Mais je m'égare dans ce dédale de couloirs, au premier, second étage, ouvrant une à une les portes pour découvrir qui de ces amants et amantes perdues en ce labyrinthe feutré sera mon féal : dans une curieuse bibliothèque, miteuse et décrépie, une jeune femme de haute taille, vêtue d'une ocre tunique que condamne une ceinture de nubuck cloutée. Ses boucles d'or sont celle d'un prince, sa moue, celles d'une ingénue, improbable actrice ou mannequin, à l'innocence feinte de l'été meurtrier.

******

Les deux jeunes gens se regardent, au milieu de ces précieuses rangées de livres vermoulus, aux reliures dorées, dont l'odeur âcre se mélange à celle de leurs ceintures grandissantes.

Ils voient dans les vitres de leurs regards vitreux combien l'amour naît entre eux, que le rêve condamne déjà, désirent s'en échapper, trouver de l'autre la clé qui leur ouvrira l'amour, pour se dépecer du nubuck qui recouvre leurs corps.

Seule, la fenêtre de la bibliothèque accueille leur regard, offrant la vision d'un étrange mais triste escalier bleu et, bien au-delà, des taches de neige, faisant naître, à mesure qu'elles s'évaporent dans l'air glacé, des gerbes de verdure flamboyante - ce pourquoi il lui donna solennellement les clefs de la maison.

Posté par patitouille à 17:00 - Querelle - Commentaires [12] - Permalien [#]

Commentaires

  • je trouve ton texte très beau, querelle. je suis particulièrement sensible à ton écriture, il faut dire

    il y a peut-être quelques adjectifs de trop, qui donne à ton style un peu de lourdeur, mais l'ensemble est dans une note qui n'appartient qu'à toi.
    j'aime bien le texte coupé entre rêve et réalité. ton 1er paragraphe est très bon,je trouve.

    j'aimerais bien te lire dans un style très dépouillé, simplissime. juste par curiosité

    bravo à toi.

    Posté par pati, 05 octobre 2007 à 14:06
  • J'aime beaucoup le titre... la premiere partie du texte fait bien entendu penser a Eyes Wide Shut... la decadence digne de l'empire Romain.

    Posté par Janeczka, 05 octobre 2007 à 20:01
  • Pati : Très dépouillé ? Faudrait que je retrouve et tape de très anciennes productions mais je pense pas qu'elles te plairaient lol en tout cas merci de me signaler pour les adjectifs, c'est vrai que j'adore ça et que j'en mets sans doute trop, je pense jamais aux lecteurs, c'est juste que j'aime que ce que j'écris correponde précisement à la vision ou l'atmosphère que j'ai en tête. J'essaierai(s) de brider mon naturel et de faire plus simple à une prochaine participation

    Janeczka : peut-être mais c'est pas voulu, car je n'ai jamais lu ce livre.

    Posté par Querelle, 05 octobre 2007 à 20:18
  • Très beau je trouve. Somptuaire.

    Posté par Pivoine, 05 octobre 2007 à 21:02
  • On est dans le baroque ! j'aime la manière dont l'écriture passe et tombe sur les couleurs, les matières, les odeurs. Ton texte fait images, et fortes.
    Pour les adjectifs ? oui parfois c'est un peu trop, je pense notamment à ce pan de phrase "Ils voient dans les vitres de leurs regards vitreux".
    Peut être aussi qu'en revoyant la ponctuation ils passeraient inaperçus. Mais cela n'enlève en rien mon appréciation : j'adore. Voilà. Non mais.

    Posté par Chiara, 06 octobre 2007 à 09:06
  • Décadence et bibliothèque vermoulue, j'aime bien le mélange.

    Posté par mab, 06 octobre 2007 à 10:16
  • Difficile en effet de dépouiiler un texte de ces adjectifs qui accentuent.
    Belle ambiance ! merci

    Posté par isabel, 06 octobre 2007 à 12:32
  • Je n'ai pas lu le livre non plus, mais suis tombee sur le film tard un soir (il y a longtemps) et ce qu'en j'en ai vu me faisait penser a ce texte. Voila!

    Posté par Janeczka, 06 octobre 2007 à 13:40
  • oui vraiment la maison des rêves... j'entends la musique, je vois les masques, je devine les soupirs... et cet escalier là bas qui permet de croire en l'amour...

    Non pour moi tous ces adjectifs me permettent de m'évader en entrant en plein dans l'histoire.

    Sublime texte

    Posté par ilescook, 06 octobre 2007 à 14:02
  • baroque à souhait, velours rouge, masques vénitiens et dorures. j'adore.

    Posté par souliers vernis, 07 octobre 2007 à 11:33
  • Mon conscience orthographique voit souvent des coquilles que ma flemmardise lui dit de taire mais cette fois-ci ma conscience l'emporte :

    "décrépite" au lieu de "décrépie"

    Posté par Cédric, 07 octobre 2007 à 17:14
  • J'ai pensé moi aussi au dernier film de Kubrick, et j'ai plongé dans cette ambiance très bien décrite. Les adjectifs ne me dérangent pas, pour cette ambiance lubrique d'abondance cela fonctionne plutôt bien. Ce qui m'a déranger c'est peut-être toutes ses phrases sans verbes…
    Toutefois, elles sont mieux passées à la 2ème lecture.
    Belle plume, bravo.

    Posté par le chien, 09 octobre 2007 à 10:51

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