Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

10 octobre 2007

la maison du bonheur ( Naïra )

Comment en était-on arrivé là ? Elle s'interrogeait, sur le chemin qui la menait à sa rencontre. Les années s'étaient écoulées, lentement, inexorablement, emportant avec elles la jeunesse et la passion. Cette maison, c'était le début de la fin. Ils y avaient crût, ils avaient espéré trouver ici un nid douillet. Un, deux, trois. Les enfants étaient nés, la routine s'était engouffrée dans leur vie, par la porte laissée entrouverte.
Etait-ce de sa faute ?
Debout devant le portail il l'attendait. Elle ralentit, pour retarder un peu plus le moment où elle croiserait son regard. Par les grilles elle pouvait voir la maison. Cet escalier de pierre, le petit banc de bois sous le pommier. Elle en était tombée amoureuse au premier regard. Elle imaginait déjà leur enfant à venir courant dans l'herbe, pourchassant les chats du voisinage avec enthousiasme. Ils l'avaient visitée par un bel après-midi d'été, quand les rayons du soleil frappaient le vitrail de la porte, éclaboussant l'entrée d'or et d'indigo.
Au loin, les cris des enfants. Line, Moera et Mathys.à jamais un lien entre eux deux.
Il faisait froid, en ce mois de novembre. Les feuilles mortes jonchaient le sol, parant le gris monotone du bitume de couleurs chatoyantes.
Dix ans. Dix petites années dans cet écrin, puis plus rien. Le silence, la distance.
Elle l'aimait encore. Mais rien ne pourrait effacer les erreurs du passé.
Lentement elle approchait de lui. Il ne la regardait pas.
Le juge avait décidé de lui accorder un droit de visite. Il avait renoncé à la maison, préférant la lui laisser, "pour les enfants, tu comprends ?".
Alors elle allait demeurer là, seule avec les enfants, dans un lieu où tout lui rappelait la vie à deux.
Arrivée devant lui, elle lui sourit. Il se tourna vers elle, et sans un mot, il lui donna solennellement les clefs de la maison.

Posté par patitouille à 17:00 - Naïra - Commentaires [6] - Permalien [#]

Commentaires

  • Un texte tres melancolique aux descriptions riches. Un bon debut

    Posté par Janeczka, 10 octobre 2007 à 19:22
  • Un beau texte, si vrai de nos jours !

    Posté par brig, 10 octobre 2007 à 20:07
  • Aie.... douloureux souvenir... moi aussi j'avais une maison.

    Non, il ne m'a pas donné les clefs... et c'est moi qui a dû partir.

    Posté par ilescook, 10 octobre 2007 à 22:12
  • Doucement douloureux. Je me dis en lisant les textes de cette consigne: le passé simple, "solennellement", et le recours necessaire au plus-que-parfait imposent une tonalité de sourde nostalgie, vous ne trouvez pas?

    Posté par Jujube, 11 octobre 2007 à 08:30
  • bienvenue sur PP, Naïra

    ton premier texte ici est très doux, mélancolique, oui. mais surtout très doux à lire.
    on sent l'amour qu'il y a eu entre tes deux personnages, on sent les blessures aussi, mais il ressort de tes mots une certaine quiétude, très bien rendue.

    joli début en ces lieux, vraiment

    Posté par pati, 11 octobre 2007 à 18:40
  • un beau texte nostalgique qui laisse le lecteur plein de mélancolie

    Posté par matarjeu, 14 octobre 2007 à 17:03

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