Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

14 octobre 2007

Mathilde sur les quais. (Souliers Vernis)

Ils se promenaient sur les quais. Mathilde se laissait embrasser par la lumière, dorée en cette soirée d'automne. Son fils Jules marchait à ses côtés. En silence. C'était un endroit cher à Mathilde. Elle y venait souvent, depuis l'enfance. Un sourire venait sur ses lèvres à mesure qu'elle laissait remonter les souvenirs.

Cinq ans, son père, les jeux de ballon. Dix ans, un vélo rouge, des dérapages et les genoux écorchés. Vingt ans, les soirées au bord de l'eau avec ses amis, pour la plupart perdus de vue aujourd'hui. Trente ans, une glace partagée avec Ousmane, l'homme qu'elle avait le plus aimé. Il avait disparu un jour de novembre. Elle n'a jamais su pourquoi. Trente-cinq ans, l'émerveillement devant les premiers pas, maladroits, de Jules et la joie de son mari.

Mathilde aimait ces moments tranquilles où le silence se fait l'allié de la vie et du mouvement. Le silence, elle ne l'avait pas toujours supporté. Celui de sa mère, était lourd, pesant, mortel. Elle préférait encore les crises de rage de son père. Pendant des années, elle avait fui le silence et le calme. En leur compagnie, elle se sentait mourir.

Mathilde souriait encore en pensant à toutes les nuits qu'elle avait passées sur ces mêmes quais. Elle y avait bu souvent et beaucoup avec ses amis d'alors. Ils échangeaient éclats de rire un peu forcés, considérations sur la vie et envies de départs. Elle y avait aussi marché, sans but, seule, des heures durant jusqu'au lever du jour. Mathilde se disait encore qu'un beau jour elle avait cessé de courir, de fuir, sans qu'elle sache trop pourquoi, ni comment.

Jules, soudain, interrompit le silence et la rêverie de Mathilde : « Maman, t'as pas oublié ? C'est ce soir que je m'installe avec Marie ». Elle n'avait pas oublié. Il lui donna solennellement les clés de la maison.

Posté par patitouille à 17:30 - Souliers vernis - Commentaires [9] - Permalien [#]

Commentaires

  • très joli texte
    j'ai beaucoup aimé ce passage là:"Mathilde aimait ces moments tranquilles où le silence se fait l'allié de la vie et du mouvement.."
    bravo

    Posté par mocka, 14 octobre 2007 à 18:14
  • quel bonheur de lire un si beau texte...merci.

    Posté par sodebelle, 14 octobre 2007 à 19:45
  • Un tres beau texte, c'est vrai, quel bonheur de rentrer dans l'intimite de Mathilde et de partager ces souvenirs

    Posté par Janeczka, 14 octobre 2007 à 20:13
  • superbe en effet, quoique la consigne de la dernière phrase semble un peu plaquée...

    Posté par matarjeu, 15 octobre 2007 à 10:24
  • J'aime ces souvenirs tranquilles.... un coup d'oeil là aussi à sa vie !

    Posté par ilescook, 15 octobre 2007 à 13:37
  • j'aime beaucoup.
    Ces jalons "cinq...dix...vingt...trente" pour rythmer la vie dans ce texte.

    Posté par jade, 15 octobre 2007 à 15:00
  • J'ai beaucoup apprécié ce portrait de vie, très joliment raconté.
    Mais la consigne finale cadre mal avec le texte. Il lui donne les clefs de la maison ( de la sienne et celle de Marie ? Ou de celle de Mathilde ? ) Explique s'il te plaît ! Merci

    Posté par Amanda, 16 octobre 2007 à 10:01
  • perso, ça me parait simple : il rend à sa mère les clefs de la maison de celle-ci.
    il n'en a plus besoin, vu qu'il part s'installer avec Marie...

    ce passage à l^'âge de jeune adulte qui démarre sa vie indépendante est bien vu, je trouve. joli texte

    Posté par pati, 16 octobre 2007 à 12:00
  • Merci de tous vos com.
    Amanda, c'estr vrai, à me relire, que la fin est ambiguë. Pati a compris ce que je voulais dire : il rend à sa mère les clés de la maison familiale.

    Posté par souliers vernis, 16 octobre 2007 à 17:25

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