Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

15 octobre 2007

Il s'appelait John... (uhsn)

Nous n’étions pas des anges, certes, mais sans être pour autant de mauvais bougres. Une bande de sales gosses, avec une rageuse envie de vivre, voilà tout ce que nous étions. Rien de bien méchant.

Cette bande était à nos yeux d’enfants une famille, celle qui manquait à nos vies froides de pensionnaires.

John, lui, n’avait pas douze ans, mais sa maturité et son obstination à ne jamais baisser les yeux, quoiqu’il arrive, avait fait de lui notre chef. Je ne sais si les autres pensaient comme moi, mais j’admirais respectueusement ce petit gars au regard sombre et déterminé. Il était pour moi un exemple, un modèle, et j’étais fier d’avoir gagné sa sobre amitié.

C’est lui qui imposait son rythme au groupe, lui qui dirigeait les assemblées secrètes et nocturnes de notre groupe dans cette cabane abandonnée que l’on appelait entre nous ‘la maison’. C’était notre foyer, notre espace de liberté. Une simple cabane de bois, quelques planches branlantes assemblées auxquelles menait un petit escalier de pierre, sorti d’on ne sait où au milieu de ces bois. Un cadenas en verrouillait l’accès aux étrangers. Un tout petit cadenas, symbolique, qui faisait de ces quelques planches notre propriété, à nous qui n’avions rien d’autre.

On y a passé de bons moments, jusqu’au jour où John s’est fait piqué une fois de trop.

Une stupide histoire de briquet. Un Zippo volé au directeur, plus par bravade que par nécessité, et qui avait servit de prétexte à celui-ci pour virer de l’établissement cette forte tête, ce fauteur de troubles. Définitivement.

Nous ne sommes plus retournés dans ‘notre maison’. Non que John eut emporté avec lui la clé, mais j’avais tout de suite su ce soir là, que cet activisme secret serait totalement futile, vide, une fois John parti. Ce fameux soir qui devait me rester à vie en mémoire. Ce dernier soir où, l’œil inhabituellement humide, John avait fait de moi son successeur, me donnant solennellement les clés de la ‘maison’.

Posté par patitouille à 09:30 - Uhsn - Commentaires [13] - Permalien [#]

Commentaires

  • j'adore aussi
    Bienvenue sur PP uhsn!!

    Posté par Coumarine, 16 octobre 2007 à 22:38
  • une belle et touchante histoire d'amitié que nous fais partager. merci.

    Posté par souliers vernis, 17 octobre 2007 à 14:30
  • Le chien, Amanda, Coumarine, Souliers, merci à vous aussi !

    Posté par uhsn, 18 octobre 2007 à 18:49
  • un texte sobre et réussi
    en revanche, je ne sais si on peut parler de sobre amitié chez des ados ?

    Posté par matarjeu, 15 octobre 2007 à 10:20
  • j'adore cette histoire, d'un seul coup de lecture, on revient en arrière dans nos années d'enfance, nos révoltes et nos défis...
    Quel bonheur!
    c'est vrai - c'est vivant - c'est spontané - on s'y croirait !
    Merci pour cette bouffée de jeunesse, cela me donne envie d'aller au fond du jardin, voir dans quel état est la cabane secrète construite par mes petits enfants au fil des années ! A qui ont-il confié la clef?

    Posté par pourquoi pas, 15 octobre 2007 à 10:34
  • J'ai beaucoup aimé cette façon d'aborder la consigne ! C'est à la fois original, frais et charmant.
    Et puis, on se retrouve projeté en arrière avec force. Que de souvenirs !...

    Posté par Plum', 15 octobre 2007 à 11:52
  • J'ai bien aimé ce texte. L'amitié entre deux copains... la cabane.. l'interdit.

    Posté par brig, 15 octobre 2007 à 12:44
  • Super ce texte et original... personne n'avait abordé la consigne sous cet angle...

    Ah les "cabanes" d'enfant.... une part de rêve !

    Posté par ilescook, 15 octobre 2007 à 13:32
  • oui bravo pour la sobriété du texte. Pas de détails superflus. Chaque mot est à sa place.

    Posté par fabeli, 15 octobre 2007 à 15:25
  • c'est une belle entrée en matière sur PP, Uhsn.

    bienvenue à toi, et merci pour ce très joli morceau d'adolescence donné en lecture.

    Posté par pati, 15 octobre 2007 à 16:20
  • Pour continuer dans la sobriété :
    Merci.
    Beaucoup, et à tous.
    Pour avoir lu. Pour m'avoir donné à lire de belles choses.

    Posté par uhsn, 15 octobre 2007 à 18:13
  • L'amitié est le seul sentiment humain réellement désintéréssé et totalement fraternel où la tête est pour une fois entièrement d'accord avec le coeur.

    Je la trouve plus forte encore au masculin car, peut-être pour palier à notre effroyable égoisme naturel, nous tendons vers une vertue qui fait la différence entre un garçon et un homme :
    la loyauté.

    J'éprouve toujours beaucoup de plaisir quand j'aperçois ce sentiment qui est indestructible quand il est pur, et ton texte en est une éloge.

    Posté par le chien, 16 octobre 2007 à 10:40
  • Une atmosphère du " Cercle des poètes disparus"...
    J'adore !!!

    Posté par Amanda, 16 octobre 2007 à 12:56

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