Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

15 octobre 2007

La lettre ( Cédric )

« Tenez » fit-il en lui tendant un papier.
Surprise, elle me fit signe ; je m’assis près d’elle et, devinant un frisson, lui pris la main.
« Lis avec moi. » Nous lûmes en silence, dans l’intemporalité de cette étude notariale, une lettre manuscrite.

17 janvier 1940

Marion,

Tu n’existes que depuis quelques jours mais voici le destin qui déjà m’oblige à partir loin de toi.

Je sentis une émotion nous gagner, sa main serra davantage la mienne, mon cœur se mit à battre plus fort.

Cruel destin que le tien, mon enfant :  une mère qui juste avant son dernier soupir te fait son premier et unique baiser, et maintenant un père qu’un conflit t’enlève. Si tu lis cette lettre, c’est que la guerre m’aura prise à jamais, puisse Dieu m’en préserver.

Nous échangeâmes un regard, un voile de larmes couvrait ses yeux, qu’un clignement de paupières fit perler, une goutte mouilla la lettre. Mon amour pleurait et je n’avais, en cet instant, que ma présence pour la consoler.

Je suis persuadé que ta tante a pris soin de toi et qu’elle t’a bien éduquée. Sache que maintenant, hier et demain, je suis près de toi et que mon amour te protège. Sache qu’où que je sois, c’est te voir souriante, heureuse, joyeuse qui me comble, sache que les pleurs et la tristesse passent comme passent les oiseaux dans le ciel.

Je la vis esquisser un sourire. Je posai mon bras autour de ses épaules et un baiser sur ses larmes.

Je prie pour que ta vie soit belle, que tu te sentes aimée, entourée, choyée.

Elle se tourna vers moi et je vis dans ses yeux qu’elle répondait ‘oui’ à son père.

Enfin, si tu lis cette lettre c’est qu’un vieil ami et sa femme m’ont rejoint ; à ce couple d’amis, j’ai confié une maison le temps de la guerre ou, si je venais à disparaître, le temps de leur vie. Cette maison se situe dans un coin paisible et tranquille au cœur de la nature. Cette maison est désormais la tienne.

Ton père qui t’aime.

Je vis le notaire se lever, faire quelques pas vers Marion et il lui donna solennellement les clefs de la maison.

Posté par patitouille à 17:00 - Cédric - Commentaires [10] - Permalien [#]

Commentaires

  • Merci à tous pour vos commentaires.

    Ne serait-ce qu'avoir un seul commentaire, c'est le signe que le texte a été lu, qu'il a rencontré un regard, qu'il a donc atteint son but.

    Merci encore.

    Posté par Cédric, 16 octobre 2007 à 21:36
  • oui Cédric, c'est un beau texte plein d'émotions

    Posté par Coumarine, 16 octobre 2007 à 22:37
  • Comment ne pas aimer ce teste, et cette lettre et cette émotionqui nous prend à la gorge

    Merci !

    Posté par ilescook, 17 octobre 2007 à 15:32
  • Oui Cédric, ton texte a été lu et il a rencontré mon regard embué de larmes.

    Posté par Noisette, 23 janvier 2008 à 16:18
  • Tu es vraiment incroyable mon amour !

    Posté par Ludmilla, 04 février 2008 à 20:48
  • Un texte rempli d'emotions... L'atmosphere est tres bien rendue... les mots me manquent.
    Bravo.

    Posté par Janeczka, 15 octobre 2007 à 17:19
  • Chair de poule... Sensation étrange...
    Ca veux dire que j'ai aimé !
    Merci, c'était un joli texte...

    Posté par uhsn, 15 octobre 2007 à 18:11
  • la mort,la guerre,et heureusement l'amour...toujours.

    Posté par Jade, 15 octobre 2007 à 20:58
  • Une belle histoire où la tristesse ne laisse pas de place à l'amertume. Très agréable à lire aussi.

    Posté par virgul, 16 octobre 2007 à 08:15
  • cédric, ton texte est original, j'aime la césure lettre lue-narration.
    il est très bien écrit. émouvant. une réussite.

    Posté par pati, 16 octobre 2007 à 12:13

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