Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

17 octobre 2007

La clef des secrets (cassymary)

- Parle-moi de cette photo, tu veux bien? C’est toi qui las prise?
- C’est le vieil escalier qui mène à  la maison de ma grand-mère. La rampe est rouillée et la pierre noircie par le temps. J’y ai usé mes fonds de culotte quand j’étais gosse.
- Tu en gardes de bons souvenirs à ce que je vois!
- Oui ! On s’installait toujours sur la même marche. La troisième en partant du haut. Le soir, on y prenait le frais jusqu’à pas d’heure. La journée, on y étalait la dînette ou les poupées. Plus grande, j’y passais des heures à bouquiner, le dos calé par un coussin que j’avais chipé sur le canapé du salon.
- Et la maison ?
- Je dormais au grenier. Il y avait un petit fenestron par lequel j’apercevais le ciel. Il y faisait froid l’hiver.
J’avait un gros édredon de plumes sous lequel j’aimais me pelotonner dès la nuit tombée. J’aimais bien les vacances chez ma grand-mère.
- Et quand tu rentrais chez toi ?
- Je n’ai pas envie d’en parler.
- Tu n’en n’as pas de souvenirs ?
- Je ne veux pas en parler je vous dit. J’ai fermé la porte de ces souvenirs-là.
- On peut la rouvrir ensemble si tu veux.
- Non ! De toute façon, j’ai jeté les clefs il y a longtemps.
- Je peux t’aider à les retrouver, si tu le désires.
- Merde !

Elle s’enferma dans son mutisme habituel, la mâchoire crispée. Il n’obtiendrait plus rien d’elle. Du moins pas cette fois.
Il tenta une dernière approche.

- Regarde : j’ai trouvé ces 2 petites clefs dans mon grenier, enfermées dans un coffre plein de secrets. Toi aussi tu as des secrets, n’est-ce pas ? Tu les gardes bien cachés à l’intérieur, enfouis au plus profond de tes entrailles.
- J’me barre, j’en ai marre d’entendre vos conneries, M’sieur le psy je sais tout.

Elle se leva d’un bond.

- Ok. Je t’attends pour la prochaine séance lundi à 14h. En attendant prends-les, c’est cadeau, elles sont en argent je crois.
- Qu’est-ce que vous voulez que j’en foute...
- Garde-les dans ta poche. Disons qu’elles sont les clés de ta maison à secrets, celles que tu caches si bien depuis toutes ces années. Celles que tu as peur d’utiliser.
Parce que tu as la trouille n’est-ce pas ? Tu crânes mais tu n’en mènes pas large. Moi je te lance un défi : ouvrons cette maison ensemble. Je ne te laisserai pas tomber, c’est promis
.

Il avait touché juste, il le sentit au regard qu’elle lui lança.

- Allez ! Tiens, prends ! Qu’est-ce que tu risques ? T’as 2 jours pour réfléchir. Libre à toi de les utiliser à notre prochaine séance.

Elle tendit la main et il lui donna solennellement les clefs de la maison.

Posté par patitouille à 09:30 - Cassymary - Commentaires [17] - Permalien [#]

Commentaires

  • et voici le dernier des textes publiés pour cette consigne.
    je sais, il est trop long (2500 caractères), mais je le trouve carrément excellent.

    cassy, je sais comme ces sujets te tiennent à coeur, tout comme à moi, d'ailleurs.
    et j'ai tenu à mettre ton texte en exergue, de façon à ce que les participants de PP puissent le savourer à sa juste valeur.

    tu as parfaitement rendu ce dialogue tendu qui peut exister entre un psy et son patient, voire entre conscient et inconscient...
    ya pas un mot de trop, c'est fort bien dosé, très bien raconté, je trouve ça particulièrement émouvant et j'ai plein de souvenirs (cocasses pour certains et assez intenses pour d'autres) qui grâce à toi me sont revenu en mémoire )

    merci beaucoup, cassyjolie, pour ce texte magnifique.

    avec largo et toi, nous fermons cette consigne en beauté )

    Posté par pati, 17 octobre 2007 à 09:41
  • Je suis tout a fait d'accord avec toi, Pati. C'est un tres bon dialogue; le coup du psy, il fallait y penser!

    Posté par Janeczka, 17 octobre 2007 à 10:18
  • Brillant ! C’est vrai que c’est long, mais je ne m’en suis pas rendu compte tant le récit est bien mené.

    Posté par Vagant, 17 octobre 2007 à 11:20
  • Quel beau texte et quel beau dialogue !

    Trop long ? on ne s'en aperçoit pas du tout tant on est pris par cette histoire !

    Merci

    Posté par ilescook, 17 octobre 2007 à 11:46
  • Un texte surprenant qui semble continuer celui qui, plus bas, parle de la petite fille enfermant ses souvenirs dans le coffre au grenier.

    Posté par Naïra, 17 octobre 2007 à 12:02
  • Très beau texte. La relation parfois tendue qui peut exister à certains moments entre un psy et son patient est fort bien rendue. Comme Naïra, je trouve que ton texte ce rapproche de celui de Charlotte. Cette façon d'aborder la consigne à travers la valeur métaphorique est intéressante et inattendue.merci pour ce bon moment de lecture.

    Posté par souliers vernis, 17 octobre 2007 à 12:29
  • Ma première idée pour cette consigne était celle-là même que tu a développé, chose que je n'ai pas réussi à faire... pour résumer, c'est le texte que j'aurais aimé écrire.
    Beau, puissant... Rien à redire !

    Posté par uhsn, 17 octobre 2007 à 13:47
  • Ton texte vient d'ouvrir une porte sur une manière d'écrire que j'ai souvent....C'est drôle d'ailleurs.
    Tu vois...On ne sait jamais quelles portes la clé de nos mots va ouvrir....

    Posté par kloelle, 17 octobre 2007 à 14:12
  • Chère Cassy
    Ton texte est magnifique...passionnant de bout en bout
    Raison pour laquelle en effet on ne s'aperçoit pas qu'il est fort long...
    Mais j'ai essayé de voir s'il n'était vraiment pas possible de le raccourcir pour arriver aux 2000 signes max...il y a moyen de le faire sans le moins du monde nuire ni au texte, ni à sa belle écriture...
    Cela demande du "courage" de couper dans son texte, et pourtant le résultat en est parfois surprenant: les mots y gagnent encore en densité, en force...
    Quoi qu'il en soit, pour la consigne suivante, je rappelle ma demande EXPRESSE de ne pas dépasser les 2000 signes
    Ne le prends pas pour toi, tu sais l'amitié que j'ai pour toi...
    D'accord?

    Posté par Coumarine, 17 octobre 2007 à 15:04
  • Curieux ce "tu-vous" entre analysant et analysé non?
    J'en déduis qu'il s'agit d'une toute autre relation entre eux mais peut-être que je me trompe?

    Posté par Jade, 17 octobre 2007 à 15:06
  • Ton texte et le mien...Pour ceux qui ne comprennent pas le mien, il suffit de lire le tien.
    J'aime beaucoup ce que tu as écrit je m'y sens chez moi!

    Posté par Charlotte, 17 octobre 2007 à 15:11
  • On entre dans le secret de la confidence entre l'anlysant et l'analysé. Le dialogue est clair, vrai. Comme Jade je suis surprise du tutoiement !

    Posté par brig, 17 octobre 2007 à 15:45
  • la cerise sur le gâteau !

    Posté par sodebelle, 17 octobre 2007 à 15:54
  • Excellent texte en effet....

    Pour ma part j'envisage plutôt que le psy s'adresse à "une jeune personne", d'où le tutoiement et le "jeu des clés"....

    Qui plus est la métaphore est bien amenée, bien rendue, alors qu'elle pourrait être ressentie comme un peu éculée (les clés de la maison de l'inconscient), il n'en est rien ici !

    Belle prouesse d'écriture, dans ce style, tu excelles Cassymary !

    Posté par oeilavues, 17 octobre 2007 à 16:12
  • MERCI

    Quelques précisions:
    oeilavues a... Bien vu. Le psy s'adresse en effet à une ado. D'ou le tutoiement et le jeu des clefs.
    Coum: je comprends ce que tu dis et ça ne me vexe pas, ne t'en fais pas. J'ai déjà expliqué à Pati que j'avais raccourci mon texte avant de le lui envoyer (et comme tu le dis si bien, c'est très difficile de faire des coupures dans un texte qu'on a pensé très fort, d'autant plus lorsqu'on y met beaucoup, beaucoup de soi) et je n'arrivais plus, émotionnellement, à le réduire encore. Tu comprends ce que je veux dire?
    Il est rare que j'écrive trop long ici. Bon! Je te promet que je ferai encore plus atention la prochaine fois.
    J'ai écrit ce texte dimanche, en catastrophe. Avant, je n'arrivais pas à y penser, à trouver l'inspiration. Et puis les mots sont venus, comme souvent, au moment où il fallait, pour me "soulager". C'est bizarre vos coms, parce que je ne calcule rien, les mots viennent comme ça. Sans que je cherche à faire un exercice de style.
    Ben voilà! vous ne le savez pas mais tout ce que vous dites sur ce texte m'aident.... En quelque sorte.

    Posté par cassy, 17 octobre 2007 à 16:34
  • OUi, Cassy, je comprends et je te remercie...

    Posté par Coumarine, 17 octobre 2007 à 21:37
  • j'aimerai bien qu'ils soient tous comme lui !

    merci pour ce beau texte, qui en plus
    me permet de comprendre, la façon la plus positive d'introduire un dialogue dans un écrit;

    Posté par rsylvie, 18 octobre 2007 à 10:58

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