Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

18 octobre 2007

4. Défi d’Agora (Cassymary)


Mauvaise surprise, le quai du métro est noir de monde !

Je m’avance au milieu de cette foule compacte, les yeux fixés sur cette affiche.

Elle est placardée sur le quai d’en face. Une photo d’un bâtiment futuriste.

Fixer ces centaines de fenêtres. Les compter. Ne pas réfléchir.

Je tremble. Ne pas flancher.

Compter les fenêtres. Compter.

Je commence à avoir des difficultés à respirer.

Non! Lutter. Ne pas la laisser s’emparer de mes pensées.

Compter les fenêtres. Compter.

Mes jambes flageolent, mes muscles se tétanisent.

Fixer l’affiche. Compter les fenêtres. Compter.

Le métro n’arrive pas. Les gens s’agglutinent. Le danger se rapproche.

Compter les fenêtres. Bon dieu ! Compter. Ne pas se déconcentrer.

J’essuie mes mains moites sur mon jean. J’ai chaud. J’étouffe.

STOP ! Fixer les fenêtres. Compter. Merde ! Compter. Compter!!!

Ils lisent leur journal. Ils discutent par petit groupe. Ils rient. Ils parlent fort.

Ne pas les écouter. Compter.

Ne pas les regarder. Compter.

Je me balance d’un pied sur l’autre.

J’ai mal au ventre. J’ai mal au cœur.

Compter les fenêtres. Bon sang, compter !!!!

Le dégoût monte à mes lèvres.

Ne pas y penser. Compter les fenêtres.

Respirer lentement. Respirer et compter.

Ne pas se déconcentrer.

Je n’y arrive pas. Je n’y arrive plus.

Je ne les vois pas. Je ne les entends plus.

J’arrive plus à compter. Les fenêtres d’en face. J’y arrive pas !!!!!

Les images se voilent, mes pensées se troublent.

Une petite mort s’installe, insidieusement, irrémédiablement.

Ne pas mourir, ne pas y penser, ne pas le désirer.

Fuir !

Echec !

Le métro arrive. Je suis loin déjà !



Posté par Coumarine à 18:00 - Cassymary - Commentaires [22] - Permalien [#]

Commentaires

  • Un texte parlant. La panique, l'angoisse, des émotions que je connais bien quand je suis face à l'ascenseur ! Bravo Cassy, tu as exprimé exactement ce que je ressens dans ces moments là.

    Posté par brig, 18 octobre 2007 à 18:13
  • Combien de fois me suis-je retrouvé dans cette situation précise, avec ce monde et cette goutte de sueur qui se forme sur la tempe...?

    Magnifiquement retranscrit...

    Posté par uhsn, 18 octobre 2007 à 18:41
  • Il y a une impression de vécu incroyable dans ce texte...Bravo.

    Posté par kloelle, 18 octobre 2007 à 19:12
  • Moi qui te connais un peu Cassy, je sais ce que tu décris là...
    Et c'est incroyablement bien redonné, cette panique de la foule, cette obligation de se concentrer sur quelque chose qui permet de tenir le coup (ici le comptage des fenêtres sur une affiche...)
    Tu le sais hein? que tu écris vraiment TRES bien
    Que tu t'y connais pour faire entrer le lecteur de plein fouet dans ce que tu décris???
    C'est fort!

    Posté par Coumarine, 18 octobre 2007 à 20:52
  • C'est l'usage quasi général des infinitifs qui donne au texte cette allure de halètements d'angoisse...ça vaut la peine de le souligner

    Posté par Coumarine, 18 octobre 2007 à 20:54
  • Un texte fort, proche de la folie, j'ai pris beaucoup de plaisir à le lire. Bravo.

    Posté par antigone, 19 octobre 2007 à 06:37
  • c'est étrange, j'avais la même inspiration pour cette consigne, cette angoisse quasi-indéscriptible sur laquelle j'avais du mal à poser des mots, on en perçoit ici toute l'intensité dans ce texte très fort

    Posté par chrysalide, 19 octobre 2007 à 08:01
  • je ne connais pas cete angoisse dans la foule, mais grâce à votre écriture j'en ai ressenti toute la violence et l'horreur. Bravo !

    Posté par matarjeu, 19 octobre 2007 à 09:36
  • je te souhaite de pouvoir un jour bannir de toi ton quotidien, comme tu as sorti de toi les mots de ce texte... avec autant de brio, tant qu'à faire... ! ))

    excellent texte, cassy, qui me rappelle celui que je t'avais dédié

    Posté par pati, 19 octobre 2007 à 10:55
  • Ah oui. C'est tout simplement excellent. Le genre de texte où on 'y' arrive. Tu 'y' arrives, tu 'y' es arrivée, à écrire l'émotion totale. C'est magnifique, bravo Cassy.

    J'espère que ça t'a fait du bien, de sortir ça. Mettre des mots...

    Posté par Pivoine, 19 octobre 2007 à 15:54
  • Oui, ça m'a fait du bien. Ecrire c'est ma thérapie ;o) Je ne sais parler que de ce que je connais. C'est déjà pas si mal.

    Posté par cassy, 19 octobre 2007 à 17:14
  • Crise de panique

    Houlà, j'ai eu l'impression de vivre ta crise de panique....J'ai déjà ressenti ça..C'est vrai qu'il ne faut pas penser..Fixer son esprit sur quelque chose...La prochaine fois que ça m'arrive, je penserai à toi...Bravo....

    Posté par juliette03, 19 octobre 2007 à 17:28
  • Un texte qui met mal a l'aise tellement il est bien ecrit. On ressent toute l'horreur comme si on y etait. Bravo.

    Posté par Janeczka, 19 octobre 2007 à 18:00
  • J'étais réticent au début de ma lecture, mais j'ai ressenti après coup cette panique, cette luttepour ne pas s'effondrer.

    Je ne suis pas vraiment sujet à cette angoisse dans la foule (sans doute suis-je trop "mental"), mais cela m'est arrivé.
    Dans ces moments là, je me sens surtout "étranger", mon monde s'écroule. Ce n'est pas une angoisse irréprèssible, mais vraiment l'étrangeté. Camus a décrit exactement ce ressenti.

    Je pense de plus en plus, que les gens qui angoissent ainsi ont en fait des dons télépathiques et qu'ils captent les formes de pensée des gens, mais sans réellement les "voir".
    Je parle de cela car je connais une personne ainsi et ce n'est pas de la claustrophobie.

    Posté par Pluto, 19 octobre 2007 à 19:22
  • Un texte d'une étonnante vigueur et d'une étonnante véracité: qui a connu les crises d'angoisse sait à quel point tu as raison. Tout y est... J'applaudis ta plume et ton réalisme. Bravo!

    Lorraine

    Posté par Lorraine, 19 octobre 2007 à 22:26
  • J'ai senti l'angoisse monter au fur et à mesure que les mots défilaient.

    Posté par mab, 20 octobre 2007 à 08:09
  • L'idée de la photo reprise en une affiche.. j'y ai aussi pensé dans mon interpétation de la consigne...

    Cette affiche augmente le malaise suscité par ce quai noir de monde.

    Bravo pour ce texte où l'on perd le souffle et dont on ressort les mains moites

    Posté par ilescook, 20 octobre 2007 à 13:56
  • Quel talent! Tu réussis à nous plonger dans l'angoisse. Une angoisse humanisée, vécue par celui/celle qui lutte contre elle.

    Posté par Arthur HIDDEN, 21 octobre 2007 à 12:45
  • Puissant... un récit qui "respire" comme la montée de la crise de panique. Une vraie réussite

    Posté par Ello4vents, 22 octobre 2007 à 23:55
  • Très juste description de l"agoraphobie", je pense que cela s'appelle ainsi !
    Je connais aussi, sur le périph' entre des camions !
    Du vécu ?

    Posté par Amanda, 23 octobre 2007 à 12:15
  • Du Survécu (si je puis dire) pour la phobique sociale que je suis !

    Posté par cassy, 23 octobre 2007 à 16:00
  • Je n'aime pas la foule mais pas au point d'en être malade, tout juste mal à l'aise.
    Mais à travers ton texte, j'ai vécu cette angoisse, son ascension, sa façon de s'amplifier, de prendre possession du corps et de l'esprit. Tout est si bien écrit qu'on a l'impression d'avoir les battements cardiaques qui s'accélèrent.
    Bravo !

    Posté par Plum', 23 octobre 2007 à 19:56

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