Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

19 octobre 2007

7. Altéréalité (Ello4vents)

Mauvaise surprise, le quai du métro est noir de monde !
Anton n’aurait jamais imaginé qu’il puisse y avoir tant de proscrits. Et au niveau 3 en plus !
Cette idée lui flanque le vertige. NIVEAU -3. C’est ce qu’il a lu sur le mur, quand le grand ascenseur métallique a ouvert ses portes et déversé son chargement de bannis du jour.
Il ne sait plus si le fait de savoir lire est une chance ou une malédiction ; il a pris conscience brusquement qu’il se trouvait à plus d’un niveau au dessous du sol, à une profondeur qu’il avait du mal à évaluer. Comme un enterré vif.
Il a vite réprimé la petite musique de la panique.

D’accord, il est dans les bas niveaux. D’accord, il n’est plus un citoyen. Et il ne comprend pas pourquoi il est là. Mais il est vivant, il peut respirer - l’air est même beaucoup plus léger qu’à l’extérieur et comme… fleuri, enfin pour ce qu’il sait encore des fleurs -, et il peut se déplacer, marcher, courir…. Chercher une issue quelque part… ou quelqu’un.
Il déteste déjà ce quai, trop empli, sa couleur. Personne ne s’y parle. Et les regards font peur. Il préfère les éviter, fuir.

Il court vers les couloirs, se cogne aux carrelages glacés, grimpe et descend des escalators à l’arrêt qui ne le mènent nulle part, reviennent toujours au même point, sur ces éternels couloirs froids et sombres, sur de nouveaux escalators tout aussi morts. Il court et ne sait plus depuis combien de temps. Sans cesse il a l’impression pénible d’être observé. Oh échapper à l’angoisse ! Et à ce bruit terrible. Il ne l’avait pas remarqué ce bruit, strident, qui enfle, qui hurle à ses oreilles, secoue tout son corps…

« Hé Anton, réveille-toi camarade, on arrive à la station »

C’est Lyla et son parfum de fleurs qui le presse. Hébété, il quitte son compartiment comme un automate. La réalité lui claque au visage. 6 heures du matin à Novossibirsk. Il faut jouer des coudes pour s’extraire de la masse compacte. Le quai du métro est noir de monde.

Posté par Coumarine à 17:30 - Ello4vents - Commentaires [9] - Permalien [#]

Commentaires

  • Une ambiance tres film de science fiction!
    J'aime bien la boucle de la fin. Reve dans un reve?

    Posté par Janeczka, 19 octobre 2007 à 18:08
  • Est-ce la photo ou le métro qui nous fait prendre le genre SF. Pour moi c'est ce qui m'est venu tout de suite à l'esprit.

    Posté par mab, 20 octobre 2007 à 08:05
  • J'aime bien la répétition de la phrase: "le métro est noir de monde" à la fin. Et belle idée de faire rêver le personnage.
    Petit bémol: La photo?

    Posté par cassy, 20 octobre 2007 à 11:12
  • La photo peut être interpétée parle kaleidoscope qu'il a dans sa tête..

    Posté par ilescook, 20 octobre 2007 à 14:02
  • Oui, l'ambiance science-fiction s'est imposée d'emblée dans mon esprit à cause de la PHOTO. Elle est omniprésente, pour moi : enchevêtrements de fausses perspectives, de voie sans issues, quelque chose d'un peu inquiétant, que j'ai essayé de traduire dans mon petit récit, et qui tend vers l'oppression....oppression qui hante même le rêve.

    Posté par Ello4vents, 20 octobre 2007 à 14:52
  • beau travail, je trouve, et belle interprétation de la photo comme tu l'as expliqué toi-même.

    Posté par sodebelle, 20 octobre 2007 à 20:34
  • ah oui!!!
    magnifique texte
    Et en effet la photo est présente en tant que métaphore...dans tous les sens que tu nous dis...
    C'est un vrai texte de SF...très réussi!

    Posté par Coumarine, 20 octobre 2007 à 21:45
  • J'aime beaucoup ce texte plein de finesse et très bien écrit. Chapeau!

    Posté par Arthur HIDDEN, 21 octobre 2007 à 12:32
  • Très réussi, et agréable à lire ! Ambiance SF, bien sûr, mais on y croit.

    Posté par antigone, 21 octobre 2007 à 13:51

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