Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

22 octobre 2007

19. Vous, Jeanne (Francine)

Mauvaise surprise, le quai du métro est noir de monde ! Vous auriez préféré un peu moins d’invités mais qu’à cela ne tienne, vous vous plierez aux quatre volontés de ces inconnus. Plop ! Champagne pour tous et tous au champagne ! Insatisfaite que vous êtes, vous vous éclipsez déjà de cette douce sauterie.

Dehors, le temps s’est un jour arrêté. Les vautours numériques guettent les champs bétonnés, à jamais déminés de toute trace d’humanité. Confinée dans cette architecture complexe, répétitive, Mère Nature est bien seule. Toute seule.

Un bâtiment s’éclaire. Vous vous dirigez vers cette cathédrale et, sans même y réfléchir, vous pénétrez ce monde clair-obscur au silence infini. Vos pas résonnent loin tant les dimensions du lieu impressionnent. Les vitraux longilignes suggèreraient-ils l’arrogance d’une société épuisée ? Pourtant, leurs éclairs bleutés vous guident vers ce prie-Dieu.

Vous vous y agenouillez, sans mot dire ni soupir.

Quelqu’un chuchote. Vous gardez vos yeux fermés, et toute éveillée, vous ressentez cette voix. Ces voix ; ils sont plusieurs. Un baryton, un ténor, une soprano, à trois murmurant, suppliant, commandant. Il est plus que temps d’intervenir, de partir, vous entendez vous dire. Votre croisade sera longue, pénible, parsemée d’embûches. Munie de vos plus simples atours, c’est devant la prochaine présidente que vous aurez à exercer toute votre persuasion, avant de prendre les devants en terre ennemie.

Toujours à genoux, toujours la tête basse, vous tendez les bras, les paumes ouvertes pour recevoir les offrandes : vos armes de guerrière. Une binette. Une rasette. Un sarcloir. Elles ne vous quitteront plus.

La foi brûle votre corps.

A moins que ce ne soit la fièvre. Lentement, vous rouvrez les yeux : vous parcourez de votre regard ce grand magasin que vous connaissez si bien et dans lequel on vous emploie. Assise à votre caisse, les clients attendent leur tour en troupeau organisé.

C’est la dernière fois, vous le savez, que vous décomptez leurs articles.

Posté par Coumarine à 17:30 - Francine - Commentaires [9] - Permalien [#]

Commentaires

  • Intriguant comme texte... j'aime la fin. Je ne suis pas fan du vouvoiement d'habitude, mais la ca ne me gene pas, au contraire!

    Posté par Janeczka, 22 octobre 2007 à 18:18
  • Atmosphère méphitique...
    J'avoue ne pas comprendre où tu veux nous emmener...alors je vais attendre les commentaires de ceux qui sont plus perspicaces que moi.

    Posté par kloelle, 22 octobre 2007 à 19:38
  • Je pensais avoir parsemé quelques indices dans le texte qui permettraient de comprendre à quoi je fais allusion... Soit je n'en ai pas mis assez, soit j'ai un peu trop mêlé les genres pour que cela soit compréhensible : je ne pensais ni à être intriguante et encore moins "méphitique" mais juste un peu parodique . J'attends encore un peu pour voir si quelqu'un trouve, sinon, je donnerai la clé ce soir.

    Posté par Francine, 23 octobre 2007 à 07:54
  • Un rève étrange...

    Posté par mab, 23 octobre 2007 à 08:45
  • Jeanne d'Arc s'est reincarnee en caissere de Jardiland!
    Quand on y pense, c'est plutot drole...

    Posté par Janeczka, 23 octobre 2007 à 09:14
  • Bravo Janeczka ! Il s'agit bien d'une Jeanne d'Arc, devenue caissière dans un monde un peu science-fiction. Et plus précisément de l'épisode où elle entend des voix.

    En fait, la première partie du texte sert juste à planter le décor, un monde futuriste (ou parallèle, comme on veut...) somme toute classique : des gens vivant sous terre, une "surveillance", une nature presque inexistante... bref, un monde où il faut faire au moins une énorme révolution pour que ça change. Qui d'autre qu'une "Jeanne d'Arc" pourrait mieux faire l'affaire dans pareille situation ?

    La deuxième partie du texte s'attarde donc dans l'état semi-conscient où elle se trouve et où elle entend les fameuses voix qui lui somment de partir révolutionner ce monde en l'équipant des "armes" adéquates pour replanter fleurs, arbres et forêts.

    Voilà, voilà. Bon, malgré tout, j'ai l'impression que j'ai dû un peu trop "fumer" en écrivant ce texte qui n'a pas l'air facilement compréhensible pour tout autre lecteur que moi-même ! J'essaierai de faire mieux à la prochaine consigne .

    Posté par Francine, 23 octobre 2007 à 21:21
  • Voilà, voilà. Bon, malgré tout, j'ai l'impression que j'ai dû un peu trop "fumer" en écrivant ce texte…

    Ha ha, oui, je le crois aussi.

    Et alors ? Fort de ton commentaire j'ai relu ton texte, et ça fonctionne très bien, c'est super original.
    Allez fait tourner Francine, tu m'a donné envie de triper pour la prochaine consigne. arf.

    Posté par le chien, 24 octobre 2007 à 09:57
  • Jeanne d'arc en filigrane je l'avais vu....Mais j'avais du mal à comprendre ce qu'elle venait faire dans cette histoire...Bien bien...A la lumière de tes lumières...J'entrevois....LOL

    Posté par kloelle, 24 octobre 2007 à 12:28
  • Finalement, je n'étais pas très loin...Avant d'avoir lu les coms, je pensais à une "sainte"..enfin, à une religieuse qui allait entrer au couvent...Fini la caisse...adieu clients..elle ne se consacrera + qu'à dieu...Après tout, Jeanne était une sainte...Elle devrait venir bouter les clients qui vont dans les magasins le dimanche et empêchent notre petite caissière de prier dieu....

    Posté par juliette03, 24 octobre 2007 à 15:56

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