Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

23 octobre 2007

23. Miroir des fleurs (Querelle)

Mauvaise surprise, le quai du métro est noir de monde !

Mais je me suis engouffré dans la brèche. Mortel parmi les mortels. Minute mortelle. J'étouffe parmi les vivants. J'attends.
L'absence d'éternité me pèse.

Des créatures adipeuses et de sveltes naïades s'enfoncent dans les profondeurs et me submergent. Je sens du Jasmin, de lourds parfums de Vanille, de Rose, d'Iris. Je défaille. Je jouis du monde terne mais parfumé qui s'offre à moi, quand s'ouvrent les portes du métro, où nous nous entassons, dans une proximité essentielle, superficielle.

Un inconnu me regarde.
Je le sens.
Ses Iris bleutés rencontrent mes yeux vairons. Je sais, je sens, qu'il m'aime.

Et je l'aime aussi. Nous ne nous reverrons plus car comme les vagues, je disparais, mon corps d'un mètre quatre vingt, happé par des géants, comme réduit en poussière : une équipe de rugby, des arbres, des colosses, des molosses aux mâchoires carrées, me plaquent contre la porte arrière, où mon corps se compresse. Détresse. Je ne suis plus qu'un tas d'os : l'inconnu est perdu, perdu pour toujours - les Orchidées sont éphémères.

Submergé, je ne parviens pas à me dégager de ces corps monumentaux, je me sens risible, la Pâquerette qu'on écrase. Je rate la station. Je serai en retard. L'amour perdu, quelle importance d'être en retard, d'être à l'heure, d'être au monde ?

J'affronte cette station mystérieuse que je n'ai jamais vu, pour y voir un entrelacs de miroirs biscornus, plaqués contre les murs ternes, en quatre filaments longilignes comme des tiges, montant au ciel, paradis de béton.  Et, dans chaque miroir, mon visage sème mille reflets, où je crois voir l'Orchidée. Je me retourne, ivre d'espoir, geste emporté, pour me rendre compte qu'en ce monde bétonné, ne pousse aucune fleur, n'en reste que les parfums futiles et éventés ; seul au monde, figé dans un monde en mouvement, j'aurai dû me douter que ces miroirs sont déformants.

Posté par Coumarine à 17:30 - Querelle - Commentaires [9] - Permalien [#]

Commentaires

  • Très joli, fin et poétique... J'ai beaucoup aimé...

    Posté par uhsn, 23 octobre 2007 à 18:07
  • Tres poetique en effet. De belles tournures et figures de style. J'apprecie beaucoup.

    Posté par Janeczka, 23 octobre 2007 à 19:28
  • C'est très beau, en effet. Il y a de belles images, de jolies expressions aussi. C'est un peu baroque comme ambiance. J'ai beaucoup aimé.

    Posté par Plum', 23 octobre 2007 à 21:45
  • Quelle belle utilisation des fleurs pour embaumer un texte qui m'a fait furieusement penser à "la Foule" de Piaf !

    Bravo !

    Posté par ilescook, 24 octobre 2007 à 11:14
  • Je lève le doigt...Est-ce que j'ai un esprit tordu !..Je n'ai pas tout compris ou, au contraire, ai-je tout compris...

    J'ai compris que c'était le regard d'un mec svelte et homo, peut-être transsexuel, ébloui par le regard d'un rugbyman, homo, lui-aussi... c'est ça ?..ou ai-je l'esprit encore + biscornu que ce miroir...L'orchidée m'y fait aussi penser..Les autres coms ne m'ont pas guidé...Allez, je retourne lire une seconde fois....

    Posté par juliette03, 24 octobre 2007 à 15:35
  • Plus je lis, plus je m'accroche à mon idée..Querelle, explique-moi... ai-je tout compris ou ai-je tout faux ?..Mon esprit par moment, est plus tordu qu'une liane..

    Posté par juliette03, 24 octobre 2007 à 15:42
  • pourquoi serait-ce biscornu que le narrateur soit homo ? il y a bien des narrateurs hétéros !
    c'est un très beau texte, à l'écriture travaillée, j'admire !

    Posté par matarjeu, 24 octobre 2007 à 17:13
  • Merci pour vos commentaires encourageants, ça me fait vraiment plaisir.


    A Juliette :
    Juliette, je vais tenter de t'éclairer même si expliquer mes textes, c'est pas trop ma tasse de thé.
    En réalité, comme tu as pu le voir il y'a d'un côté le reve, d'un côte la réalité (comme souvent dans mes textes sur Paroles Plurielles, dans mon blog et dans mes romans), qui s'exprime aussi dans la dualité Fleur / Bêton, et par les deux catégories de personnages mis en relief.

    Tout d'abord un homme plutôt "mental" (Fleur) (j'ai choisi un homosexuel par goût du cliché, parce qu'ils peuvent être "pollinisateur" et "pollinisé" et même temps, fatalité, ne peuvent, comme les fleurs, se reproduirent : impossibilité...)

    Cet homme, donc, est de constituion on va dire normale et tombe amoureux d'un mec plutôt sembable (Orchidée, donc sans doute plus féminin) qui l'aime aussi du reste, au premier regard : c'est la manifestation la plus haute et la plus succinte de la poèsie dans le texte, à mon sens.

    Or le rêve est de suite dépassé par la réalité car voilà le personnage voilé par les hommes montagnes (incarnant le corps - le béton - la réalité) (les rugbymens.) : c'est tout juste si les deux hommes mentaux - fleurs - rêves existent, dans ce monde qui finalement n'est pas fait pour eux. Ils se perdent, donc. Voilà tout.

    Quand au dernier paragraphe (qui relie l'incipit à la photo de la consigne) et bien, c'est lecture ouverte et réponse à tout le texte. Et comme ije préfère laisser l'interprétation libre, je ne dirai rien.

    Dommage pour ceux qui trouveront qu'une explication tue le texte, lui fait perdre de la magie (si il en a). Je sais que de mon côté je n'aime pas trop qu'on m'explique un texte. Voici la mienne d'interprétation.

    Bonne soirée à tous ceux qui s'arrêteront ici

    Posté par Querelle, 24 octobre 2007 à 18:07
  • je remarque nettement mmoins d'adjectifs dans ce texte que dans le précédent querelle a fait des efforts )

    et ça paie. ton texte est plus aéré, plus vif, l'envol est plus marqué, dans une poésie qui est tienne, et que tu t'appropries bien.
    j'aime les phrases courtes qui l'animent, qui le rythment.

    et puis, il y a une belle utilisation de l'image, et de ses miroirs déformants

    u beau moment de lecture, merci à toi

    Posté par pati, 24 octobre 2007 à 18:18

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