Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

28 octobre 2007

41. Urbainement incorrect (Claire)

Mauvaise surprise, le quai du métro est noir de monde.
Tu n'aimes pas cette intimité froide. Serrés, collés, collés-serrés, les corps les uns contre les autres, les regards se fuient. Tu ne comprends pas pourquoi de tels regards de poissons morts.
Pas un sourire même avec une excuse. Les regards se détournent. Les corps assis l'un près de l'autre se touchent et se repoussent à la fois.
Toi, tu es curieuse ; curieuse des visages, des tenues, des attitudes. Ton regard cherche les photos que tu pourrais prendre.
Ton regard croise parfois le regard d'un autre qui tourne la tête. Les enfants seraient les seuls à t'offrir un sourire. Mais tu déclenches la peur des parents. Ne pas toucher la dame, ne pas lui sourire, apprendre qu'il faut baisser la tête, baisser les yeux et vivre dans un carcan d'indifférence.
Toi, tu cherches la lumière et la beauté. Tu cherches un petit morceau de Beau dans ce mode souterrain. Certaines stations t'offrent vitraux, mosaïques, lumière. Tu cherches l'évasion.
Petite quand la messe dominicale devenait bien trop longue, tu croyais que derrière les vitraux ensoleillés de l'Eglise, il y avait la mer.
Dans une station de métro noire de monde, tu t'imagines que derrière les vitraux, il y a tes montagnes.

Posté par Coumarine à 18:10 - Claire - Commentaires [10] - Permalien [#]

Commentaires

  • Sous les pavés la mer.....

    Posté par kloelle, 28 octobre 2007 à 19:12
  • Tres belle, cette petite evasion finale et cette description precise - et vraie - du metro...

    Posté par Janeczka, 28 octobre 2007 à 21:09
  • Claire, j'aime beaucoup ton texte. C'est un magnifique morceau de poésie en prose.

    "Toi, tu cherches la lumière et la beauté. Tu cherches un petit morceau de Beau dans ce monde souterrain. Certaines stations t'offrent vitraux, mosaïques, lumière. Tu cherches l'évasion.
    Petite quand la messe dominicale devenait bien trop longue, tu croyais que derrière les vitraux ensoleillés de l'Eglise, il y avait la mer.
    Dans une station de métro noire de monde, tu t'imagines que derrière les vitraux, il y a tes montagnes."

    C'est superbe !

    Rien à ajouter...

    Posté par Pivoine, 28 octobre 2007 à 22:51
  • Je lis et je relis la finale. C'est vrai qu'ici, lire tout haut ajoute encore. Ce que j'aime dans ces deux dernières phrases (cela fait une très belle finale) c'est que du présent (et du souvenir), tu finis en apothéose, c'est-à-dire en touchant à l'universel.

    C'est ça que j'appelle l'art o

    Posté par Pivoine, 28 octobre 2007 à 22:52
  • Merci à vous, à toi Pivoine. Me voilà rouge comme un coquelicot . J'aurais dû mettre mon titre au féminin "urbainement incorrecte".

    Posté par Claire, 29 octobre 2007 à 07:19
  • un beau texte émouvant, et si vrai !

    Posté par matarjeu, 29 octobre 2007 à 09:48
  • J'aime cette petite fille ou une femme qui a gardé son âme d'enfant, qui voit très "clair" , s'émerveille et ne comprend pas pourquoi il faudrait baisser la tête et les yeux car il y a tant de belles choses à voir dans le métro, et derrière les vitraux comme la mer et la montagne.
    Cette petite fille est -elle devenue photographe de beauté et de lumière?
    J'aime ce "tu "employé qui ne peut parler que de toi?

    Posté par Charlotte, 29 octobre 2007 à 11:36
  • Pour conserver ce visage émerveillé, même dans un métro, il faut, soit être nouvellement arrivée dans la capitale, soit, venir de la province..Ces regards vides me pèsent quand j'entre dans une rame de métro...C'est sinistre..Toi, tu as réussi à t'en détacher..Bravo....

    Posté par juliette03, 29 octobre 2007 à 15:02
  • Jolie façon de t'évader , de rêver à un ailleurs moins noir !

    Posté par Amanda, 29 octobre 2007 à 15:35
  • Qu'elle est attachante cette jeune femme éperdue de Beauté, de Vie, de chaleur humaine, de nature !

    Merci

    Posté par ilescook, 29 octobre 2007 à 18:01

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