Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

04 novembre 2007

On ne déjoue pas la mathématique (Querelle)

Tante Babette prit une profonde inspiration, devant le stand de madeleine, pensant à ce feu Proust, avec l'envie de ressusciter sa défunte et pathétique vie. Après tout, elle est vieille tante Babette, elle n'a plus que ça : les souvenirs, les remembrances. Ne la blâmons pas.

Elle regarde l'étalage, donc, qui se présente comme ceci :

[   ] [   ] [   ] [   ] [   ]
[   ] [   ] [   ] [   ] [   ]
[   ] [   ] [   ] [   ] [   ]
[   ] [   ] [ - ] [   ] [   ]
[   ] [   ] [   ] [   ] [   ]
[   ] [   ] [   ] [   ] [   ]
[   ] [   ] [   ] [   ] [   ]

Tante Babette pense : j'en veux, j'en veux.
Tante Babette observe, regarde, constate.
Tante Babette, non sans verve, hagarde, se tâte.
Celle du milieu semble plus grosse, semble meilleure, s'émiette un peu, s'affaisse, comme ses seins, ses fesses: diantre, comme elle lui ressemble.
Tante Babette, sénile, se félicite de sa trouvaille.
Tante Babette jubile, s'excite, c'est comme des retrouvailles !
Tante Babette lance : je la veux, je la veux.

Après l'histoire mathématique, voici l'histoire narrative :

C'est avec empressement que l'attachante tante Babette s'empare de la dite madeleine et la presse sur ses narines couperosées, après avoir payé le gros monsieur, qui se gave de ses invendus, traînant sa brioche invendable.
Une exquise odeur de pourri émane du gâteau, qui lui rappelle sa propre odeur.
Elle y voit un petit ver rigolo qui lui parle d'une façon tout à fait étrange et lui raconte l'histoire de sa vie :
« Ma petite dame, l'informe-t-il sur un ton déclamatoire particulièrement charmant, vous vous appelez Babette, vous avez deux sœurs cadettes, ainsi que deux sœurs aînées et des quatre la vie la plus pathétique. »

Conclusion de l'histoire au dessus de l'histoire :
Au même moment dans une dimension absolument parallèle et improbable, un énorme monsieur la choisit sur un étalage de cinq femmes, dans un lupanar suranné, et, penché sur son ventre décrépi, croit percevoir le cantique d'un ver !

Posté par pivoineblanche7 à 17:10 - Querelle - Commentaires [22] - Permalien [#]

Commentaires

  • waoooooooohh !! Il secoue ce texte !

    Mais rien qu'à l'idée du ver dans la madeleine.. et de l'odeur...

    quant à la fin...... oops ! dur dur et pas gai du tout !

    Où as tu été chercher tout cela ???

    Posté par ilescook, 04 novembre 2007 à 18:39

  • Hum et bien de la consigne et de mon imagination tordue sûrement , les idées sont venues les unes après les autres de façon naturelle. En tt cas ça m'a amusé.

    Posté par Querelle, 04 novembre 2007 à 18:47
  • J'avoue, j'ai aimé l'intro mathématique et le passage dans une autre réalité. J'aime les maths et le côte SF m'a bien plu.

    Une histoire au carré non au cube.

    Posté par Caro, 04 novembre 2007 à 19:42
  • Eh bien Querelle, en voilà un texte bien piqué des vers!
    Cela m'a complètement soufflée.

    Posté par Charlotte, 04 novembre 2007 à 20:52
  • Oui, là je dois dire, dans le genre inattendu, c'est réussi : on t'entend te bidonner jusqu'ici !

    Posté par Sodebelle, 04 novembre 2007 à 22:34
  • j'ai ri moi aussi en lisant ce texte improbable...
    quand même Querelle, ou es-tu allé chercher tout ça???

    Posté par Coumarine, 04 novembre 2007 à 23:01
  • C'est fou et surprenant...mais ça fonctionne !!!

    Posté par kloelle, 05 novembre 2007 à 07:45
  • c'est hallucinant, mais j'aime bien!

    Posté par chrysalide, 05 novembre 2007 à 07:57
  • on sent bien que tu as pris du plaisir à faire cette consigne.
    j'aime bien la douceur vers laquelle tu nous entraînes et hop, ça bascule aussi vite dans le sordide ou le dégoulinant !!!!
    j'aime
    ça déchire !

    Posté par rsylvie, 05 novembre 2007 à 09:13
  • Hé hé !
    J'adore ce surréalisme détonnant !!
    Bravo !!

    Posté par Alainx, 05 novembre 2007 à 10:34
  • J'adore ce délire !

    Posté par matarjeu, 05 novembre 2007 à 17:37
  • Comment ne pas sourire ?
    Moi je n'ai pas réussi !
    belle réussite que ce texte...

    Posté par uhsn, 05 novembre 2007 à 17:40
  • Super, bluffant, bon fait passer Querelle, t'as du matos d'enfer, fait passer ste plaît.

    Posté par le chien, 05 novembre 2007 à 17:52
  • A tous : Merci merci, content que cette participation vous ai plu autant que moi c'était quand même risqué je pense, surtout que ce n'est pas trop dans mon genre d'écrire ainsi.
    mais c'est ça qui fait entre autre l'intêret de l'atelier d'écriture, outre la confrontation des imaginations : ca nous force à eller un plus loin que nous-mêmes, nos possibles. Avec ce texte j'ai appris. J'ai appris que je pouvais dompter une contrainte (la consigne me séduisait pas vraiment, je confesse) et ne pas me jeter tête baissée comme d'habitude quand j'écris.

    Merci à Paroles Plurielles car c'est la première fois que je parviens à apprivoiser une contrainte autre que les miennes

    maitnenant du coup, c'est malin, je vais avoir peur que mes prochaines participations ne plaisent pas

    le chien : qu'entends-tu en fait par faire passer ?

    Posté par Querelle, 05 novembre 2007 à 18:17
  • Querelle, c'est intéressant ce que tu écris là!
    Donc malgré une consigne qui ne plait pas au premier abord, tu as décidé de lâcher prise à une écriture un peu folle (c'est amusant parce que tu parles de DOMPTER, je dirais plutôt que tu as laissé les mots s'écrire...
    Tu fais cette expérience ici grâce à PP
    J'en suis très heureuse...c'est là l'objectif de cet atelier
    Pour les consignes suivantes...rester dans le bonheur d'écrire, pas dans la performance...dac?

    Posté par Coumarine, 05 novembre 2007 à 22:25
  • Oui oui, sinon je m'abstiens
    En fait, ce fut un bonheur que de l'écrire, j'ai juste dû reflechir un peu avant d'ouvrir word, dompter la consigne, je voulais dire, y reflechir, trouver un truc à dire, cogiter un minimum, puis me lancer et cette fois, vraiment, me relire, et pas seulement pour traquer les fautes. J'ai même changer des choses. J'ai pas l'habitude de ça, d'ordinaire ça se fait tout seul. Et puis, je suis pas très branché par les tantes babettes tu sais qu'elles soient hommes ou femmes du reste lol

    Posté par Querelle, 05 novembre 2007 à 22:50
  • et bien, Querelle...c'est super!!!

    Posté par Coumarine, 05 novembre 2007 à 23:04
  • Ca décoiffe quand Babette s'en va en guerre !

    Posté par Oncle Dan, 06 novembre 2007 à 06:10
  • …le chien : qu'entends-tu en fait par faire passer ?

    Pardon, "Fais tourner" est une expression plus appropriée pour le cas je parlai d'une substance illicite que la morale réprouve

    Posté par le chien, 06 novembre 2007 à 09:39
  • drôle et décalé. Quel régal de te lire.

    Posté par souliers vernis, 06 novembre 2007 à 15:14
  • J'ai beaucoup aimé le passage du millieu, la série des Tante Babette. Cela a du demander beaucoup de rigueur, mais le résultat est très agréable.

    L'expression "absolument parallèle" m'intrigue. On peut être partiellement parallèle ou à peu près parallèle ?

    Posté par Impromptu, 07 novembre 2007 à 13:40
  • Encore merci

    Le Chien : Ah mais c'est mon état naturel. Essaye le soja et le jus de tomate, peut-être que...

    Impromptu : bonne question, le absolument, c'était plutôt ironique, pour tourner en dérision, plutôt que pour décrire la dimension, pour dire qu'elle est irréfutable.

    Posté par Querelle, 07 novembre 2007 à 15:04

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