Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

08 novembre 2007

Pour quelques biscuits (Anne Bonaventure)

Tante Babette prit une profonde inspiration et un sourire apparut sur son visage si souvent fermé. Elle venait de retrouver sa fiche intitulée :  « prachniklechs » - traduction : sablés au pavot noir.

Cette recette elle devait l'avoir écrite il y a bien une soixantaine d'années, juste après son installation à Paris. Ce fut pour elle comme un lien avec sa maman : ces quelques recettes polonaises. Un souvenir
d'un autre temps d'une autre histoire d'une autre vie d'une autre.....

Bien tout était à sa place sur le plan de travail de la cuisine : farine, sucre, beurre ramoli, 1 oeuf, et 50 g de pavot et bien sûr du sel.

Mais ce dont elle essayait de se souvenir oui c'est qui elle avait bien  pu inviter pour les déguster ces petits sablés. Pierre son petit-fils, Jules son père oui le père de Pierre, non Jacques : mais qui est Jacques? Elle avait sa liste sous les yeux : tous les noms et prénoms de ceux qu'elle cotoyait.

Ah oui – non – mais oui elle devait bien les faire ces biscuits. C'est sûr. Oh et puis sa tête lui faisait mal. Qu'avait dit le docteur : pas d'énervement, elle devait participer aux activités proposés à l'hôpital de jour.
Mais quel jour était-ce ? Son mari était parti faire les courses, oui, il lui avait dit elle se rappelle maintenant qu'il allait chez le pâtissier celui de la rue des Rosiers, celui qui fait si bien les « prachniklechs » à moins que ce ne soit les « oumentaschen » ou les « kirelechs ». Peu importe faut qu'elle fasse ses biscuits. Mais où est la recette ?

Chéri, chéri où est la farine?

Posté par pivoineblanche7 à 09:35 - Anne Bonaventure - Commentaires [14] - Permalien [#]

Commentaires

  • Anne, nous avons tous un peu peur devant cela

    Posté par brigetoun, 08 novembre 2007 à 12:10
  • Certes, tu as dit le mot juste, Brigetoun : "nous avons tous un peu peur devant cela ".
    C'est donc bien la peur la CAUSE d'Alzeihmer.
    J'ai recherché des trucs là dessus.
    Surprise : augmentation de plus de 1000% à partir des années 80-90 (statistiques du Canada.
    i.e : nombre de cas multiplié par 10 !!!! ).

    Réponse immédiate du cerveau : "certes, il y a augmentation de la durée de vie, c'est une maladie liée à la vieillesse ... "
    Pour moi, cela ne tient pas la route.

    L'augmentation ne correspond pas vraiment à cet allongement correspondant de la vie (un trimestre par an je crois ... ).
    D'autant, que la progression jusqu'en 90 était à peu près régulière et que Alzheimer était déjà diagnostiqué depuis extrèmement longtemps...
    Avec ces raisonnements statistiques, je peux prouver que ... la conduite provoque le vieillisement accéléré !!!!!
    Car un accident mortel se produit ... très souvent en fin de vie !!!!
    Mdr !
    (j'ai fait des stats en informatique )

    Je n'ai pas plus étudié à fond, pas le temps, je livre mes réflexions en vrac là dessus.
    Posons nous la question de savoir pourquoi cela est-il devenu si important aujourd'hui.

    Quant à la peur, je reprends ta phrase en y ajoutant un mot : " "nous avons PRESQUE tous un peu peur devant cela "
    Presque, parce que je t'assure que cette peur N'EXISTE PAS pour moi !
    Oh, rassure toi, j'en ai d'autres contre lesquels je dois lutter pour m'en affranchir, donc je comprends très bien qu'on ait peur.

    Mais ce que je n'admets pas c'est que le "sytème" ou quelques uns de ses représentants (je ne pense même pas à Sarkal, il doit être inconscient de tout cela ...) savent très bien jouer de ces connaissances pour nous maintenir en dépendance.
    On est pas obligé de me suivre là dessus, c'est devenu une conviction étayé à posteriori par des faits (très important, cet "a posteriori" ).

    Je sais la réflexion que cela peut susciter : " Ouais, tu dis cela parce que tu n'as pas été confronté à Alzheimer, ou l'un de tes proches. Tu verras le jour où cela t'arrivera, etc ... "

    Ces discours "culpabilisant" s'attaquant à une "santé NORMALE" ne fonctionnent que sur la PEUR.
    DONC, JE LES REJETTE ... et je ne m'en porte pas plus mal.

    ALZEIHMER, je m'en fous.
    Des personnes atteintes, je ne sais pas trop : je vois plutôt les problèmes posés ... pour leur entourage (j'ai connu des Alzheimer et des Parkinson - tiens, on parle beaucoup moins de Parkinson ? )!

    La PEUR, elle, je ne m'en fous pas.

    Posté par Pluto, 08 novembre 2007 à 13:39
  • pour en revenir au texte de Anne...
    (après tout, c'est de ça dont il s'agit non?
    Anne ton texte est poignant...
    tu ne dis rien...mais tout est dit par les questions que cette vieille dame se pose...
    On a compris de quoi il retourne...
    De l'art de suggérer avec émotion
    C'est un texte qui me va droit au coeur

    Posté par Coumarine, 08 novembre 2007 à 15:32
  • c'est pourquoi j'avais mis cela. Je me demandais pourquoi ce texte n'avait encore attiré aucun commentaire.
    Pluto pas d'accord mais en effet ce n'est pas le lieu.

    Posté par brigetoun, 08 novembre 2007 à 15:37
  • parfois en effet, je suis étonnée de ce que les bons textes (à mon avis...mais je me place aussi de point de vue de la façon dont c'est écrit...) suscitent trop peu de commentaires
    Pour moi, ce texte est parmi les tout bons...

    Posté par Coumarine, 08 novembre 2007 à 15:45
  • Parfois le texte est fort comme celui-ci....et le commentaire que l'on pourrait faire désuet.

    Posté par kloelle, 08 novembre 2007 à 17:34
  • c'et juste, émouvant, grâce à l'écriture d'abord !tout est là.

    Posté par matarjeu, 08 novembre 2007 à 17:34
  • Ce n'est pas le lieu ?
    Ok. J'ai trouvé ce texte émouvant, j'en reste là alors.
    On ne peut aller plus loin ?

    Posté par Pluto, 08 novembre 2007 à 19:01
  • Magnifique! J'aimerais pouvoir écrire aussi bien!

    Posté par dan, 08 novembre 2007 à 22:35
  • Ici, il n'y a pas que la maladie, il y a aussi l'attentat de la rue des Rosiers, la particularité de la cuisine ( et culture, oserais-je le dire ) juive. Beaucoup de choses sont suggérées.
    C'est en cela que ce texte est remarquable: le ressenti, le non-dit...
    Tout un art !

    Posté par Amanda, 09 novembre 2007 à 14:19
  • Texte émouvant bien sûr... et bien ecrit !

    Qui nous touche au plus profond de nos peurs.

    Posté par ilescook, 09 novembre 2007 à 19:32
  • J'avais presque oublié que j'avais écrit ce texte puisqu'il a mis plusieurs jours à apparaitre ici, et puis j'ai été absorbé par d'autres occupations.
    Je vous remercie pour vos commentaires qui me touchent, vous réagissez chacun à votre manière et c'est ce qui est le plus enrichissant; merci encore.
    Il est vrai que cette maladie nous entoure ou nous touche directement dans nos familles.Dès que j'ai lu l'incipit l'histoire m'est apparue je n'ai eu qu'à l'écrire.

    Posté par bonaventure, 09 novembre 2007 à 20:14
  • Tous les textes qui sortent ici sommeillent au fond de nous et émergent tôt ou tard, qu'on le veuille ou non !
    Je suis d'accord avec Coumarine qui dit que ce ne sont pas toujours les meilleurs textes (d'un point de vue littéraire) qui recueillent le plus de commentaires.
    Celui-ci est touchant en profondeur.

    Posté par Sodebelle, 10 novembre 2007 à 20:33
  • Il y a dans ce texte beaucoup de tendresse à mes yeux et c'est ce qui le rend si émouvant. Tu nous permets d'entrer dans la tête de quelqu'un qui n'a plus toute sa tête. Et qu'y découvre-t-on? Tout ce qui lui a fait tenir sa vie: les personnes qu'elle a aimées.
    C'est peut-être à cause de ce total respect que les commentaires ne se sont pas préciités, au début du moins.

    Posté par Arthur HIDDEN, 11 novembre 2007 à 10:06

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