Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

16 janvier 2008

27. La dormeuse. ( Kloelle)


J’ai bien fait le tour de la question, en marchant lentement, sans perdre l’équilibre et en évitant les rognures rugueuses que tu as laissées sur le sol de notre chambre. La question est assise sur le fauteuil en osier, je la regarde furtivement, à l’oblique, tout en continuant à tourner. J’avais toujours cru que tu raffolais de cette chauffeuse, sans doute était-ce l’éclat de tes yeux le jour où je l’avais posée le long de notre lit, peut être également le souvenir de tes cheveux bruns déployés sur son dossier alors que tu donnais le sein à nos enfants. Je pense à toutes ces certitudes dont on ensemence le terreau de notre quotidien, que l’on arrose avec constance et dont on se persuade d’avoir recueilli les pousses puis les fleurs.

Je pose ma main sur l’accoudoir qui a si souvent accueilli tes silences et rien ne se produit. La question est toujours là et je l’envisage maintenant sans faux-fuyants : c’est en laissant ce que je croyais être tes plus beaux souvenirs que tu es partie.

Dans ma tête, toutes ces réponses tellement plus douloureuses que leur question….
C’est en petit garçon fragile, ramassé au fond de cette dormeuse, comme un second toi lové contre l’osier, que j’attends, sans y croire, un signe, un parfum, une nuance qui me parlerait encore de tes sourires, juste un instant, juste le temps de rêver un peu à cette éternité que je nous promettais.
Dans un geste d’abandon, je laisse mon regard s’échapper sous la brume imprécise née de mes larmes. Je crois les voir ou je les vois : tes mains…Elles ferment calmement les lourdes persiennes usées par les jours puis rebattent sans vaciller l’épais voilage gris sur ma vie.

Posté par Coumarine à 09:26 - Kloëlle - Commentaires [14] - Permalien [#]

Commentaires

  • qu'il est beau ce texte, malgré la tristesse de ses mots.

    une atmosphère
    une ambiance
    une douce mélancolie

    j'en suis sure, les objets ont une âme, et tu nous le prouves par ton écrit.
    merci kloëlle

    Posté par rsylvie, 16 janvier 2008 à 10:31
  • Une séparation si bien racontée. Allons qu'elle ne le laisse pas faire.

    Posté par lio, 16 janvier 2008 à 10:41
  • C'est très beau Kloelle !!

    Posté par antigone, 16 janvier 2008 à 14:21
  • Joli tableau.

    Posté par Sodebelle, 16 janvier 2008 à 15:24
  • on en sort les yeux mouillés de ton texte..

    ces évocations de cette chauffeuse où elle donnait le sein à ses enfants...

    Quelle nostalgie et douleur y sont évoqués

    Posté par ilescook, 16 janvier 2008 à 17:18
  • Très émouvant et particulièrement bien raconté... On voudrait pouvoir le consoler. Mais on est aussi triste que lui... on y est.

    Posté par Boo, 16 janvier 2008 à 19:18
  • Emouvant en diable, et une atmosphère très bien servie par une écriture d'une grande délicatesse.
    Magnifique.

    Posté par Virgul, 17 janvier 2008 à 12:32
  • C'est douloureux et doux en même temps ! Une grande délicatesse, de la nostalgie, de la mélancolie aussi.

    Posté par Posuto, 17 janvier 2008 à 17:15
  • Merci à tous pour votre lecture.

    Posté par kloelle, 17 janvier 2008 à 19:56
  • ma que c'est beau, et avec des petites gracieusetés en prime comme la question dans le fauteuil

    Posté par brigetoun, 17 janvier 2008 à 20:09
  • Séparation ou disparition...
    Dans les deux cas, on ressent la douleur si intense qu'il éprouve. C'est un texte émouvant, j'ai presque mal pour lui...

    Posté par Cassandrali, 18 janvier 2008 à 12:53
  • Vraiment très, très joliment écrit. Je suis émue...

    Posté par Amanda, 18 janvier 2008 à 14:34
  • L'idée des certitudes qu'on se forge sans vraiment comprendre l'autre: j'aime.

    Posté par Arthur HIDDEN, 19 janvier 2008 à 16:24
  • Je susi sous le charme de ce déséquilibre: son incertitude et le côté définitif de ce volet qui se referme...

    Posté par caro_carito, 19 janvier 2008 à 16:48

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