Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

18 janvier 2008

30. L’assassin (Fabeli)

-Tu vois, j'ai bien fait le tour de la question et je suis sûre que le voisin d'en face a tué sa femme.
Depuis 5 ans que nous habitons ici, je les connais bien, tu penses ! D’ici, je vois leur cuisine et leur chambre. C’est drôle tout ce qu’on apprend sur les gens en les observant dans ces deux pièces. La cuisine, comme la chambre, c’est intime. Les gens sont naturels quand ils mangent, comme quand ils font l’amour. Tu m’écoutes?

Soupir. Froissement de journal.

-Qu’est ce qui te fais dire ça ?

-Qu’il l’a tué ? Intuition féminine, mon cher. En trente ans de mariage, avoue que je me suis rarement trompée. La grossesse cachée de la fille du 5ème, le trafic du fils de la concierge, la double vie du notaire. Tu vois rien ne m’échappe ! Au début, ils se parlaient beaucoup à table, elle lui souriait, ils fermaient souvent les rideaux de la chambre, même en plein jour. Puis petit à petit, ça s’est dégradé. De longs silences à table, et les rideaux qui restaient ouverts. Et il y a trois jours…Tu ne veux pas savoir la suite ?

Journal. Soupir.

-Alors ?

-Eh bien, il y a trois jours, non, quatre, ce jeudi où tu es rentré tard de ton bridge. Je l’ai vu, lui, dans sa cuisine, à 9 heures du soir, qui aiguisait des couteaux avec soin, et après il passait le doigt sur la lame, pour voir, brrr! J’en avais la chair de poule. Tu irais, toi, aiguisais des couteaux avec minutie, à 9 heures du soir ? Et une fois qu’il a eu terminé, il a tiré les rideaux de la cuisine. Je te dis qu’il l’a tuée. Il en avait assez qu’elle aguiche tous les hommes du quartier en sortant habillée et maquillée comme un sapin de Noël. Que dirais-tu si je sortais attifée comme ça, hein! ? Ce que je me demande, c’est comment il a fait disparaître le corps. Même en morceaux, une femme, c’est encombrant ! Où tu vas ?

-Sortir le chien. Ils ont divorcé. Elle qui me l’a dit, hier, en sortant du bar où elle travaille.

Il ouvre la porte.

-Lui, il est artisan coutelier, rue Caulaincourt, je lui porte nos couteaux tous les ans.

Posté par Coumarine à 09:50 - Fabeli - Commentaires [23] - Permalien [#]

Commentaires

  • Super... j'ai passé un bon moment quand j'ai lu ton texte ! ben dis donc l'intuition féminine, elle n'a pas fonctionné là. mdr !

    Posté par brigou, 18 janvier 2008 à 10:12
  • C'est un petit bijoux ton texte

    Posté par cassy, 18 janvier 2008 à 10:58
  • J'ai beaucoup aimé.
    l'homme qui a le dernier mot: j'adore

    Posté par Charlotte, 18 janvier 2008 à 11:41
  • Les premières lignes m'ont fait penser à un remake de "Fenêtre sur cour", je ne m'attendais pas du tout à cette fin ) C'est bien imaginé et tant pis pour l'intuition féminine qui en prend un sacré coup !

    Posté par Cassandrali, 18 janvier 2008 à 12:17
  • Bien amené la chute, bravo.

    Posté par mab, 18 janvier 2008 à 12:30
  • Comme quoi les commèrages n'auront pas toujours le dernier mot et c est tant mieux.

    Posté par lio, 18 janvier 2008 à 12:43
  • Un texte rondement bien mene, on dirait presque une piece de theatre! bien joue, Fabeli!!

    Posté par Janeczka, 18 janvier 2008 à 12:51
  • Il n'empêche qu'ils étaient bien à couteaux avant de divorcer

    Posté par clau, 18 janvier 2008 à 13:24
  • ( à couteaux tirés ... )

    Posté par clau, 18 janvier 2008 à 13:24
  • Tout un polar en une page : un régal du genre.

    Posté par Sodebelle, 18 janvier 2008 à 14:07
  • Comme Cassandrali, j'ai pensé au film d' Hitchcock.
    Très visuel, ton texte, très spirituel aussi.
    Très réussi !

    Posté par Amanda, 18 janvier 2008 à 14:26
  • On les imagine vraiment ces deux là !!!
    Bien vu...

    Posté par kloelle, 18 janvier 2008 à 15:11
  • Arf

    Enfin quelqu'un qui pense à me sortir.

    Posté par le chien, 18 janvier 2008 à 15:17
  • Excellent !

    Posté par Cédric, 18 janvier 2008 à 15:49
  • une vraie réussite ! et puis là, la première phrase imposée est vraiment adaptée à la suite du texte

    Posté par matarjeu, 18 janvier 2008 à 18:05
  • Super comme ça sonne bien. Ca sent le vécu... ;~))

    Posté par Oncle Dan, 18 janvier 2008 à 19:23
  • et puis, si ça se trouve, le mari, il sort avec la voisine d'en face qui travaille dans un bar et sa femme qui passe son temps à reluquer les voisins par la fenêtre, elle n'a rien vu!! ha, ha !!

    Posté par Sodebelle, 18 janvier 2008 à 21:32
  • ouah!

    merci, merci à tous! Il semblerait que vous ayez apprécié ma petite création!
    La référence à Hitchcok me touche d'autant plus que ce film là, je ne l'ai pas vu )
    Par contre je ne vous cacherai pas plus longtemps ma passion pour Georges, Agatha, Elizabeth, Henning et quelques autres maîtres du polar!

    BRIGOU,CASSANDRALI, Désolée pour l'intuition féminine, ça ne marche pas à tous les coups.

    LE CHIEN, pas de problèmes, dans la vie réelle je te sors aussi tous les jours ( tu t'appelles Vanille et tu es un labrador)

    ONCLE DAN, Je ne connais rien sur mes voisins, je suis toujours la dernière au courant!!

    Posté par fabeli, 18 janvier 2008 à 21:38
  • du vrai
    du gout...
    et puis une mise en scène trés réaliste.
    j'aime bien, le rythme d'écriture
    c'est bien pensé
    c'est bien écrit
    c'est bien conté
    bravot

    Posté par rsylvie, 18 janvier 2008 à 22:13
  • Tout a été dit, je partage tous les commentaires et bravo encore pour ton texte amusant et surprenant.

    Posté par Virgul, 19 janvier 2008 à 10:00
  • Eh bien moi je pense exactement comme Oncle Dan: tu devrais surveiller un peu mieux tes personnages masculins, Fabeli.

    Posté par Arthur HIDDEN, 19 janvier 2008 à 16:12
  • Bravo !!

    Posté par Noisette, 19 janvier 2008 à 18:37
  • Jolie chute et belle revanche (ce qu'on dirait pas au nom de l'intuition féminine !)

    Posté par Boo, 21 janvier 2008 à 12:42

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