Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

20 janvier 2008

38. Descendant scorpion ( oviri )

J’ai bien fait le tour de la question pour entrer dans le cœur du problème, en passant par derrière. Forte est la tentation d’une fenêtre entrebâillée, où une main posée, déliée, à peine pressante, suffirait à ce que d’un coup la lumière soit. Mais j’ai une fois encore opté pour la voie de l’ombre et la longue marche les poings serrés. J’exagère pour l’ombre. « Le chemin de la lumière paraît obscur. » Sacré Lao-tseu, il n’a pas dû souvent traîner ses sandalettes dans le désert.  Après treize jours à avancer plein soleil,  pieds nus les yeux larmoyants, j’avais depuis longtemps oublié la question.  J’aurais peut-être dû miser sur les persiennes et l’éblouissement progressif. . Je me suis promis, quand je serai grande,  de faire le tour de la question du compromis. Pour l’heure j’étais bien trop occupée à accommoder, à ajuster ma course et accessoirement à trancher. Etais-je dans le tout ou dans le rien ? Autour de moi, le rien faisait tout, le tout à portée d’une main serrée sur mon bâton d’acacia. En treize jours un seul scorpion, et encore tout petit.. J’avais bien vu dans les regards  des rares hommes bleus, croisés sur la piste,  que mon bâton était invisible. Au moins il avait éloigné le scorpion. Je suis arrivée à Choum quatre jours plus tard, pour reprendre le train, bâton toujours en main. Là où je suis revenue, on n'y voit qu’un morceau de vieux bois gâchant le décorr. Ils ont dépensé une fortune pour que des designers immobiles créent des espaces de travail où rien n’est fait pour s’évader, et pour cause.  J’ai dû remettre des chaussures et me débrouiller pour tenir debout sans l’assistance, noueuse et bien huilée, de mon compagnon de voyage. Je m’en sers aujourd’hui pour maintenir ouvert, en permanence, le battant de la fenêtre. A force d’avoir la solution à portée de main, je finirai, qui sait, par desserrer les poings, Ici, je ne croise pas souvent le regard clairvoyant des hommes bleus. Mais je rencontre pas mal de scorpions qui mériteraient de passer par la fenêtre. Ca tombe bien, désormais elle est toujours entrouverte. Il suffit d’une main déliée.

Posté par Coumarine à 09:53 - Oviri - Commentaires [10] - Permalien [#]

Commentaires

  • j'ai bien aimé ce texte un peu philisophique, la mise en parallèles de 2 univers si différents et l'importance du bâton, pilier de vie.

    Posté par fabeli, 20 janvier 2008 à 10:20
  • Une première apparition dans PP, si je ne m'abuse… Et qui me plaît bien !

    Posté par Vertumne, 20 janvier 2008 à 12:55
  • J'ai aussi aimé, l'histoire et le style. Tu tiens un petit bâton dans la main...d'une bien jolie écriture!

    Posté par Virgul, 20 janvier 2008 à 14:46
  • Une atmosphere mysterieuse et attirante. Bienvenue!

    Posté par Janeczka, 20 janvier 2008 à 15:22
  • J'aime beaucoup, même si ce texte conserve pour moi quelques zones d'ombre....

    Posté par kloelle, 20 janvier 2008 à 15:31
  • Beaucoup de mystère dans ce texte et pourtant tu y parles de désert mais surtout... belle écriture !

    Posté par clau, 20 janvier 2008 à 15:41
  • joli métaphore de la vie.On s'y voit dans le désert et on comprend trop bien le retour diffcile.

    Posté par lio, 20 janvier 2008 à 19:09
  • joli métaphore de la vie.On s'y voit dans le désert et on comprend trop bien le retour diffcile.

    Posté par lio, 20 janvier 2008 à 19:09
  • un peu de phylo, un désert, un scorpion, un bâton, des hommes en bleu, et un style très léché pour marier ces ingrédients… Bravo.

    Posté par le chien, 21 janvier 2008 à 10:17
  • bonjour et merci

    bonjour à tous, merci pour ces commentaires encourageants et pour les petits mots de bienvenue. Je vous lis depuis un bout de temps, surprise et souvent ravie.Un petit coup de bâton et le pas est franchi pour me joindre à vous.A bientôt, c'est la consigne. Oviri

    Posté par oviri, 22 janvier 2008 à 18:16

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