Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

01 février 2008

27. L'esprit de famille (Ponine)

Mes biens chers frères,

Déjà une semaine. J'imagine votre surprise, sûrement aussi votre colère de ne
pas m'avoir vue. Comprenez si vous le pouvez que je n'aurais pas pu me rendre à cet enterrement sans hypocrisie. Vous m'avez souvent dit que notre père était un homme bon, qu'il m'aimait aussi, que sais-je encore. Je veux bien vous croire.

Cette même personne a choisi d'être absente dans ma vie pour me préférer ses
enfants légitimes. J'avais plus de vingt ans quand je l'ai vu pour la première fois, à ma propre initiative et non pas à la sienne. Il m'a parlé de notre plus jeune soeur avec une telle tendresse qu'il m'a presque fait pleurer ce jour-là.

Le même homme a été capable de faire pendant vingt ans comme si son autre fille n'existait pas, que dois-je en penser ? Cette tendresse, j'en ai été privée. Jalouse ? Sans doute. J'étais pourtant prête à lui pardonner, je ne demandais pas beaucoup. Je lui suis reconnaissante de m'avoir laissé vous rencontrer, moi l'enfant unique qui ai tant souffert de l'être. Bien sûr nous n'étions plus des enfants, et nous n'allions pas effacer les années que nous n'avons pas partagées. Je le savais mais j'osais alors espérer, sans doute naïvement, qu'à force de temps et de patience nous réussirions peut-être à former une vraie famille.

Ce que je ne peux pas pardonner à notre père, ce que son chagrin n'excuse pas, ce qui a motivé mon absence à l'enterrement de notre soeur ; c'est la façon dont il m'a fait comprendre que ce deuil se passait entre vous et que je n'avais aucune part à y prendre. Apprenez que ma peine est la même que la votre. Je ne veux plus lutter pour me faire accepter par une famille où je n'ai pas ma place.

Vous me connaissez, vous avez vu mes enfants, vous savez que la famille que j'ai fondée est heureuse. Mes biens chers frères, je vous demande aujourd'hui de vous en contenter. C'est ma volonté, je vous prie de la respecter à défaut de la comprendre.

Votre soeur.

Posté par _Sammy_ à 10:00 - Ponine - Commentaires [6] - Permalien [#]

Commentaires

  • S'eloigner pour ne plus souffrir... des fois, c'est la seule chose qu'on puisse faire...
    Tres poignant.

    Posté par Janeczka, 01 février 2008 à 11:24
  • Histoire triste et bien écrite. Heureusement on apprend que la famille fondée par ton héroine est heureuse. Elle est forte.

    Posté par virgul, 01 février 2008 à 13:30
  • La pauvre chérie...
    Non ne plus lutter pour se faire accepter par une famille où on n'a pas sa place: car c'est une cause perdue.
    Une douloureuse mais bonne décision.

    Posté par Charlotte, 01 février 2008 à 16:59
  • à laquelle on est incapable de se tenir dès qu'un geste vient de ladite famille.
    Et d'ailleurs c'est ce qu'elle demande, la narratrice, sans quoi elle ne serait pas venue et n'aurait pas commenté son absence

    Posté par brigetoun, 02 février 2008 à 10:59
  • un texte qui parle beaucoup.
    qui me parle beaucoup

    Posté par rsylvie, 03 février 2008 à 17:52
  • Merci pour vos compliments, très encourageants pour une première participation !
    Brigetoun, je crois qu'il est possible de se tenir à ce genre de décision avec un peu de volonté, surtout après s'être senti(e) rejeté(e).
    Sylvie, c'est drôle j'ai pensé à toi en écrivant !

    Posté par Ponine, 05 février 2008 à 07:14

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