Paroles Plurielles

Voyages dans les mots...chaque jeudi une consigne d'écriture pour les amoureux des mots. En voiture...!

08 février 2008

4. Le petit cahier rouge (Naïra)

J'ai sorti mon cahier à couverture rouge de mon grand sac et l'ai posé sur la table, bien parallèle au bord, à gauche de ma tasse et de mon stylo. Certains disent que je suis maniaque vous savez. J'aime quand les choses sont bien rangées, avant d'écrire. Ce cahier c'est comme si je mettais mes pensées sous clefs, avec un gros cadenas, voir même deux, on est jamais trop prudent. Elles pourraient s'enfuir.

Je n'aime pas le rouge, vous savez. Je trouve çà trop voyant. J'ai l'impression de ne voir que cela sur la table quand il est devant moi. Mais les choses les plus voyantes sont souvent celles que les gens ne remarquent pas.

Les gens n'ont jamais voulu voir les bleu sur mon visage, après qu'il m'ai battue, n'ont jamais rien su, qu'ils disaient. Mais tout est écrit dans mon cahier rouge. Tout. Et un jour ils devront affronter la vérité. Un jour…

Ce matin là, il est tombé dans les escaliers du deuxième étage. La troisième marche est lisse, un peu glissante. Il a dérapé. Je l'ai entendu tomber et tomber encore.

J'ai entendu qu'il m'appelait, mais je n'ai pas eu le courage d'aller le voir. J'ai pris ma canne, un panier et je suis allée au marché. Oui, vous savez, sur la place de l'Eglise. C'était ce matin là. J'ai pris mon temps, j'ai acheté une tranche de jambon, une tomate et un peu de pain. J'ai discuté avec Odette de sa nièce, qui venait d'accoucher, des jumelles vous savez. Quand midi a sonné au clocher je me suis dit que je pouvais rentrer. Et quand je suis arrivée il était mort. Je n'ai pas été voir, j'avais pas le courage, vous savez. J'ai appellé l'hopital et ils sont arrivés trop tard. Bien sûr qu'ils arrivaient trop tard, pardi, je l'avais fait exprès. Mais personne ne saura, non, personne. Je l'ai écris dans mon cahier à couverture rouge, celui qui est toujours sur la table, là. Je me fais vieille maintenant. Aidez-moi à me lever, jeune homme. Merci, vous êtes un brave. Oui, je vous raccompagne à votre voiture, venez, prenez le bras d'une vieille femme.

Posté par pivoineblanche7 à 10:55 - Naïra - Commentaires [7] - Permalien [#]

Commentaires

  • J'aime beaucoup ce personnage très vivant et ce récit qui prend son temps.

    Posté par Mifa, 08 février 2008 à 12:07
  • Moi aussi j'aime bien. C'est tout un bon texte. Bien rendu. Ecrit dans un style alerte, bref, c'est bien.

    Mais par pitié... Faites actionner le vérificateur orthographique avant d'envoyer les textes. Ils y gagnent tellement! Je sais qu'on n'est pas toujours des dactylos professionnels, qu'on tape parfois à l'ordi à 2 ou 3 doigts... mais avant d'envoyer, faites une relecture, svp. Vous avez deux semaines pour publier... Ca vaut le coup d'envoyer un petit bijou... Et de prendre 1/2 h de plus... Si possible!

    Posté par Pivoine, 08 février 2008 à 23:12
  • Oups, Naïra, j'espère que ça va, malgré la petite réflexion sur l'ortho. Même s'il y a des difficultés pour l'ortho, il ne faut pas te décourager pour ce qui est d'écrire. Tu as de la plume et de la vie dans ta plume. Alors, continue !

    Posté par Pivoine, 08 février 2008 à 23:16
  • Des fautes ? Oups ! Je ne me suis pas relue. Désolée.

    Posté par Naïra, 09 février 2008 à 12:35
  • En même temps quand on fait mourir quelqu'un l'orthographe devient secondaire
    RV

    Posté par Posuto, 09 février 2008 à 18:32
  • C'est que sous ta plume, elle est encore bien vivante cette petite vieille ! Ton texte est très agréable à lire et à relire.

    Posté par Noisette, 09 février 2008 à 22:29
  • Très bien conté, les expressions de la vieille femme, son petit tour au village, on est en plein dedans. Bravo

    Posté par Boo, 11 février 2008 à 15:29

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